PARTAGER

La décision du chef de l’Etat de confier les rênes de la direction générale de l’Agence nationale de la grande muraille verte à un économiste n’est pas bien accueillie par certains techniciens des Eaux et forêts. Ils affichent leur indignation dans une note envoyée aux autorités.

La décision de confier la direction générale de l’Agence nationale de la grande muraille verte à un économiste est passée presqu’inaperçue. Prise en Conseil des ministres le 10 mai, c’est le lundi dernier, soit un mois après, que le ministre, porte-parole du gouvernement, a cru devoir envoyer une note aux rédactions. Seydou Guèye explique cette bizarrerie administrative : «Par omission, la mesure concernant M. Amady Gnagna Cissé, économiste, précédemment directeur de la Planification et stratégie de l’Agence nationale de la grande muraille verte, n’a pas été mentionnée parmi les mesures individuelles figurant dans le communiqué du Conseil des ministres du 10 mai 2017. M. Cissé a été nommé directeur général de l’Agence nationale de la grande muraille verte, en remplacement de Monsieur Papa Guèye, appelé à faire valoir ses droits à une pension de retraite.» Cette mesure n’a pas été bien accueillie par plusieurs techniciens forestiers.
Dans une note, des retraités du Service national des eaux et forêts se sont sentis trahis. Ils disent ne pas comprendre que le Président Sall, après avoir reçu la correspondance de certains d’entre eux et après leur avoir donné l’assurance que ce sera un technicien des Eaux et forêts qui sera nommé pour remplacer le colonel Papa Waly Guèye, les ait trahis : «Administrée par des forestiers depuis sa création, l’Agence nationale de la grande muraille verte est passée entre les mains d’un économiste qui serait militant de l’Apr. Ce choix serait une première dans l’histoire de cette structure d’une dimension très technique, scientifique avec une envergure internationale. Ce qui serait une véritable injustice et gageure d’autant plus que des techniciens chevronnés qui ont bâti toute leur carrière autour de la problématique de développement rural intégré vont devoir se résigner à être sous les ordres de quelqu’un qui n’a vraisemblablement pas le profil du poste. Ces techniciens peuvent valablement se poser la question de savoir à quoi va nous servir un plan de carrière dans notre administration qui, dit-on, veut se moderniser.»
Ces forestiers disent ne pas comprendre que le politique soit privilégié en lieu et place des techniciens chevronnés. L’indignation des forestiers se mesure à l’aune de la déception, ressentie après l’officialisation de la mesure. «C’est M. Amadou Gnagna Cissé qui est aujourd’hui nommé à ce poste pour remplacer le colonel Pape Waly Guèye, admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite depuis maintenant 2 années. Il a été récemment recruté comme directeur en Planification et stratégie, trouvant sur place un directeur technique qui va faire plus de 30 ans de planification et de gestion des ressources naturelles et ayant, en plus, démarré l’Agence nationale de la grande muraille verte du Sénégal. Cette histoire n’est qu’une répétition décelée à l’Agence des éco-villages. Cette situation ne milite certainement pas avec la gestion de la performance dans le secteur de l’environnement pour un Sénégal émergent où les nominations à des postes de responsabilités devraient au moins tenir compte du profil des postes et non d’une quelconque appartenance politique», avancent des forestiers courroucés. Malgré la déception, ils ne désespèrent pas de voir la situation être corrigée par les autorités. «Il faut espérer que M. le président de la République puisse comprendre qu’il est abusé pour corriger ces injustices qui semblent se répéter au niveau de certains programmes du ministère de l’Environ­nement et du développement durable»,  espèrent-ils.
La  Grande muraille verte est une initiative africaine de 2005 des Présidents  Abdoulaye Wade, Olusegun Obasanjo, Thabo Mbeki et Abdelaziz Bouteflika. Conscients de la gravité de l’avancée du désert, ces chefs d’Etat avaient pensé mettre en place une stratégie pour arrêter ce phénomène. D’une longueur de 7 000 km, de Dakar à Djibouti, elle implique 11 pays africains. Le Sénégal devra, à terme, réaliser 545 km de reboisement et d’actions de gestion intégrée de écosystèmes, de la commune de Léona sur l’Océan atlantique (région de Louga) à Bêlé, vers la frontière avec le Mali. L’Agence a élaboré un plan stratégique de développement de cinq ans (2016-2020). C’est ainsi qu’un contrat de performance a été signé avec l’Etat du Sénégal pour une durée de 3 ans, avec des indicateurs techniques de gestion et de service public.
badiallo@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here