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Le Comité national sénégalais de lutte contre les faux médicaments et l’exercice illégal de la pharmacie (Conasen/Lfm) profite du contexte assez favorable pour relancer le combat contre ce trafic dans ce pays, secoué par la grâce présidentielle accordée à un trafiquant condamné à 5 ans de prison ferme en première instance. Selon le président de l’Ordre des pharmaciens, l’Etat doit prendre ses responsabilités en faisant appliquer les lois en vigueur.

La vente illicite de médicaments à Dakar et à Touba pose un réel problème de «rigueur» dans l’application des textes. C’est l’avis de Amath Niang, président de l’Ordre national des pharmaciens du Sénégal. A cela, il faut ajouter «l’attitude passive» de l’Etat qui peine à faire face aux «marchands de la mort». Selon les pharmaciens, Keur Serigne-Bi et Touba, avec ses 410 dépôts de médicaments illicites, renseignent sur la passivité de l’Etat pour juguler ce fléau. Le président de l’Ordre des pharmaciens s’est étonné d’ailleurs du changement de rôle intervenu entre l’Etat du Sénégal et l’Ordre des pharmaciens. «L’Ordre n’est ni un juge ni un procureur. Il est investi d’une mission de régulation sur l’exercice de la profession de pharmacien», fait-il savoir. Mais, regrette-t-il, «c’est cet organe qui se bat, se démène pour faire face aux trafiquants de médicaments et sensibiliser les populations», fait-il constater. Or, ajoute-t-il, «c’est l’Etat qui a organisé, encadré et a fait de sorte que le médicament soit l’apanage du pharmacien. Alors, pourquoi laisser le médicament entre les mains d’autrui ?», s’interroge-t-il.
Pour Amath Niang, l’Ordre ne devrait pas être là à sensibiliser l’Etat pour qu’il prenne des mesures contre la vente illicite de médicaments. «L’Etat doit être en phase avec sa réglementation et assume son rôle en faisant appliquer la loi. On ne peut pas jouer avec la santé des populations. Le médicament n’est pas un produit banal. C’est une substance active qui agit sur l’organisme. On ne peut laisser des gens vendre, manipuler des médicaments comme ils veulent, pensant que c’est un acte banal», soutient-il.
Mahine Ndiaye, responsable des relations extérieures du Comité national sénégalais de lutte contre les faux médicaments et l’exercice illégal de la pharmacie, se désole de la recrudescence des saisies de faux médicaments. Pour lui, seule la sensibilisation va faire bouger les choses. Il compte bâtir une stratégie avec les leaders religieux. Car, pour lui, il n’est pas question d’affrontements. Seulement, de l’avis des pharmaciens, il ne s’agit pas d’affrontements, mais de la nécessaire application de la loi. Et dans tous les cas, l’Ordre ne désespère pas. Amath Niang souligne que l’autorité a intérêt à mener ce combat, car «le problème du médicament n’est plus une préoccupation nationale, mais une préoccupation internationale. Ce n’est pour rien que l’Usaid s’en mêle pour accompagner le Comité dans sa lutte. L’Etat va s’aligner», promet le président de l’Ordre des pharmaciens.
ndieng@lequotidien.sn

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