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Le Ghana a récemment interdit la vente des crèmes éclaircissantes en raison de leurs effets néfastes sur la santé des consommatrices. Le pays emboîte ainsi le pas à son voisin ivoirien et d’autres pays africains qui ont fait de la lutte contre ces produits cancérigènes une question de santé publique.

Les crèmes éclaircissantes n’ont désormais plus droit de cité au Ghana. Mimi Darko, présidente par intérim de l’Agence ghanéenne des produits alimentaires et médicamenteux, en a fait l’annonce mercredi 16 août devant le Comité des comptes publics. Le Ghana rejoint ainsi la Côte d’Ivoire qui a interdit la vente de ce produit en 2015. La raison invoquée : «Ses effets négatifs sur les utilisateurs.»
L’agence met ainsi la réglementation en adéquation avec la liste déjà existante des substances interdites dans les produits de beauté au Ghana. «Nous renforçons la norme imposée par le Ghana. Cette règle inscrit l’hydroquinone à la 418ème place sur la liste des substances interdites», fait savoir à Jeune Afrique un membre de l’agence. Cette dernière se trouve actuellement engagée dans une campagne de sensibilisation sur les dangers des crèmes éclaircissantes auprès des commerçants.
La prise en compte par les pouvoir publics du danger de ces crèmes pour la santé des femmes africaines ne date pas d’hier. Depuis 2006, la République démocratique du Congo interdit la fabrication, la commercialisation et l’utilisation des produits décapants. Au Sénégal, les campagnes de sensibilisation contre le blanchiment de la peau se multiplient. Et en 2015, la Côte d’Ivoire a interdit la fabrication, la commercialisation et l’utilisation des produits éclaircissants.
Selon le Dr Doudouho de la Direction de la pharmacie, du médicament et des laboratoires de Côte d’Ivoire (Dpml), une peau claire chez une femme est souvent considérée comme un critère de beauté. «Certaines pensent que si elles sont plus claires, elles seront plus belles et mieux vues. C’est un problème.»
L’interdiction des produits blanchissants s’est traduite par des effets positifs dans son pays, selon lui. «Les femmes sont dorénavant confrontées aux normes, mais la mise en place du dispositif prend du temps. On sent une évolution, mais l’impact n’est pas encore total. Ce qu’il reste à faire, c’est un travail de terrain» et une prise en compte de la dimension psychologique du problème chez les jeunes filles qui veulent s’éclaircir la peau, ajoute-t-il.

Lutter contre le marché noir
Sans une approche globale, le phénomène ne sera pas endigué, insiste Doudouho. «Il faut combattre le problème chez les jeunes filles, le marché noir et enfin combattre les industriels qui fabriquent des produits éclaircissants afin qu’ils réduisent à moins de 2% le taux d’hydroquinone dans les produits blanchissants.» Cette substance est un composé aromatique qui est utilisé pour combattre l’hyperpigmentation. L’hydroquinone, à forte concentration et utilisée régulièrement, est cancérigène et dégrade la peau.
Au Burkina Faso, les publicités flattant les produits éclaircissants sont interdites depuis 2006. Malgré tout, les crèmes sont toujours autant présentes sur les marchés, comme le constate un docteur rattaché au ministère de la Santé. «Les produits à base d’hydroquinone sont totalement interdits, mais maintenant il y en a de nouveaux qui entrent sur le marché», explique-t-il
La sensibilisation auprès des femmes n’est pas encore d’actualité au Burkina Faso, ce qui empêche les utilisatrices de prendre conscience des méfaits de ces produits sur leur santé. «L’interdiction des publicités a permis d’éradiquer la visibilité, mais sur le terrain les femmes continuent d’en utiliser. C’est un phénomène social, ancré dans la société, mais moins qu’au Mali ou au Sénégal», tempère-t-il.
Pour lui, une interdiction des crèmes éclaircissantes ne résoudra pas le problème. «Il y en a qui, psychologiquement, ne veulent pas se voir noires. Quand c’est de l’ordre psychologique, on ne peut que les accompagner. L’interdiction totale des substances éclaircissantes, je ne suis pas pour, parce que tant qu’elles voudront être claires, vous n’y pourrez rien.»

L’Oms tire la
sonnette d’alarme
Dans son rapport sur la santé publique et l’environnement daté de 2011, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) mentionnait déjà des chiffres alarmants concernant la con­sommation des produits éclaircissants dans certains pays d’Afrique. Environ 25% des femmes maliennes utilisaient de manière régulière ces crèmes pour la peau, au Sénégal elles étaient 27%, en Afrique du sud, 35%, au Togo 59%, et jusqu’à 77% au Nigeria.
Les crèmes blanchissantes peuvent provoquer des cancers de la peau, du diabète et de l’hypertension, une forte sudation, une pilosité prononcée, surtout sur le visage, ou encore des odeurs corporelles nauséabondes. Dans une note datant de mars 2017, l’Oms relève des quantités notables de mercure inorganique ajoutées dans des produits éclaircissants pour la peau. «De nombreux pays ont interdit les produits éclaircissants contenant du mercure en raison de leur dangerosité pour la santé humaine», précise l’organisation. Le mercure est considéré par l’Oms comme l’un des dix produits chimiques ou groupes de produits chimiques extrêmement préoccupants pour la santé publique. Il peut notamment entraîner des cancers de la peau.
Jeuneafrique

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