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Le Plan de riposte à l’insécurité alimentaire est bloqué parce que l’Etat du Sénégal n’a pas pu débloquer le milliard de francs Cfa qu’il s’était engagé à sortir sur les 6 milliards nécessaires. Et les retards de pluie rendent la période de soudure encore plus difficile pour plus de 47 mille Sénégalais dans 6 départements.

Un peu plus de 47 mille ménages sénégalais, dans 6 départements du pays, sont en situation d’insécurité alimentaire, et l’Etat du Sénégal ne semble pas en situation de leur apporter la réponse adéquate. Avec la pluviométrie qui, cette année, semble encore plus erratique que l’année dernière, la situation ne se présente pas sous un jour favorable, du fait que la période de soudure semble être venue précocement cette année.
Le plus dramatique est que les autorités nationales sont très bien informées de la situation. Mais pour des raisons que peu de personnes peuvent expliquer, elles n’ont pas encore déboursé l’argent, contrairement aux engagements qu’elles ont pris devant leurs partenaires étrangers et l’opinion nationale.
Au mois de mai dernier, lors d’un atelier de réflexion tenu à la Primature, au cours duquel a été validé le Plan d’urgence du gouvernement pour la sécurité alimentaire (Pusa), il avait été décidé d’apporter un appui aux 47 mille 251 ménages en fort risque de déficit alimentaire et nutritionnel dans 6 départements du pays, en particulier ceux du nord du pays, à savoir, Matam, Podor, Kanel, Ranérou, ainsi que Gou­diry et Tambacounda à l’est du Sénégal.

1 milliard sur les 6 demandés
Il s’agissait notamment, comme l’annonçait à l’époque le secrétariat exécutif du Conseil national à la sécurité alimentaire (Cnsa), d’opérer trois distributions annuelles de sommes d’argent, de bons d’achat et de vivres aux populations ciblées dans les zones concernées.
Le Pusa avait estimé tous ces besoins à 6 milliards de francs Cfa. A l’époque, face à ses partenaires financiers réunis en atelier à la Primature, le gouvernement avait déclaré n’être en mesure à l’époque que d’apporter un milliard de francs Cfa. Ce à quoi les autres partenaires techniques et financiers s’étaient engagés à fournir la différence. Le Quotidien a appris qu’ainsi, la Fao s’était engagée à débloquer 500 millions de francs Cfa, le Pam également avait pris des engagements pour un montant similaire. D’autres partenaires comme Action contre la faim, World vision ou Oxfam s’étaient également engagés.
Or, se désolent des fonctionnaires sénégalais, depuis cette date, rien n’a bougé du côté sénégalais. Ce qui fait que, si les partenaires techniques et financiers avaient bel et bien entamé quelques actions, cela n’est pas allé bien loin. Faute d’incitation de la part de l’Etat du Sénégal, les uns et les autres ont fini par garer leurs véhicules dans les garages, et voient venir. L’un des représentants de ces Ptf indique, sous le sceau de l’anonymat, qu’ils sont d’autant plus légitimés à le faire que le Sénégal n’a pas voulu déclarer officiellement un état d’insécurité alimentaire, ce qui aurait permis à ses partenaires de lancer des appels à l’aide au niveau international. On imagine qu’en période pré-électorale, le gouvernement n’a pas voulu subir pareil affront, au moment où le slogan est à l’autosuffisance alimentaire.

Manque de carburant, retards de salaire
Quoi qu’il en soit, le jeudi dernier, le constat d’échec a été fait. Au cours d’une rencontre organisée à la Primature sous l’égide du Conseil technique du Premier ministre chargé des questions de sécurité alimentaire, les structures sénégalaises chargées de cette question ont vite fait le point de la situation. Depuis le mois de mai, la situation ne s’est pas améliorée. Pis, elle s’est encore plus dégradée.
Au niveau du Cnsa, une bonne partie du personnel se plaint même de connaître des retards de salaire. Alors, pour ce qui est de se rendre sur le terrain et faire du ciblage, ils disent être désabusés : «Nous n’avons même pas de carburant pour nous rendre dans les zones concernées.»
Cette situation se passe au moment où, à la suite des premières pluies subies dans la zone sylvo-pastorale, et qui ont causé une véritable hécatombe parmi le bétail, le Président Macky Sall s’était engagé à appuyer les éleveurs à hauteur d’un milliard de francs Cfa pour les consoler de leurs pertes. Les agents des structures en charge de la lutte contre l’insécurité alimentaire se demandent comment le chef de l’Etat pourrait tenir sa promesse, alors que le Pusa du Sénégal comprend déjà un volet de soutien au cheptel. Un communiqué publié à la suite de la rencontre du 18 mai à la Primature disait que l’autre objectif du Plan d’urgence «est de sauver 397 mille 863 Unités de bétail tropicales (Ubt) menacées par l’insécurité alimentaire dans les départements de Saint-Louis, Podor, Dagana, Matam, Ranérou, Kanel, Linguère, Koumpentoum et Koungheul. Pour cela, chaque Ubt recevra 1kg d’aliment de bétail par jour et sera déparasitée». Si le Secnsa avait pu tenir ses engagements, il n’est pas sûr, malgré les imprévus naturels, que le Président Macky Sall aurait été obligé d’engager encore un autre milliard de francs auprès des éleveurs. Avec des risques de parjure.

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