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Très convoitée, la succession de Irina Bukova au poste de directeur général de l’Unesco remet la diplomatie culturelle et l’éducation au cœur de l’agenda mondial. La géopolitique et les ambitions des huit candidats encore en lice, dont quatre issus du monde arabe, corsent cette élection qui s’annonce disputée.

Le vote commencera le 9 octobre au siège de l’Unesco à Paris, mais signe de la difficulté pour choisir entre les huit candidats encore en lice, il pourra se poursuivre jusqu’au vendredi 13 octobre. Ce jour-là, si aucun consensus ne s’est dégagé sur un nom lors des quatre tours précédents, les 58 membres du Conseil exécutif de l’organisation, qui tiennent leur 202e session du 4 au 18 octobre, devront trancher. Parmi les favoris, trois figures se détachent : il s’agit du Qatari, Hamad Bin Abdulaziz Al-Kawari, de la Française d’origine marocaine Audrey Azoulay et de la candidate égyptienne Moushira Khattab. Les autres candidats, toutefois, conservent toutes leurs chances et notamment le Chinois Qian Tang, car «il y a huit ans, personne n’avait vu venir Irina Bokova», aime à répéter l’ancienne ministre française de la Culture. D’ailleurs, le «neuvième» candidat investi, le Guatémaltèque Juan Alfonso Fuentes Soria, ayant décidé de se désister en faveur du Qatari, Audrey Azoulay, du coup, risque d’être distancée, selon des sources diplomatiques proches de l’Unesco.

Le tour du monde arabe
Même si «tout est encore possible» avant le premier tour de cette élection qui s’annonce très disputée, la probabilité que le futur directeur général soit issu du monde arabe n’a jamais été aussi forte. Aucun Etat arabe n’a réussi à diriger l’Unesco depuis sa création en 1945, mais cette fois, avec pas moins de quatre candidats, «il semblerait que le moment tant attendu soit enfin arrivé», note un observateur averti.
Se voulant résolument optimiste, la candidate du Président égyptien Al Sissi revendique, quant à elle, sa triple appartenance en tant que femme arabe, africaine et méditerranéenne provenant de 7 000 ans d’histoire. «C’est la troisième fois que l’Egypte postule à l’Unesco, rappelle Moushira Khattab. L’espoir qui repose sur ma personne est immense dans mon pays et je vais tout faire pour ne pas le décevoir», ajoute-t-elle avec détermination.

Citoyenne du monde
Cette juriste anglophone qui parle le français avec un délicieux accent du Caire peut se targuer d’une solide expérience dans la défense des droits de l’Homme comme dans la diplomatie internationale. Dans le cadre de son mandat de secrétaire générale du Conseil national pour l’enfance et la maternité, et plus tard de ministre d’Etat chargé de la Famille et de la population, elle a engagé et dirigé l’une des réformes des droits les plus complètes menées à ce jour en Egypte. Voulant faire des femmes, des jeunes et des enfants les moteurs du changement, elle a permis l’introduction dans le système pénal égyptien d’un amendement contre la traite des êtres humains, la vente d’enfants, les abus sexuels et l’exploitation dans la pornographie, ainsi que les mutilations génitales féminines. Un combat qu’elle continue de mener dans les pays africains encore touchés par cette pratique. Elle a également engagé une réforme destinée à porter l’âge minimum de mariage à 18 ans.
Nommée premier ambassadeur d’Egypte en Afrique du Sud post-apartheid, elle a été décorée de l’ordre de Bonne espérance par Nelson Mandela. Puis a représenté son pays en République fédérative tchèque et slovaque pendant la dissolution. Devenue ministre adjointe des Affaires étrangères pour les relations culturelles internationales, elle a ensuite pendant huit ans été rapporteuse indépendante et vice-présidente du Comité des droits de l’enfant de l’Onu. Ce qui lui a valu une réputation internationale d’expert des droits de l’enfant, et notamment l’accès à une meilleure éducation. Elle était récemment à New York pour défendre sa candidature lors de l’Assemblée générale des Nations unies et jette maintenant ses dernières forces dans la bataille : «Je connais le système onusien de l’intérieur. Ce qui me donne un avantage sur les autres candidats, car je sais comment obtenir un consensus pour faire passer une résolution et aussi lever des fonds», affirme-t-elle.

Lutte contre le terrorisme
«Ce n’est ni le tour des pays arabes ni celui de la France, mais celui de l’Unesco qui arrive à un tournant de son histoire et doit entrer dans le 21e siècle», s’était défendue à la mi-septembre Audrey Azoulay en essayant de reprendre la main. Mais, selon la plupart des observateurs, il est exclu qu’une candidate ayant la nationalité du pays où siège l’Unesco puisse prétendre diriger une organisation dont l’influence ne cesse de grandir à cause notamment de l’importance des questions liées au terrorisme et à l’enrôlement des jeunes.
Le maintien de la fille d’un éminent conseiller du Roi du Maroc n’a donc pas été apprécié par les pays arabes, «irrités par cette dernière bévue du Président Hollande». Quant au candidat qatari, la brouille du Qatar avec de nombreux Etats arabes et les accusations de la connivence du Qatar avec certains responsables islamistes n’ont pas arrangé ses affaires. Reste la candidature de l’Irak et celle du Liban, qui semble avoir le vent en poupe.
Selon des sources bien informées, le Président Macron n’aurait pas été insensible à la candidature de Vera El-Khoury Lecoeuilhe que le Président Michel Aoun a recommandée lors de sa visite officielle à Paris. C’est l’exfiltration de Ghassan Salamé, comme envoyé spécial de l’Onu en Libye, qui a mis un terme à la polémique libanaise sur la désignation de cette Franco-libanaise, actuellement conseillère du ministre libanais de la Culture.
Il n’en reste pas moins que derrière la bataille de dames qui se profile, une seule candidature est issue du continent. Espérons que c’est celle-là qui l’emportera.
Christine HOLZBAUER
Paris- France

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