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Le siège de Pastef a été mis à sac par des nervis dans la nuit du mercredi au jeudi. Le parti de Sonko met en cause Abdoulaye Diouf Sarr et réclame justice. La gendarmerie a ouvert une enquête.

Rien n’a été épargné, tout est à l’envers. Des débris de verre tapissent le carrelage, des chaises cassées, le téléviseur écran plat fixé dans la salle de réunion trouée, des ordinateurs, des ventilateurs et des tables presqu’en morceaux. C’est là le décor des locaux de Pastef, sis à Yoff et saccagés par des individus dans la nuit du mercredi au jeudi. Les quelques militants trouvés sur les lieux demandaient à la presse de faire le constat. Birame Soulèye Diop, administrateur général du Pastef, fait son récit : «On nous a appelés à 3h du matin pour nous dire que dix nervis encagoulés et armés de coupe-coupe ont saccagé le siège. Ce n’est pas la première attaque : le siège du Pur l’a été aussi lors de la campagne de collecte des parrainages. Lors de notre meeting du 22 janvier à la Place de la Nation, les gros bras d’un ministre avaient attaqué un de nos militants qui a été évacué à l’hôpital.»

Abdoulaye Diouf Sarr pointé du doigt
Dans cette affaire, même s’il n’est pas affirmatif, M. Diop évoque le nom du maire apériste de Yoff. «Les nervis ont dit au planton, avant de passer à l’acte : ‘’Nous voulons que vous déménagiez votre siège. Ici c’est le fief de Abdoulaye Diouf Sarr’’», rapporte-t-il. L’accusation n’est pas anodine. Mercredi, Ousmane Sonko était à Yoff Layène. Au crépuscule, il a été reçu durant plus d’une heure par le porte-parole de la famille, Mamadou Lamine Laye. Dans cette communauté où Diouf Sarr compte une femme, en l’occurrence Sokhna Thiaw Laye (fille du khalife), le déplacement du leader de Pastef était risqué. Accompagné d’une dizaine de jeunes, le leader du Pastef, en quittant Layène, a dans la foulée inauguré le siège communal de son parti en plein cœur de Yoff, dans le quartier de Mbenguène, près du marché. Une sorte d’affront pour Diouf Sarr qui contrôle cette commune pratiquement sans opposition depuis 2014. En tout état de cause, une plainte a été déposée par le parti de Sonko et la gendarmerie qui a fait une décente sur les lieux a constaté les dégâts. «On fait confiance à leur professionnalisme. Nous savons que ces gens seront retrouvés. Nous sommes dans un pays dit de droit. Même si l’Etat de droit part en lambeaux, nous continuons de penser qu’il y a des ressources démocratiques qui restent au Sénégal. Nul n’a le monopole de la violence», avertit Birame Soulèye Diop. Et de rassurer : «Pastef ne fera aucune réaction en dehors de celle adressée à la justice. Aucun parti de l’opposition n’a déroulé des actes de violence contre le parti au pouvoir. Tout ce qui a été subi au Sénégal depuis 2014 a été perpétré par le parti au pouvoir. Ce que nous attendons, c’est que la justice réagisse et que les auteurs et les commanditaires soient traduits en justice.»

Le C25 : «Nous demandons au procureur de prendre ses responsabilités»
Dans l’après-midi, les leaders du C25 se sont rendus au siège national de Pastef. «Le coordonnateur du C25 (Malick Gakou) nous a demandé de passer manifester notre solidarité. Ce qui s’est passé ici est ahurissant. Ce sont des actes de barbarie que le Sénégal dans sa totalité réprouve. Il est temps que ça s’arrête. Nous demandons au procureur de prendre ses responsabilités, les forces de sécurité aussi. Il y a eu un ministre qui a déclaré haut et fort qu’il a recruté des nervis et ça se sont des nervis qui l’ont fait. Il doit être entendu. Des enquêtes doivent être diligentées et les coupables arrêtés et présentés au juge. S’ils ne le font pas, je suis sûr que tous les Sénégalais unis comme un seul homme feront face à ce camp qui a déjà installé la dictature et tous les ingrédients d’un régime dans lequel tous les droits sont violés. Ceux qui l’ont fait hier avec le siège de Khalifa Sall, aujourd’hui chez Ousmane Sonko, le feront avec d’autres parce qu’ils veulent nous intimider par la terreur», a dit Me Madické Niang.

Diouf Sarr dément toute implication : «Sonko doit grandir rapidement»
Le parti de Ousmane Sonko, Pastef/Les Patriotes, cherche à se «victimiser». Telle est la conviction ferme de Abdoulaye Diouf Sarr, ministre et responsable du parti au pouvoir (Apr), accusé d’être le commanditaire du saccage des locaux de Pastef à Yoff, son fief. Dans un entretien accordé à iRadio, Abdoulaye Diouf Sarr estime que l’Apr n’est mêlée ni de près ni de loin à cette affaire. «C’est vous qui m’apprenez qu’ils ont insinué l’implication de notre parti dans le saccage de leur siège. J’aimerais leur dire que c’est tout à fait absurde parce que Yoff est un village qui a une très grande culture politique, mais qui est très pacifique et où il y a une grande cohabitation avec beaucoup de sièges de parti politique. Abdoul Mbaye (Act), nous sommes côte à côte. Nous avons toujours ouvert notre siège sur la même rue avec mon ami et frère Khalifa Sall. On n’a jamais eu ce genre de problèmes. Si maintenant Sonko vient utiliser cette stratégie du buzz, je suis vraiment désolé. Il est important de lui demander de grandir rapidement et de sortir de cette stratégie qui consiste à chercher toujours à créer chaque fois une histoire invraisemblable pour attirer l’attention. Ce n’est pas normal. Il est important qu’il dise aux Sénégalais quel est son programme», a dit le maire de Yoff.

Stagiaire

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