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«La pression médiatique associée à celle de l’opinion rend l’exercice du pouvoir très compliqué», disait Max Gallo. Au regard des dérapages verbaux et des articles de presse qui ponctuent le champ politique et social, le Sénégal offre un visage qui n’est réellement pas le sien. Jadis tolérant et ouvert, le Sénégalais, à travers des couches qui représentent ses différents segments, devient grossier, hermétique et austère. Nos différences qui nous enrichissaient deviennent actuellement des facteurs d’exclusion et d’animosité. C’est scandaleux et indigne face aux legs de nos devanciers (Serigne Fallou Mbacké, Ababacar Sy, Abdoulaye Niass, Amary Ndack Seck, Limamoulaye et autres) qui, de tout leur vivant, se sont évertués à construire et à préserver le pays de toute catastrophe. Honneur à eux !
Quand le philosophe Hegel disait que «les références ont foutu le camp», le cas actuel de notre pays lui donne raison. A la vitesse où vont les grossièretés, les animosités, je suis amené à demander qui est référence aujourd’hui, car ceux qui sont pressentis à être les lanternes pour éclairer et orienter la démarche de leurs pairs, ceux-là s’érigent en insulteurs dégoutants ou en démagogues mercenaires à la quête de primes usurpées. Dommage ! Il est temps de faire une introspection générale (ndeup national), de revoir nos postures et cela, en invoquant le passé de notre pays.

Dans notre camp d’abord
Avec l’avènement de Macky Sall, je fais mon b.a.-ba dans la scène politique parce qu’acquis à son offre politique et à la qualité des hommes qui l’ont aidé à réussir la seconde alternance.
En réussissant la deuxième alternance, la vocation de celle-ci n’était pas de changer des situations individuelles, mais plutôt d’améliorer la situation générale du pays. Quand nous partons du postulat que si la situation du pays change en s’améliorant, la mienne s’améliore irrémédiablement, tout devient facile et dicte la retenue et l’éthique qui garantissent l’émergence.
Refusons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Plusieurs participent à la lutte, mais peu accèdent aux responsabilités d’Etat. Le propre de tout changement ou de toute alternance est que tous la font, mais peu en bénéficient. Cela s’explique par le fait que le nombre de responsabilités à offrir est inversement proportionnel aux demandeurs et même aux méritants.
Quand les prétendants dépassent les postes à distribuer, le recours à l’arbitrage s’impose et, comme disait l’autre, tout arbitrage exclut. Parfois, le camarade Président procède à des castings surprenants au regard du primé dont le background et la participation à l’effort de la lutte rendent perplexe.
Nous avons toujours été adepte du «dieuf dieul» qui n’est plus une vérité du champ politique où l’usurpation et la surenchère tuent à petit feu le mérite. Ce changement de paradigme a créé cette situation de frustré d’un lot assez important de militants et cadres républicains qui n’arrivent pas à pénétrer les vues du Président Macky Sall. Quatre bonnes années nous séparent de 2024, cette séquence temporelle peut être mise à profit pour faire les remédiations salvatrices. A défaut de ces correctifs, les responsables apéristes risquent de donner les clichés de héros qui meurent de faim, et cela est irritant.
Des responsables républicains de haut niveau s’érigent en précurseurs de ce Macky bashing attendu de nos adversaires. Cela est irresponsable et indigne, sinon méprisable. C’est un véritable paradoxe que des insulteurs d’hier et même d’un passé très récent soient préférés aux compagnons des premières heures. Est-ce normal que des départements restent toujours sans grand responsable alors que les castings doivent épouser la géographie territoriale. Les grands défenseurs des partis dont les plaidoyers et l’argumentation renversent les co-débatteurs à la télé ou à la radio restent confinés à la périphérie de l’Etat et du parti. L’illustration de l’anomalie tantôt évoqué est le cas de maître Pape Sène, un modèle de responsable discipliné au sens du sacrifice assez élevé et dont la loyauté est au-dessus de tout soupçon. Rien ne nous offusque à ce que le Président Macky Sall trouve des plages de convergence avec des adversaires d’hier, c’est bien une évidence qu’en politique c’est la communauté des haines qui fait presque le fond des amitiés (dixit Alexis de Tocqueville), mais ce qui est renversant c’est que la rançon a dépassé l’apport du promu dans la victoire du candidat républicain.
En politique, les militants se nourrissent d’espoir. Cet espoir est en train de se dissiper chez beaucoup d’acteurs de notre camp. Un tel état d’esprit n’est pas rassurant et c’est ce qui explique les clashs qui fusent de partout. A la base, les militants ne sont pas contents de la manière dont leurs responsables ont été traités après une conquête parsemée de périls et avec les incertitudes envisageables au regard des prétentions de certains alliés, il y a bien lieu de changer de démarche. On ne peut pas envisager nos futures batailles en comptant à 100 pour 100 sur des alliés dont les formations politiques sont de potentiels concurrents. Ce n’est pas au leader de l’Apr qu’on apprend comment payer l’effort de lutte, comment rétribuer l’engagement et le sacrifice politique.
Qu’on se sent frustré, oublié, servi ou pas, ayons pour une posture du militant avec retenue et discipline et abstenons-nous de critiquer ouvertement et publiquement le Président, car c’est en famille que le linge sale se lave.

Dans l’autre camp
L’environnement politique et social est effervescent, une effervescence alimentée par des activités vindicatives, des populations désabusées et des politiciens qui n’ont pas fini de ruminer leur défaite. C’est dans la logique des choses que Macky Sall se fasse des ennemis. Et cela n’est pas mal en soit car, comme le rappelle George Clémenceau, «ne craignez jamais de vous faire des ennemis, car si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait» et personne n’ose contester la clairvoyance politique de ce ministre de l’Intérieur français qui, à son époque, a été une icône du champ politique.
Un programme fait gagner une première fois, mais c’est un bilan qui réélit et sous ce registre, l’actuel Président n’a pas peiné à convaincre le corps électoral. Il est évident que la contestation alimente le jeu démocratique, la marche, les rassemblements sont des expressions de la liberté, soubassement de toute démocratie.
Tout n’est pas parfait dans la gouvernance de notre pays, mais acceptons qu’à chaque fois qu’un feed-back révèle des anomalies, des manquements ou des injustices, le maître du jeu n’a pas hésité à corriger en réorientant son action. Jusqu’ici, seuls les fonctionnaires et les prestataires de l’Etat bénéficiaient des budgets de l’Etat, les bourses familiales viennent rétablir la justice et ceux qui en sont destinataires ne doutent pas de sa pertinence.
Jean Racine, le grand satiriste, arguait que «le peuple aime les rois qui savent l’épargner, il estime encore plus ceux qui savent régner», la Couverture maladie universelle, la gratuité de la dialyse, couplés aux cartes d’égalité des chances et à l’orientation de tous les bacheliers (même s’il existe des problèmes avec les instituts privés) sont autant de mesures qui épargnent les Sénégalais de certains jougs.
Nul n’a mieux protégé socialement les Sénégalais que le Président Macky Sall. Il faut cependant reconnaître que l’Etat-providence ne peut plus être de mise.
«On ne conduit le Peuple qu’en lui montrant un avenir, un chef est un marchand d’espérance». Cela est un rappel de Napoléon Bonaparte. L’avènement de l’actuel Président qui coïncide avec l’apparition des richesses minières autorise à croire à des lendemains meilleurs pour tous.
Ce potentiel minier crée des richesses et l’effet des richesses d’un pays est, selon Montesquieu, de mettre de l’ambition dans les cœurs.
La gestion des richesses exige de la transparence pour laquelle toute revendication emporte le soutien de tout démocrate.
L’amalgame autour du pétrole, du fer et du zircon vicie et fausse le débat, car certains qui en parlent n’en ont aucune maîtrise et la légèreté de leur argumentaire transforme leurs discours en purs baratins puérilement, saugrenus et de mauvais aloi.
Le camp de la contestation, abonnée à la rue, renforce les trois catégories de gens théorisés par Socrate : de grands esprits qui discutent d’idées (objectivement) côtoient des esprits petits ou moyens qui discutent d’évènements et de gens. La posture nihiliste est une limite au débat démocratique ; ceux qui l’incarnent font parfois de la surenchère et de la démagogie, estampille d’une démarche politique d’une époque totalement révolue. Quand l’adversité politique est assimilable à du mépris sous nos cieux, c’est regrettable et cela ne sert pas le dialogue démocratique, ni leurs auteurs et tout compte fait «le mépris des hommes, selon Albert Camus, est souvent la marque d’un cœur vulgaire».
Quand on prétend se poser en alternative, on doit chercher des équilibres nécessaires tant dans les discours que dans les actes que l’on pose. Au moment où la rue est chauffée par les activistes et quelques défenseurs de causes perdues, des Sénégalais préoccupés par le devenir du pays épiloguent à travers le dialogue national sur des questions qui structurent la gouvernance politique et économique, gage de la stabilité souhaitée.
Tous les pays qui se sont construits l’on fait autour de consensus forts et ceux qui ont boycotté avancent des justifications peu convaincantes. De mon point de vue, le dialogue national ne se justifie pas, car le contexte qui le dicte est loin de prévaloir, mais si le maître du jeu l’estime nécessaire, tant mieux. Toutes les institutions fonctionnent. Les élections n’ont connu aucun recours (pour la première fois), les proportions de la violence (excepté l’épisode de Tamba) ont été négligeables, au regard de tout cela, le dialogue national n’émane que de la bonté du prince
Autant, certains camarades doivent changer de posture en devenant moins agressifs à l’encontre du Président et de ceux qui déroulent ses politiques publiques, autant certains opposants et membres de la société civile doivent revoir leur posture en installant le débat sur un autre piédestal à l’abri des injures et grossièretés de bas étages qui ne servent pas la démocratie.
Monsieur le Président, vous avez prêté l’oreille à l’opposition et à la société civile à travers le dialogue national que tout le monde magnifie, prêtez alors l’oreille à ceux qui vous ont accompagné dans le combat, sachant que leurs prétentions sont légitimes et accessibles !
A ceux qui prédisent le chaos et insinuent l’insurrection, ils n’ont pas du tout fait leur la mise en garde de cet historien français, ancien ministre de Mitterrand, Max Gallo, qui laissait entendre que «la responsabilité de celui qui a accès à la parole publique est de mettre en garde contre l’irruption de la violence».
Revoyons nos postures et restons plus sereins !
Ibrahima KA
Coordonnateur national adjoint
de la RAMPE, membre de la CCR
ibrahimaka56@gmail.com

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