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(Photo Eddy Munyaneza)

(Envoyée spéciale)  – Après 5 jours de projections-débats, de Tënk et d’ateliers de production, le festival du film documentaire de Saint-Louis s’est clos ce samedi à la place Faidherbe. Trois grands prix ont été décernés ainsi que six mentions.  L’Algérienne Leila Chaïbi a remporté le prix du long-métrage (en plus de 2500 euros), pour son film «Le verrou», la Nigérienne Aïcha Macky est repartie avec le prix du moyen-métrage (1500 euros) pour son film «L’arbre sans fruit» et la Malienne Eva Sehet, réalisatrice de «La fille du rail» s’est fait distinguer dans la catégorie des courts-métrages (1000 euros).

«Le verrou» de Leila Chaïbi
Les femmes ont été les meilleures selon les jurys de la 3ème édition du Festival du film documentaire de Saint-Louis. A la clôture de ce festival, samedi dernier à la place Faidherbe, les trois jurys ont décerné 3 grands prix, à trois réalisatrices de talent. L’Algérienne Leila Chaïbi a remporté le prix du long-métrage doté d’une enveloppe de 2500 euros pour son film «Le verrou». «Le verrou» raconte en 63 minutes, l’histoire commune de Houda, Mabrouka et Faouza, 3 femmes victimes du «Tasfih». La réalisatrice de ce documentaire, Leila Chaïbi interroge à tour de rôle ces femmes qui racontent le rituel (Tasfih) qu’elles ont vécu et qui est toujours pratiqué en Tunisie. Ce rituel consiste à «fermer» les jeunes filles et les «ouvrir» à nouveau à la veille de leur mariage ou dans la même semaine de leur mariage.
Ponctué par de poignants témoignages et de puissantes évocations, «Le verrou» a été choisi parmi les 7 autres films en compétition dans la catégorie des longs-métrages, non moins pour sa qualité que pour sa pertinence et son originalité. «Le jury attribue son  grand prix à un film d’une grande sensibilité dans son approche cinématographique sur un sujet délicat mais essentiel pour sa société et pour toutes les femmes. Un documentaire qui interroge la place du corps et du plaisir dans une société en quête de liberté», a indiqué Delphe Kifouani membre du jury long-métrage. Dans cette catégorie l’Algérien Mou­hamed Ouzine a eu une mention spéciale pour son film «Samir dans la poussière». C’est aussi le cas du Malien Abou Bakar Sidibé pour son œuvre «Les sauteurs».

«L’arbre sans fruit» d’Aïcha Macky
La qualité était aussi au rendez-vous dans la catégorie des moyens-métrages où la nigérienne Aïcha Macky a été primée meilleure, pour son film, «L’arbre sans fruit». Sorti en mars 2016, ce film a déjà fait le tour de plusieurs festivals et remporté 13 prix (Ndlr, si on comptabilise le dernier remporté à Saint-Louis). La réalisatrice qui été mariée pendant quelques années n’a pas pu avoir d’enfant, et s’inspire de sa propre histoire pour raconter le vécu d’autres nigériennes frappées d’infertilité. Ses interlocutrices rencontrées dans les couloirs des hôpitaux qu’elle fréquente, se racontent et narrent les différentes tentatives qu’elles ont jusque-là menées, afin de connaître la joie de la maternité. Elles décrivent toutes, le regard que la société porte sur elles.
Ayant perdu sa maman et une de ses meilleures amies en couches, Aicha Macky dans son  film, met en parallélisme son désir d’enfantement et ces femmes qui meurent en donnant la vie. La jeune nigérienne pose ainsi discrètement sa caméra sur des histoires vécues et tisse son histoire qui dénonce les tares de sa société. C’est ce qui justement a poussé le jury à lui décerner le prix du moyen-métrage, doté d’une enveloppe de 1500 euros. «Pour l’originalité et l’universalité du sujet, la générosité et le sens de partage de sa propre histoire avec les autres, la démarche filmique, avec l’implication à la 1ère personne de l’auteure qui donne sa force et sa profondeur à un film magnifique, nous décernons à  L’arbre sans fruit de Aïcha Macky ce prix», a souligné Mamounata Nikièma, présidente du jury moyen-métrage. A côté d’elle, l’Egyptien Christophe M. Saber et la Nigérienne Amina Weira ont récolté chacun une mention pour respectivement «La vallée du sel» et «La colère dans le vent».

«La fille du rail» d’Eva Sehet
Dans la catégorie des courts-métrages, la Malienne Eva Sehet a été couronnée pour son documentaire «La fille du rail» (d’une valeur de 1000 euros). Dans ce film l’auteure présente un personnage nommé Alima. «1ère cheminote de toute l’Afrique de l’Ouest, Alima est une femme de paradoxe qui oscille entre les traditions et sa liberté», décrit-on. Au cœur du Mali, à bord de sa locomotive Alima tourne son récit. Un récit qui selon les membres du jury du court-métrage séduits tant par la qualité du scénario, la richesse des images, que la présentation intime d’un personnage attachant et engagé dans une démarche transformatrice et pour le plaisir d’un voyage partagé. Dans cette catégorie court-métrage la malienne Hawa Aliou Ndiaye a reçu une mention pour son film «l’Absence» à côté du Béninois Simon Panay venu présenter «Ici personne ne meurt».
En définitive, pour cette 3e édition du Festival de films de Saint-Louis, les femmes ont raflé la mise avec 3 grands prix et 2 mentions spéciales, contre 4 mentions pour les hommes. Mais pour un membre du jury interpellé, ce qu’il convient surtout de retenir c’est la qualité de la programmation de cette 3ème édition du Festival du film documentaire de Saint-Louis. «Ce qui nous a frappé, c’est la pertinence et la cohérence du propos, qui est fondamental. C’est aussi la qualité du cinéma, des métaphores cinématographiques qui permet d’atteindre le public, amplifier ce que le réalisateur a envie de partager avec le public», a dit Olivier Barlet.

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