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La Section de recherches ouvre une enquête

Des ordinateurs gisant sur le sol, une télévision fracassée, le spectacle qu’offrent les locaux du journal «Les Echos» fait froid dans le dos. Victime d’une attaque planifiée par des individus se réclamant disciples du guide des Moustachidines Moustapha Sy, le journal a fait les frais d’un article publié à sa Une ce lundi et faisant état de la contamination du guide religieux au Covid-19.

C’est une image apocalyptique : Des machines gisant sur le sol, une télévision décrochée brutalement de son socle mural, les images du siège du journal Les Echos sont suffisamment édifiantes. Pour avoir écrit un article sur le guide des Mous­tachidines Moustapha Sy, le journal Les Echos s’est attiré l’ire des disciples du chef religieux. Dans sa parution d’hier, le quotidien dakarois livrait en effet une information selon laquelle le guide religieux avait été testé positif au Covid-19 et serait interné à l’hôpital Principal de Dakar. L’information n’a pas plu aux inconditionnels du religieux qui ont très vite réagi par des insultes et des menaces sur les réseaux sociaux. Joint par téléphone, le rédacteur en chef du journal, Mbaye Thiandoum, explique même avoir reçu des menaces à peine voilées. Revi­vant le film de l’évènement, il explique que c’est vers 13h 30 qu’un groupe s’est déplacé au siège du journal. L’attaque à la fois rapide et violente a été parfaitement menée en moins de 5 minutes. En effet, le film des évènements raconté par nos confrères montre que c’est d’abord un seul individu qui s’est pointé dans les locaux du journal pour s’entretenir avec le responsable commercial. Dans la discussion, il ne tardera pas à perdre son sang-froid avant de proférer des insultes et de commencer la mise à sac. Il est très vite rejoint par 4 autres personnes qui étaient en embuscade. Leur forfait accompli, les malfrats vont rejoindre leur véhicule stationné à une cinquantaine de mètres avant de disparaître. «Ils ont saccagé toute la rédaction, mon propre bureau où se trouvait aussi celui du monteur. Ils ont cassé mon ordinateur, celui du monteur et 5 autres ordinateurs dans la salle de rédaction et la télévision», raconte le rédacteur en chef. Si aucun dommage physique n’a été déploré pour les témoins de l’attaque, les dommages matériels se chiffrent à des dizaines de millions.
La Section de recherches de la gendarmerie qui a été saisie par le directeur de Publication n’a pas tardé à se déporter sur les lieux. Les hommes en bleu venus recueillir des indices auront la tâche d’identifier formellement les auteurs. Mais pour l’heure, ces personnes qui se sont réclamées du guide des Mousta­chidines sont dans la nature.
Cette attaque qui rappelle le sinistre saccage de l’As et de 24H Chrono en 2004 révulse les organisations des médias. «A chaque fois qu’il y a agression contre les journalistes, les auteurs de ces barbaries refusent en fait à la presse le droit d’informer. La presse est intimidée pour ne pas exercer sa liberté d’informer», réagit le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse (Cdeps) qui dénonce «une menace récurrente et permanente pour la liberté de presse». Le Bureau exécutif national (Ben) du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (Synpics) condamne «avec vigueur ces actes barbares, abjects et d’une autre époque». Le syndicat dénonce aussi le communiqué des jeunes du Parti politique se réclamant de Serigne Moustapha Sy, le Pur, dans lequel «il est clairement indiqué que l’objet de cette attaque (…) était d’intimider ou de museler la presse sénégalaise».
Impunité
Face à la récurrence de ces actes, les patrons de presse et syndicat de presse mettent l’Etat face à ses responsabilités. «C’est la énième agression contre les journalistes après la station Rfm de Mbacké, le directeur de Publication de Waa Grand-Place, la 7Tv… Aucun des agresseurs n’a jamais été pris et il règne une sorte d’impunité d’auteurs de violences contre les journalistes et les maisons de presse. Les forces de sécurité sont restées muettes sur les auteurs de ces agressions contre la liberté de presse. Aucun des forfaits commis contre la liberté de presse n’a aussi fait l’objet de poursuites devant les Tribunaux», dénonce le Cdeps tandis que le Synpics invite le gouvernement sénégalais à faire arrêter et juger les responsables de ces actes et leurs éventuels commanditaires. Même réaction du Forum civil qui demande au gouvernement «d’assumer et d’exercer pleinement sa mission régalienne de protection des personnes et des biens afin de garantir la stabilité sociale».

Le Pur menace la publication : «Nous lui adressons nos avertissements»

Non content d’avoir saccagé le siège d’un organe de presse, les jeunes disciples de Moustapha Sy vont plus loin dans la provocation. «Comme Les Echos récidive en participant à la campagne grandeur nature de déstabilisation, de diabolisation et de dénigrement de Serigne Moustapha Sy, nous lui adressons nos avertissements», précise un communiqué de presse signé par Habib Ndiaye, secrétaire national de la jeunesse du Pur. Plus loin, ce dernier s’adresse directement au Rédacteur en chef du journal, Mbaye Thiandoum, pour lui adresser des menaces sans équivoque.

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