PARTAGER

Après les premières manifestations de l’opposition  en Gambie en avril,  j’avais publié une tribune en date du 20 avril pour dire que c’était  «le début de la fin pour le Neron de Banjul» (Dakaractu, Igfm, Le Quotidien…). J’annonçais le début de la fin pour le Néron de Banjul parce que la peur étant le moteur de la dictature, le fait que les Gambiens aient osé manifester était la preuve qu’ils n’avaient plus peur. Dans une dictature, quand on n’a plus peur on se rend compte que le tyran n’est qu’un tigre de papier. C’est pour maintenir cette peur qui en est le moteur, que la violence est permanente dans une dictature. Une dictature se fonde sur deux piliers  que sont  la violence et le contrôle de l’info pour entretenir une peur permanente.
Jammeh contrôlait encore la violence, mais le contrôle de l’info lui échappait de plus en plus. En avril, la chute de Jammeh était ma première thèse. La deuxième thèse était que le retour de la Gambie à la démocratie devrait se faire facilement parce que avant le coup de d’Etat de Jammeh, la Gambie faisait partie des exceptions démocratiques en Afrique, à côté du Sénégal, du Botswana et de l’Ile Maurice.  Cette thèse avait été contestée par Monsieur Tahirou Sarr, conseiller politique. J’en étais ravi d’ailleurs, parce que le vrai débat suppose la contradiction.  Le retour de la Gambie à la démocratie doit être considéré par le Sénégal comme une question d’intérêt national. C’est pourquoi le Sénégal, au-delà de la diplomatie qui consiste à féliciter le vainqueur doit faire passer un message à l’armée gambienne : le Sénégal n’acceptera de coup d’Etat ou de changement anti-démocratique ou anticonstitutionnel. Ce message à l’armée gambienne doit passer  par des canaux que nos militaires  et les services connaissent.
Le Sénégal doit servir de rempart à la volonté du peuple face à toute tentative de retour en arrière par les baïonnettes. Ce qui n’est pas exclu parce que jusqu’à présent, le rapport de force est largement favorable aux satrapes de Jammeh. Jammeh a eu 22 ans pour bâtir un système. Même si on lui assure l’impunité, des piliers de son système peuvent être tentés par l’aventure du coup d’Etat, par instinct de survie ou pour négocier aussi leur impunité. Stratégiquement, l’armée et les forces de sécurité sont encore entre les mains de Jammeh. Donc il est fort inintelligent de lui promettre déjà la Cpi. Au contraire, il faut opter pour une sortie de crise à la Charles Taylor, c’est-à-dire lui offrir une porte de sortie honorable d’abord, inverser le rapport de force ensuite, avant de parler de poursuite.
Pour sortir de la guerre civile au Liberia, on avait garanti un exil doré à Taylor au Nigeria, avant que ses crimes ne le rattrapent. Ne vendons pas la peau de l’Ours trop tôt. Le rôle du Sénégal doit être plus subtil. Le Sénégal doit faire savoir clairement qu’il n’acceptera pas de coup d’Etat, mais il doit aussi rassurer les Gambiens en montrant que nous n’avons aucune visée hégémonique sur la Gambie. La Gambie n’est pas une province, ni une région du Sénégal, comme on l’entend souvent, parce que ce sont les conditions historiques qui ont été à l’origine de la création du Sénégal qui ont aussi été à l’origine de la Gambie.
La sortie de scène aussi rapide  (ce que personne ne pouvait prévoir) du Néron de Banjul est une excellente chose, parce qu’elle va accélérer le retour  de la paix en Casamance, où Jammeh n’a cessé d’attiser le feu pour avoir un moyen de pression sur le Sénégal. Ce moyen de pression devenait de moins en moins efficace depuis que l’armée s’est donné les moyens de gagner la guerre. La dernière crise avec la Gambie était aussi un indicateur que le Mfdc comme instrument de chantage ne fonctionnait plus. C’était la première fois depuis le début de la guerre en Casamance, que nous avions un si long conflit avec le Néron de Banjul et qu’il n’utilisait pas une faction du Mfdc pour nous mettre la pression. Une Gambie démocratique va accélérer le retour de la paix parce que les démocraties ne se font pas la guerre. Nous avons un exemple avec la Guinée Bissau. Depuis que la Guinée Bissau est devenue démocratique, elle n’accepte plus le Mfdc sur son sol. Une Gambie démocratique n’acceptera de servir de base arrière au Mfdc. Sur le plan politique, le Gabou ou l’axe Banjul, Bignona, Bissau était le rêve du Mfdc. Il faut qu’il devienne celui du Sénégal, mais sur le plan économique. Avec la Guinée Bissau et la Gambie devenues démocratiques, le Sénégal doit avoir l’ambition de créer une zone de coprospérité économique du Sud. Cette zone de coprospérité fera passer la Casamance «du désenclavement économique à l’intégration sous-régionale»,  avec une nouvelle forme de régionalisation qui transcende les frontières des trois pays. Oublions le projet de confédération politique et concentrons notre énergie sur cette zone de coprospérité, qui partirait de Banjul à Bissau. C’est la meilleure façon de gagner la paix après que l’armée a gagné la guerre en Casamance.
Yoro DIA – Politologue  – diayero@gmail.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here