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Après les violentes émeutes de Saint-Louis provoquées par la colère des pêcheurs de Guet-Ndar mardi dernier, l’opération de délivrance des licences de pêche mauritaniennes a démarré samedi. Avec le démarrage des opérations d’inspection technique qui consistent à apposer des plaques d’immatriculation sur les pirogues, les Guet-Ndariens peuvent pousser un ouf de soulagement.

Après les émeutes et séances d’explications, c’est l’heure du dégel. Au port polonais de l’Hy­drobase, l’ambiance est détendue. Souriants, les pê­cheurs qui se tiennent au pied de leurs pirogues amarrées sur la berge assistent au début des opérations de délivrance des licences de pêche. La joie et l’enthousiasme se lisent sur le visage des centaines personnes, heureuses de voir que la ville reprenne le cours normal de sa vie calme et tumultueuse.
Aujourd’hui, les opérations d’inspection technique marquent le coup d’envoi de la procédure de délivrance des licences de pêche. Sur place, les pêcheurs s’organisent pour déterminer l‘ordre de passage des pirogues devant les membres de la commission mixte mise en place par les autorités mauritaniennes et sénégalaises en charge de la pêche. Cette commission, composée de membres de la commission «Sennes tournantes» de Diamalaye (quai de débarquement de Guet-Ndar) et de représentants de la partie mauritanienne, a pour principale mission de procéder à l’inspection technique des pirogues. Etape obligée du processus de délivrance des licences de pêche aux ayants droit. L‘inspecteur départemental des Pêches et de la surveillance de Saint-Louis, présent sur les lieux pour superviser l’activité, explique les détails du processus : «L‘opération se déroule cette fois-ci en deux phases. La première qui dure deux jours permettra de vérifier l’immatriculation des pirogues et les scellés. Et si tout est normal, un quitus est remis au propriétaire qui pourra ainsi au troisième jour et dans la deuxième phase recevoir sa licence. Mais il devra cependant au préalable signer une fiche d’engagement sur laquelle sont inscrits l’ensemble des interdits, infractions, mesures et recommandations que le pêcheur doit respecter.» Parmi ces mesures, il y a l’obligation pour les pêcheurs de débarquer sur les deux sites autorisés, à savoir les débarcadères de Diamalaye, situé en face des cimetières de Guet-Ndar et de l’Hydrobase. «Les pêcheurs doivent aussi avoir obligatoirement un bon de sortie à chaque fois qu’ils veulent entrer dans les eaux mauritaniennes, mais également amener avec eux pour toute leur partie de pêche l’original de leur licence, la photocopie ne pouvant pas servir de preuve ou d’autorisation de pêcher en Mauritanie», rappelle l‘inspecteur département des Pêches et de la surveillance qui a par ailleurs insisté sur l’interdiction faite aux pêcheurs de mettre à terre les espèces prohibées : «C’est le cas notamment des espèces du fond ou poisson noble et du mulet pour les espèces pélagiques. Dans la même logique, les pêcheurs guet-ndariens sont obligés de respecter la règle de 6% qui consiste à autoriser à tour de rôle un groupe de 12 propriétaires, c’est-à-dire 24 pirogues à aller pêcher pendant 15 jours en Mauritanie.»

Appel au sens de la responsabilité
Du côté mauritanien, le chef des garde-côtes de Ndiago, Chargé du suivi du protocole d’accord, a invité la partie sénégalaise à faire une large diffusion de la réglementation auprès des pêcheurs avant de leur demander de respecter celle-ci afin de pérenniser le protocole. «Nous demandons aux pêcheurs de respecter le règlement, car c’est seulement le respect du règlement en vigueur qui permettra de pérenniser le protocole», prévient Mouhamed Ould Ahmed qui a suggéré aux acteurs locaux de sensibiliser les pêcheurs pour le respect des formalités administratives.
Par ailleurs, les acteurs locaux affichent leur bonne foi. D’après Ousmane Sène, président de la Commission Sennes tournantes, ils ont invité les propriétaires à respecter «strictement la réglementation et à venir personnellement récupérer leur licence afin d’écouter de vive voix les interdits et les grandes lignes du protocole, car c’est seulement de cette façon que la paix sera cultivée». M. Sène a également rappelé que la procédure de délivrance des licences est déjà enclenchée avec les opérations  d’inspection technique. Il a précisé que «200 propriétaires de pirogues sont concernés pour l’instant par la délivrance des licences, soit au total 400 pirogues. Cela s’explique par le fait que chaque propriétaire dispose de deux pirogues. Une grande qui fait l’essentiel du travail et une petite qui l’accompagne». Très pragmatique, Ousmane Sène exhorte «l’ensemble des acteurs de la pêche à unir leurs efforts et à mettre en avant l’inclusion et la concertation pour maintenir les acquis». Evi­demment, cette nouvelle ramène l’espoir chez les observateurs et les acteurs de la pêche après une semaine mouvementée.

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