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La gestion des Polluants organiques persistants (Pop) inquiète l’Etat du Sénégal. Surtout que la 3ème catégorie de Pop, appelée annexe C dans la convention de Stockholm dont le Sénégal est signataire, est produite par le secteur informel. La difficulté, c’est que les personnes qui émettent ces déchets ne sont même pas conscientes qu’elles le font. «Ce sont des actes involontaires comme le démantèlement des équipements appelés e-déchets, c’est-à-dire les ordinateurs portables, les téléphones portables etc.», renseigne-t-elle. L’autre défi, c’est qu’il est difficile pour les services de l’Etat d’exercer le contrôle sur ce secteur informel. Or de l’avis de l’experte, c’est cette catégorie de pop qui cause le plus de dégâts à l’homme et à l’environnement. Aldiouma Ndiongue, membre de l’Asso­ciation Eau, vie et environnement, attire déjà l’attention des autorités sur les activités de démantèlement d’équipements, d’e-déchets sous le pont de Colobane. D’ailleurs, renseigne-t-il, une équipe américaine avait prélevé et analysé des échantillons tirés sous le pont de Colobane, notamment dans le secteur du démantèlement des équipements dans le e-déchets. Les résultats avaient montré par endroits un site pollué, du fait de cette activité de démantèlement non réglementé.
Citant d’autres sites d’émission de Pop, Rokhaya Ndiaye Diop incrimine le brûlage des pneus, de tout ce qui est plastique, mais aussi de l’encens et les pesticides contenant des pop utilisés dans la production agricole. Les décharges d’ordures à ciel ouvert sont également des sources d’émission de pop. Et ces décharges, selon Aïta Sarr Seck, contribuent à hauteur de 40% dans la dégradation de l’environnement.

Le brûlage d’encens produit des Pop
Les Polluants organiques persistants (Pop) sont des produits chimiques très dangereux pour la santé humaine et environnementale. Les spécialistes le définissent comme des molécules persistantes qui persistent dans l’environnement. Ils résistent aux mécanismes chimiques physiques de dégradation. Ils ont des demi-vies de 20 à 25 ans, d’après Rokhaya Ndiaye Diop. Ils se caractérisent par leur volatilité. Ils se déplacent d’un en­droit à un autre. «On peut produire ces déchets au Sénégal et les retrouver dans d’autres pays», avance Aïta Sarr Seck, chef de Division pollutions et nui­sances à la direction de l’Environnement et des établissements classés au ministère de l’Environnement. Les polluants organiques persistants sont classés en trois catégories dans la Convention de Stockholm qui lutte contre ces déchets. En plus de l’annexe C défini plus haut, il y a l’annexe A qui est issu de produits chimiques contenant des pop.
La convention préconise son élimination, mais avec des dérogations pour certains produits comme les ralentisseurs d’incendie qui entrent dans le processus de fabrication des moquettes, des sièges de véhicules, car n’ayant pas encore d’alternatives. L’an­nexe B avec comme obligation de restreindre son utilisation.
La Convention de Stockholm est un traité mondial qui a comme objectif de protéger la santé humaine et environnementale contre les Pop, car ces produits, une fois générés ou émis, peuvent impacter la santé humaine et environnementale. Chez l’être hu­main, explique Aïta Sarr Seck, les «pops sont logés dans le tissu adipeux. Ce qui fait que du point de vue santé, la personne peut les traîner pendant plusieurs années sans que cela n’engendre des dommages visibles sur la santé. Mais quand le seuil critique est atteint, ça peut générer des maladies cardiaques, des perturbations endocriniennes respiratoires. Raison pour laquelle la prévention est essentielle».
Notre pays, à travers la Direction de l’environnement et des établissements classés (Deec), point focal de la Convention de Stockholm, a élaboré un second plan pour lutter et réduire les Pop. Il y a un programme d’enlèvement des Pcb dans les transformateurs et les condensateurs. Mme Diop renseigne aussi que la Senelec a légué plus de 200 condensateurs à un projet et ces équipements sont en cours de démantèlement. Con­cernant le circuit formel, Rokhaya Ndiaye Diop rassure que celui-ci est sous contrôle. «Il ne nous inquiète pas. La direction de l’Environnement, garante de la préservation de l’environnement, fait le suivi environnemental à travers des inspections inopinées, et des rapports périodiques nous sont fournis», rassure-t-elle.
ndieng@lequotidien.sn

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