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Les maladies non transmissibles sont à la base de plus de 60% de morts prématurées dans le monde, et particulièrement dans les pays pauvres et en développement. Puisque les politiques coercitives ne parviennent pas à réduire le nombre des malades dont les causes sont connues, des scientifiques préconisent maintenant de trouver des mécanismes d’atténuation des effets nocifs. C’était l’une des idées sorties hier de la conférence sur la réduction de la nocivité des maladies non transmissibles à Paris.

Cela n’est pas nouveau, et a déjà été dit par plusieurs personnes. L’homme moderne doit changer son mode de vie s’il veut préserver sa santé, ou même mieux, s’il veut pouvoir vivre longtemps. Mais si le diagnostic est simple et rapide, le remède n’est pas si évident, car il s’agit de changer des habitudes bien ancrées. Néanmoins, pour la première fois dans le monde, les secteurs scientifique et industriel se mettent d’accord pour réfléchir à la manière de trouver des solutions aux problèmes posés par les Maladies non transmissibles (Mnt) qui dans certains pays, sont déjà devenus des problèmes de santé publique. Dans cet objectif, se tient hier et aujourd’hui à Paris, la 1ère Conférence internationale sur la réduction de la nocivité dans les maladies non transmissibles (en anglais, puisque les débats se déroulent en majorité dans la langue de la Reine Elizabeth II, on dit, International conference on harm reduction in no communicable disease).
Parmi les facteurs de mortalité les plus courants dans le monde, on trouve par ordre d’importance, le tabac, dont l’Oms dit qu’il cause annuellement la mort de 7,2 millions de personnes dans le monde, tandis que la pollution atmosphérique et ménagère emporte environ 6,8 millions de personnes. D’autres éléments comme l’excès de sel (4,1 millions de morts), la consommation de l’alcool (3,3 millions de morts), la sédentarité et le manque d’exercice (1,6 million de morts), réclament régulièrement leur tribut de vies humaines, selon des chiffres fournis par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Mais d’autres affections sont encore plus responsables de décès prématurés dans le monde, comme les Accidents vasculaires cérébraux (Avc) dont l’Oms estime qu’ils emportent annuellement 17,7 millions de personnes de par le monde, ou le cancer qui en prend 8,8 millions, les maladies respiratoires, qui tuent 3,9 millions de personnes, alors que le diabète, tous types confondus, tue 1,6 million d’individus. Ces 4 affections seraient responsables de 80% des morts prématurées par an dans le monde ; selon les données disponibles fournies par l’Oms.
Les scientifiques présents à la conférence ont préconisé un changement radical des comportements, dont l’initiative reviendrait essentiellement aux pouvoirs publics, avec une méthode inclusive. Le Dr Andrzej Fal, pneumologue polonais, qui parlait du coût économique des maladies non transmissibles, a déclaré que ces maladies non transmissibles constituent un coût énorme de santé publique pour beaucoup de pays, alors que plusieurs de ces facteurs à risque sont évitables. Il a affirmé que la Pologne, qui souffre d’un grand problème d’addiction à l’alcool, a commencé à récolter les fruits d’une politique de prévention. Selon le médecin, pour chaque dollar investi dans les programmes d’éducation et de sensibilisation, les effets bénéfiques rapporteraient globalement 7 dollars. Mais d’autres scientifiques présents ont recommandé le développement des placebos, qui aideraient à réduire la nocivité de certains produits.
Organisée à l’initiative d’Atlantic Santé, un think tank français, la conférence de Paris a regroupé, le premier jour, des scientifiques venus de plusieurs pays du monde comme l’Australie, la Pologne, le Kenya, le Sénégal, l’Angleterre, les Etats-Unis, ou le Japon, entre autres.

Et l’Afrique dans tout ça
Si les problématiques de santé publique soulevées hier touchent également l’Afrique, la cancérologue ivoirienne, Judith Didi-Kouko Coulibaly, a spécifiquement parlé des risques d’épidémie de cancer en Afrique. Le médecin, qui est la directrice du Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara d’Abidjan, a indiqué que les pays pauvres et les pays en développement souffraient encore plus des maladies non transmissibles que les autres. Et l’Afrique au sud du Sahara est particulièrement exposée.
Si les données statistiques indiquent qu’à partir de 2025, en l’état actuel des choses, il y aura 20 millions nouveaux cas de cancers et d’Avc, principalement dans les pays pauvres, certains ont déjà commencé à prendre des mesures de prévention. Mme Coulibaly a cité le cas de son pays, qui a commencé à prendre des mesures très strictes pour réduire la consommation de tabac.
Mais une autre forme de cancer, qui se répand également en Afrique, est celle de la peau, a déclaré Dr Michèle Verschoore, qui travaille à Saint-Louis, aux Etats-Unis. Elle a démontré que cette forme de cancer, qui est principalement provoquée par l’exposition au soleil, touche les personnes à peau noire, contrairement à ce que beaucoup ont longtemps cru. Et depuis quelques années, assure-t-elle, «du fait de l’utilisation croissante des produits éclaircissants, les populations africaines en sont de plus en plus affectées».
Le paradoxe en est qu’un pays comme l’Australie, qui avait connu une hausse des cas de mélanome, du fait des problèmes d’ozone, a pris des mesures strictes qui ont conduit, entre 2006 et 2013, à préserver plusieurs vies, alors que les pays d’Afrique noire voient, selon la scientifique, près de 30% de leurs populations affectés par le blanchiment de peau, qui les rend vulnérables à ce type de cancer.
La conférence se termine ce soir, avec des présentations, entre autres, sur les manières possibles d’atténuer les effets néfastes de la consommation de tabac.

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