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Les programmes de lutte contre la pauvreté ont beau essaimer sur le continent africain, la pauvreté ne recule que de manière peu significative. Une situation qui s’explique par la mauvaise approche de ces programmes. Selon les résultats obtenus dans le cadre du programme Nopoor, les efforts devraient plutôt se focaliser dans la facilitation de l’accès au travail des plus pauvres.

Les programmes de développement et de lutte contre la pauvreté foisonnent sur le continent africain. Mais aujourd’hui encore, leurs actions n’ont toujours pas une incidence significative sur le niveau de pauvreté. Les recherches menées dans le cadre du programme Nopoor ont permis d’apporter quelques clarifications sur cette situation. Selon M. Xavier Oudin, coordonnateur du projet à l’Institut de recherche pour le développement (Ird), les recherches menées mettent en lumière que pour lutter plus efficacement contre la pauvreté, les efforts devraient se focaliser dans la facilitation de l’accès au travail des plus pauvres. «Il est évident que pour une personne pauvre, avoir un travail stable et rémunéré permettrait de sortir de la pauvreté. Or, beaucoup de programmes sociaux négligent cet aspect en mettant en avant la scolarisation des enfants ou des programmes de santé mais ces programmes-là ne permettent pas de sortir de la pauvreté», constate M. Oudin.
C’est la raison pour laquelle, dit-il, ces programmes enregistrent de faibles taux de sortie de la pauvreté. Nopoor a aussi mis en exergue que dans les rares cas où des programmes sont initiés pour permettre aux personnes pauvres d’accéder à un emploi comme en Inde, ces emplois sont plutôt allés aux partisans politiques des élus locaux. En Afrique du Sud également, poursuit le chercheur, on s’est rendu compte qu’un programme destiné à améliorer le niveau de scolarisation des élèves les plus pauvres, a échoué parce que les ressources financières avaient finalement servi à autre chose.
Une autre leçon apprise par ce programme, c’est l’importance de la gouvernance dans la mise en œuvre des programmes. «Sou­vent les politiques ne sont pas bien appliquées parce qu’il y a des lourdeurs bureaucratiques, des prises d’intérêts etc.», explique M. Oudin qui souligne la nécessité d’améliorer la façon dont les politiques sont menées pour que les programmes soient efficaces. «L’extrême pauvreté a fortement diminué mais en gros, les pauvres restent pauvres», constate M. Oudin. Le programme Nopoor qui clôturait hier ses activités par un atelier de partage des résultats du programme, a mobilisé pendant 5 ans, 20 instituts de recherche parmi lesquels le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres). Des instituts de recherche venant de 17 pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe et qui ont bénéficié d’un financement de l’Union européenne de 8 millions d’euros.

Taux de croissance insuffisant
Au Sénégal, l’incidence de la pauvreté est estimée à 46,7% des ménages en 2011. Mais elle est beaucoup plus importante dans les zones rurales où elle est de 57,3% contre 26,1% à Dakar. La recherche menée par Mamadou Dansokho sur «la dynamique de la pauvreté au Sénégal» montre toutefois que «la pauvreté chronique tend à diminuer». Mais de manière générale, la recherche montre que les taux de croissance élevés qu’enregistre le Sénégal depuis 2015, «sont loin de suffire pour réduire significativement la pauvreté». Le chercheur souligne en effet que «la plupart des personnes dans l’extrême pauvreté vivent dans des conditions qui rendent très difficile l’amélioration de leur bien-être». «Souvent, elles ne sont pas instruites, n’ont pas bénéficié d’une formation et s’adonnent à des activités agricoles sur des terres pauvres exposées à une pluviométrie faible et erratique», constate le Pr Dansokho.
mamewoury@lequotidien.sn

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