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Directeur exécutif de Cicodev Afrique, Amadou Kanouté

52% de la prise en charge de la santé sont payés par les ménages, a indiqué hier le directeur exécutif de Cicodev Afrique, Amadou Kanouté. Il rencontrait, à l’étape de Thiès d’une tournée nationale, des femmes membres d’Associa­tions villageoises d’épargne et de crédit (Avec), et d’autres organisations.

C’est énorme ! 52% de la prise en charge de la santé sont payés par les ménages. Suffisamment pour Amadou Kanouté, directeur exécutif de l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev Afrique), de faire remarquer que «le gros problème de la santé aujourd’hui, c’est son financement». Il relève : «Les comptes nationaux de la santé disent que pour chaque acte de santé posé, 14% sont payés par l’aide publique, 24% par l’Etat, 5% par le secteur privé, 1% par les collectivités territoriales et 52% par les ménages. C’est beaucoup.» Ces révélations ont été faites par M. Kanouté qui rencontrait, à l’étape de Thiès d’une tournée nationale, des femmes membres d’Associations villageoises d’épargne et de crédit (Avec) et d’autres organisations. Il indique : «Il se trouve quand vous allez dans nos ménages, sur dix personnes, seules quatre peut-être travaillent pour prendre en charge les frais d’écolage, d’habillement, de loisirs, de nourriture, d’eau et d’électricité… des autres.» Il estime que «ce serait trop demander aux ménages qui supportent déjà 52% des actes de santé que de mettre davantage de ressources dans la santé, alors qu’ils ont d’autres priorités de même que l’Etat». C’est en ce moment, dit-il, «que nous nous sommes dit qu’il faut imaginer d’autres moyens par lesquels nous pouvons financer la santé». Il s’agit en effet, poursuit-il, des mécanismes endogènes de financement de la santé. «Vous prenez les Avec qui drainent des millions de francs Cfa. La preuve, d’après une étude, la Fédération des associations villageoises d’épargne et de crédit (Favec) de Saint-Louis a mobilisé pas moins de 600 millions de francs Cfa par an. Mais la grosse partie de ces millions va à la consommation, ne va pas à l’investissement, parce que aujourd’hui il faut considérer la santé comme un investissement. Notre travail c’est de les sensibiliser et les informer pour qu’elles sortent la part de la santé dans ces millions de francs Cfa qu’elles ont pu drainer. Aussi de ne pas attendre d’être enrôler dans les bourses de sécurité familiale.» A ses yeux, «les politiques de gratuité coûtent excessivement chers et plombent nos politiques de développement». Il nous faut donc, selon le patron de la Cicodev, trouver un moyen par lequel les communautés peuvent contribuer à la prise en charge de leur santé, en payant 3 500 francs Cfa. «On peut être pauvre, mais cela ne veut pas dire qu’on n’est pas productif», explique M. Kanouté.

L’exemple de Keur Mbayang
Keur Momath Mbayang en est un exemple. Ce petit village, situé derrière Sokone, dans la région de Fatick, est en effet «le seul village au Sénégal qui a atteint le taux de couverture universelle», confie le patron de la Cicodev qui explique qu’«il a réussi à couvrir toute la population contre les risques maladie à travers les mécanismes endogènes de financement de la santé». En quoi faisant ? «Le chef de village a décidé de mettre à la disposition des habitants du village un champ auquel chacun devrait consacrer une heure de travail par jour. Le produit des récoltes vendues, qu’il s’agisse de mil, de sorgho, de l’arachide ou autre, était exclusivement destiné aux cotisations ou droits d’adhésion à la mutuelle de santé. Ce qui a permis à chaque habitant de ce village d’être enrôlé dans la mutuelle de santé». Un exemple qui «n’est pas vulgarisable», aux yeux de Amadou Kanouté, «puisqu’il s’est produit en milieu rural, même s’il est modulable en fonction des spécificités de chaque zone». Et de s’interroger : «Pourquoi les gens qui vivent à côté de la mer n’affecteraient-ils pas une pirogue à la santé ?» Parce que «ce sont des pratiques connues dans nos cultures. C’est pourquoi on les appelle endogènes, parce qu’imaginées par les populations locales elles-mêmes pour faire face à leurs besoins». Une démarche d’autant pertinente parce qu’élargissant «le taux d’enrôlement, l’assiette de la cotisation afin d’alléger le fardeau de ceux qui supportent les dépenses de santé des ménages». Tout le sens d’ailleurs de «la conversation avec les communautés pour leur présenter ces différents modèles et de leur dire vos Avec, Associations sportives et culturelles (Asc), les organisations appelées ‘’mbootaay ou lékette bi’’, toutes ces formes d’organisations peuvent être une source pour générer des ressources pour payer les 3 500 F Cfa de droits d’adhésion aux mutuelles et être couverts contre les risques maladie. Parce que la plus grande difficulté observée dans la mise en œuvre de la politique gouvernementale de Couverture maladie universelle (Cmu) reste la contribution des adhérents, qui est de 3 500 francs Cfa par an et par bénéficiaire. Ce montant a priori peut paraître modique, mais peut peser lourd pour le chef d’un ménage comptant une dizaine de personnes». Alors que, fera-t-il remarquer, «aucune politique publique n’est durable, ne peut être pérenne s’il n’y a pas la santé. Le Covid-19 nous l’a rappelé. Il a suffi qu’un virus invisible soit là pour annihiler des années et des années d’efforts. C’est pourquoi à Cicodev nous avons toujours estimé qu’il était important de garder le caractère central de la santé pour un développement économique et social durable pour pérenniser les politiques publiques».

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