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Il y a 50 ans, le 3 décembre 1967, le professeur Christian Barnard réalisait la première transplantation cardiaque. Une opération de 9 heures, avec une équipe de 30 personnes, qui se déroule au Cap, en Afrique du Sud. Barnard deviendra alors le chirurgien le plus célèbre de son époque. Mais derrière cette transplantation devenue légendaire, la véritable histoire est quelque peu différente, et moins glorieuse. Un homme souriant à l’allure de jeune premier, voilà l’image que le grand public retiendra du professeur Barnard. Mais 50 ans plus tard, dans le monde médical, les dents continuent de grincer. «Il a profité du travail des autres pour se créer une image qui persiste au­jourd’hui, nous explique Daniel Loisance, professeur de cardiologie. C’est-à-dire, à la fois audacieux et playboy.» Car pour beaucoup de médecins, ce n’est pas Barnard mais Norman Shumway qui aurait dû être le premier. Depuis dix ans, ce professeur américain met au point la technique de transplantation cardiaque sur des animaux. Mais les lois américaines l’empêchent de passer à l’étape humaine, une aubaine que saisit Christian Barnard, comme le rappelle Daniel Loisance.
«Aux Etats-Unis le prélèvement d’organes à cette époque n’était autorisé qu’après l’arrêt cardiaque. Or, un prélèvement après l’arrêt cardiaque du donneur, pose des problèmes sur la qualité du greffon qu’on va prélever. Donc, il faut absolument introduire la notion de mort cérébrale. Et ça, c’est quelque chose qui a été très long à être admis en mai 1968.
Et Barnard était à la recherche de la célébrité à tout prix. Il est tombé sur l’affaire de la transplantation cardiaque lors d’une visite aux Etats-Unis et il s’est dit : il y a un coup à jouer. Vous, aux Etats-Unis, vous butez sur le problème du don d’organes. Moi, je n’ai pas besoin de m’emmerder avec ça, je vis dans un pays où il y a l’apartheid et où je peux faire à peu près ce que je veux et je ne vais pas m’en priver.» S’appropriant les travaux de son confrère américain, Barnard se lance alors et trans­plante, avec succès, le 3 décembre 1967, un cœur humain, à l’hôpital Groote Schu­ur, au Cap en Afrique du Sud. Une première tentative qu’il faut tout de même lui reconnaître, selon le professeur Paul Menu. «Quand Armstrong pose le pied sur la lune, ce n’est pas lui. Ce sont les milliers de gens qui étaient derrière. Barnard, ce n’est pas lui qui a fait tout le travail précédent, mais lui qui l’a fait le premier.» Norman Shumway, lui fera sa première transplantation cardiaque sur l’homme seulement trois semaines après. Mais trop tard, l’histoire aura déjà retenu le nom de Barnard.
Rfi

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