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Aucune ligne budgétaire n’est allouée à la prise en charge du cancer au Sénégal. Pourtant, il existe un Plan stratégique national bouclé depuis 4 ans mais non encore fonctionnel faute de financements. A cela s’ajoutent des ressources humaines très limitées pour la prise en charge de cette maladie, des médicaments de 2ème ligne beaucoup plus efficaces non encore disponibles. Les problèmes n’en finissent pas. Les acteurs plaident pour l’implication du chef de l’Etat et une meilleure organisation de la lutte pour soulager les patients du cancer.

La panne de la machine de radiothérapie de l’hôpital Le Dantec était une petite partie des difficultés de la prise en charge des cancers au Sénégal. Le problème est beaucoup plus complexe et difficile. Une étude commanditée par l’Ong Amref, qui porte sur l’évaluation de la prise en charge, du contrôle et de la prévention du cancer dans des structures qui offrent des soins oncologiques, révèle des difficultés sur tous les aspects de cette prise en charge. Le Pr Issa Wone met le doigt sur l’insuffisance des ressources humaines. «Très peu de spécialistes du cancer. Il n’y a pas d’infirmiers spécialisés en cancérologie, encore moins de paramédicaux», regrette professeur Wone. Au plan des médicaments, fait-il savoir, si la Pna (Pharmacie nationale d’approvisionnement) a fait beaucoup d’efforts pour rendre disponibles les médicaments de 1ère ligne, on se rend compte que les médicaments de 2ème ligne ne sont pas disponibles. Or, «ce sont ces médicaments qui sont les plus efficaces dans la lutte contre les cancers», indique-t-il.
Plus grave, le cancer n’est pas financé. «Aucune ligne budgétaire n’est à ce jour prévue pour le cancer», révèle le professeur Wone. Cela a engendré l’arrêt de beaucoup d’activités phare comme le registre du cancer qui renseigne sur ces maladies. Or, les maladies non transmissibles sont le défi du troisième millénaire. Qu’est-ce qui peut expliquer ce manque de volonté politique ? «Peut-être qu’il y a un problème de mise en œuvre d’une volonté politique», tente de répondre professeur Wone. Il explique : «Il y a l’acquisition de trois radiothérapies, l’équipement d’une salle de chimiothérapie, la formation depuis quel­ques années de spécialistes d’oncologie.»

Une prise en charge globale et gratuite du cancer en Mauritanie
Mais Dr Ami Ndao, pour sa part, estime qu’il faut une volonté politique plus forte. Pour elle, c’est le chef de l’Etat qui doit porter la lutte et au ministère de la Santé de prendre le leadership pour la prise en charge, la prévention, la sensibilisation du cancer au Sénégal. Maintenant, souligne-t-il, on a fait le diagnostic et il est clair. «On connaît le problème et on sait ce qu’il y a à faire. Ce qui reste à faire c’est comment on le fait pour que les choses avancent», plaide-t-il. Elle estime qu’il faut une organisation, une coordination sous la houlette du ministère de la Santé qui doit organiser toute cette prise en charge globale du cancer au Sénégal. «Nous avons l’exemple de pays comme la Mauritanie où c’est la volonté politique qui a changé la donne. Ce pays d’à côté qui, dans un passé récent, faisait venir ses patients à Dakar pour être pris en charge. Aujourd’hui, ils ont un institut du cancer où tout est gratuit, la prise en charge, la radiothérapie, la chimiothérapie, pourquoi nous on ne peut pas le faire ?», s’interroge Dr Ami Ndao, chargée des relations extérieures de l’Associations des femmes médecins du Sénégal.
Pour le professeur Mamadou Diop, chef de service de l’Institut du cancer de l’hôpital Aristide le Dantec), il faut que l’Etat comprenne la nécessité de faire du cancer une priorité. Pour lui, le problème avec ces maladies, c’est le financement. «Et le Sénégal ne doit pas attendre un Fonds mondial pour commencer à financer la lutte contre le cancer. Cela ne marche pas avec les maladies non transmissibles. Il doit commencer déjà à financer le plan stratégique qui est là depuis 4 ans», ajoute-t-il.
ndieng@lequotidien.sn

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