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Les chefs d’Etat exigent le rétablissement immédiat de IBK

Passablement agacé par le renversement de IBK, certains chefs d’Etat de la Cedeao comme Ouattara, Condé ou Issoufou ont insisté fortement lors d’un sommet virtuel pour une intervention militaire rapide pour le rétablir dans ses fonctions. Mais, le Président Sall, qui est persuadé que les conditions d’une telle opération n’étaient pas réunies, a réussi à les convaincre d’y renoncer. En attendant, les pressions économiques et diplomatiques vont être accentuées pour pousser les mutins à céder le pouvoir.

C’était un sommet par visio-conférence assez tendue. Pris de court par le coup de force des militaires maliens, qui a contraint le Président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à la démission, les chefs d’Etat de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont improvisé une rencontre virtuelle hier pour essayer de trouver une solution de sortie à cette crise. Faut-il rétablir IBK dans ses fonctions par la force militaire après qu’ils ont demandé la montée en puissance immédiate de la Force en attente de la Cedeao quelques heures après le putsch ? Cette éventualité a créé des dissensions dans les rangs. Mise sur la table, cette option a été défendue par les présidents Alassane Ouattara, Mahamadou Issoufou et Alpha Condé. Partisans de la ligne dure, ils voulaient chasser les mutins du pouvoir en utilisant la même force militaire, qui avait contraint Yahya Jammeh à l’exil. Mais, le Président Macky Sall n’a pas adhéré à cette décision, même s’il condamne «un coup de force contre un Président démocratiquement élu et une violation du protocole de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance». Il estime qu’il faut «agir avec responsabilité et célérité afin d’éviter que le Mali ne sombre dans un vide institutionnel et dans une impasse politique».
En vérité, il y a des questions légitimes à régler : Comment rendre opérationnelle cette action miliaire ? Avec quels hommes ? Sous quel mandat ? Et il avait les arguments pour défendre sa position : le Sénégal est le seul à avoir un déploiement militaire élevé au Mali avec 1200 hommes. Alors que la Guinée, la Côte d’Ivoire et le Niger ont juste une présence symbolique dans les forces de la Minusma, qui a pour principal mandat la stabilisation des principales agglomérations du Mali, la promotion et la défense des droits de l’Homme, le soutien à l’action humanitaire et à la sauvegarde du patrimoine culturel malien, la protection des populations civiles et le personnel de l’Onu sur le terrain. Sans le dire, les défenseurs de «l’interventionnisme» comptaient sur la force sénégalaise au Mali pour rétablir IBK dans ses fonctions. Déployés sous mandat des Nations unies, les Jambars ne peuvent changer les orientations de leurs missions sans oublier le contexte sécuritaire défaillant dans ce pays.
Par ailleurs, il faut savoir aussi que les contextes malien et gambien sont très différents. A l’époque, c’est le Conseil de sécurité de l’Onu, qui avait autorisé les quinze Etats de la Cedeao à envoyer une force militaire en Gambie pour forcer Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, à passer la main à Adama Barrow. Et c’est le Sénégal qui avait présenté ce projet de résolution au Conseil de sécurité autorisant la Cedeao à prendre «toutes les mesures nécessaires» pour assurer la passation de pouvoirs entre les deux hommes.
Aujourd’hui, il est «hasardeux» de précipiter une opération militaire pour déloger les mutins, qui disposeraient d’appuis populaires au sein du pays. Une donne à prendre en compte. Tant IBK battait les records d’impopularité ces derniers mois avec les manifestations du M5.

L’arme économique
Finalement, cette option a été abandonnée par la conférence des chefs d’Etat, qui ont réussi à accorder leurs positions sur l’importance de poursuivre les discussions diplomatiques et de maintenir les sanctions économiques. Car la Cedeao a décidé d’envoyer l’ex-Président nigérian, Goodluck Jonathan, qui était son médiateur depuis l’éclatement de la crise post-électorale, à Bamako pour la libération du Président IBK ainsi que celle des autres officiels.
Malgré cette volonté affichée de poursuivre le dialogue, le ton des chefs d’Etat reste ferme par rapport aux militaires. Ils réclament la libération «immédiate» du Président Ibrahim Boubacar Keïta et son rétablissement dans ses fonctions. Dans le sillage de son précédent communiqué, la Cedeao, médiatrice de la crise malienne, «condamne avec la plus grande fermeté, le renversement par des militaires putschistes du gouvernement démocratiquement élu du président Ibrahim Boubacar Keïta», confronté depuis plusieurs mois à une vague de contestation sans précédent depuis le coup d’Etat de 2012 et «dénie catégoriquement toute forme de légitimité aux putschistes et exige le rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel».
L’embargo reste maintenu avec la suspension de tous les flux et transactions économiques, à l’exception des médicaments, du carburant et de l’électricité et la fermeture des frontières terrestres et aériennes. Après la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), qui a fermé toutes ses agences au Mali, certains pays comme la Côte d’Ivoire ont décidé de mettre en application les décisions prises par l’instance sous-régionale. Dans une note publiée hier, le ministère de l’Economie et des finances ivoirien a décidé de suspendre toutes «les relations économiques, financières et commerciales avec le Mali». Il demande aux administrations financières publiques, aux banques, aux établissements financiers de cesser toute «toute relation économique, financière et tout flux en direction du territoire malien jusqu’à nouvel ordre». Les putschistes pourraient-ils supporter cette pression économique, qui risque d’être plus efficace que l’intervention militaire ? Wait and see !

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