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La Journée mondiale de l’albinisme a été célébrée hier au Sénégal. Profitant de cette exposition médiatique, les albinos ont porté un fort plaidoyer à l’endroit des autorités étatiques pour les pousser à changer  leur regard sur les albinos souvent traqués pour des croyances mystiques.

Au Sénégal, comme partout ailleurs en Afrique, les albinos sont confrontés à de nombreuses difficultés. Ils sont souvent sujets à la discrimination, à la stigmatisation et vivent dans une extrême pauvreté qui ne leur permet pas d’accéder aux services sociaux de base (santé, logement et l’éducation). Mouha­madou Bamba Diop, président de l’Association nationale des albinos du Sénégal (Anas), a profité de la Journée mondiale de l’albinisme pour sensibiliser sur cette question et  appeler à la fin de cette discrimination. «Pour mettre fin aux discriminations dont nous sommes victimes, il nous faut ensemble déraciner l’arbre de l’ignorance et des préjugés par l’éducation.  Il n’y a pas que les enfants qui ont besoin d’être éduqués, les adultes ont aussi besoin d’être éduqués et de s’auto-éduquer. Nous demandons un travail de fond en termes d’éducation et de sensibilisation pour déconstruire les mythes et croyances», explique M. Diop.
En effet l’albinisme, qui est souvent lié aux cas de mystification et de croyances erronées dans les pays africains, pousse certains à préparer des amulettes et potions à partir des corps des albinos et donc à procéder à des enlèvements et agressions et à l’exhumation des corps de personnes atteintes d’albinisme. A la veille des joutes électorales, Mouha­madou Bamba Diop appelle sur un ton inquiet, à la vigilance et à la sécurité. «Les séquelles de 2012 restent toujours dans la mentalité. Des albinos ont été abusés, sujets de sacrifice. Nous demandons aux parents, aux albinos, aux militants à plus de vigilance. Aux autorités nous demandons de renforcer la sécurité», explique-t-il.
Face au ministre de la Santé et de l’action sociale, Awa Marie Coll Seck, le président des albinos du Sénégal a listé ses doléances pour la résolution définitive des besoins de ses camarades du Sénégal. «Pour se protéger contre le soleil et le cancer, nous avons besoin de crème. Elle existe certes, mais nous luttons pour la gratuité de cette crème qui coûte très cher : 40 mille francs.» Il y a aussi les lunettes. «Au Sénégal 98% des albinos sont illettrés parce que frappés de cécité. Pour que les albinos puissent étudier à l’école, il faut des lunettes», explique-t-il.
Au-delà de cette revendication, Mouhamadou Bamba Diop, père de 3 enfants albinos, exhorte l’Etat à se pencher sur le centre de Thiès. «Depuis 10 ans, le centre de Thiès n’a pas accueilli d’autorités du gouvernement. Le centre a besoin d’accueillir des albinos», dit-il. L’année dernière, 17 albinos sont décédés du cancer. Par conséquent, Mouha­madou Bamba Diop espère que ce ne sera plus le cas en investissant dans le traitement contre le cancer. «Nous ne devons pas regarder les albinos mourir, laisser les albinos dans le stade où ils sont, ce n’est pas la solution, laisser le centre dans le stade où il est, ce n’est pas la solution», poursuit M. Diop.
aly@lequotidien.sn

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