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Lorsque son Excellence le président de la République Macky Sall a signé le décret n° 2012-1322 du 16 novembre 2012 portant statut particulier du cadre des fonctionnaires du travail social, le cercle des travailleurs sociaux du Sénégal a applaudi à grands cris.
Seuls les éducateurs spécialisés disposaient d’un corps d’accueil dans la fonction publique. Un texte d’une grande générosité de cœur du Président Abdoulaye Wade autorisait le recasement des sortants du premier cycle de l’Ecole nationale des travailleurs sociaux spécialisés (Entss) dans le corps des éducateurs spécialisés quelle que soit la filière de spécialisation. Et les sortants du 2nd cycle spécialisés en gestion et contrôle des services sociaux et de l’éducation surveillée et formation des formateurs sont laissés à eux-mêmes. Dans le rapport de présentation du décret cité ci-dessus, il est clairement mentionné qu’«il convient de remédier à cette situation qui crée des frustrations au niveau des agents intéressés et qui ne permet pas à l’Administration de les utiliser à bon escient. Ceci d’autant plus qu’il est question de systématisation d’un service du travail social spécialisé dans la gestion des attentes sociales des catégories défavorisées».
Cette lueur d’espoir n’a duré que le temps d’une rose puisque les professionnels diplômés supérieurs en travail social ont vu leur situation financière drastiquement dégringoler après leur reclassement à la hiérarchie A1. Certains ont connu une baisse de salaire compris entre 125 000 et 200 000 FCfa selon leur corps d’origine (éducateur spécialisé, enseignant, etc.).
Poser la question à savoir : «Comment peut-on connaître une baisse de salaire en quittant la hiérarchie B1 pour la hiérarchie A1 pour deux corps sortis d’une même école qu’est l’Entss ?» Un citoyen du sens commun aurait pu répondre par une boutade : «C’est inadmissible, c’est inconcevable qu’un bac + 3 ans puisse être mieux rémunéré qu’un bac + 6 ans sortis tous de la même école.».
Cette traversée du désert des travailleurs sociaux résulte d’une précipitation dans le portage du dossier. Eneffet, c’est à la suite de la nomination très controversée d’un Docteur chirurgien-dentiste à la tête de la Direction générale de l’action sociale, que le décret portant statut particulier des cadres du service social a été signé pour calmer les frustrations et ardeurs des intervenants sociaux. Il s’en est suivi la nomination de deux titulaires du Diplôme supérieur en travail social comme directeurs qui sont en réalité que des chefs de division au sein d’une Direction générale.
L’Amicale des conseillers en travail social a entamé plusieurs démarches administratives pour venir à bout de ce délicat problème qui plonge beaucoup de familles de travailleurs sociaux dans la déchéance et la précarité sociale. A titre d’exemple, un conseiller en travail social du nom de D.Y a craqué devant l’ex-ministre de la Fonction publique, de la rationalisation des effectifs et du renouveau du service public en faisant le récit de vie de ses conditions d’existence très difficiles à la suite du reclassement de son Diplôme supérieur en travail social ; qui l’a fait pourtant tant rêver du fait des sacrifices consentis. Le ministre était dans l’émoi et l’empathie en tant que mère de famille et déçu en tant qu’administrateur civil chevronné épris de justice et d’équité. Son collaborateur de la Cellule d’études et de la planification n’avait aucune réponse convaincante à apporter à son supérieur hiérarchique pour ce paradoxe de publier officiellement un texte qui désavantage ou rétrograde un fonctionnaire qui a avancé en hiérarchie parmi les plus élevées de l’Administration publique sénégalaise.
Le directeur de la Solde, des pensions et rentes viagères sortant était sidéré de voir des Sénégalais méritants, de hauts cadres, des professionnels aguerris du social perdre leur gagne-pain par la simple volonté d’un directeur de la Législation du ministère de la Fonction publique, de la rationalisation des effectifs et du renouveau du service public mal intentionné ou incompétent, d’un vide juridique ou l’absence de texte complémentaire fixant les indemnités liées au statut des cadres des fonctionnaires du travail social.
Néanmoins, l’article 3 des dispositions générales du Décret n° 2012-1322 du 16 novembre 2012 portant statut particulier du cadre des fonctionnaires du travail social stipule que  «les conseillers en travail social exercent dans leur domaine de compétence des fonctions de conseil, de contrôle, d’encadrement, de supervision et d’évaluation appliquées au domaine social. Ils sont chargés de l’inspection des services sociaux». Cet article suffisait pour régler le problème. Qui plus est, l’Amicale des conseillers en travail social a soumis un mémorandum réaliste aux autorités compétentes pour trouver une solution à cet épineux problème. Un travail interministériel (ministère de la Santé et de l’action sociale et ministère de la Fonction publique, de la rationalisation des effectifs et du renouveau du service public) s’était soldé par la rédaction d’un projet de décret modifiant l’article 29 du décret n°2012-1322 du 16 novembre 2012 portant statut particulier du cadre des fonctionnaires du travail social et d’un projet de décret fixant les indemnités des fonctionnaires du travail social. La finalisation des textes requérait une forte participation du ministère de l’Economie, des finances et du plan de l’époque pour une validation consensuelle.
Aujourd’hui, les travailleurs sociaux ne savent plus à quel saint se vouer. Le calendrier républicain des élections présidentielles et la lourdeur administrative ont empiété l’aboutissement de cet épilogue. Le président de la République a pourtant toujours donné des instructions pour le règlement définitif de ce problème. L’adage nous enseigne que «les hommes passent et les institutions demeurent». Sous ce rapport, nous sollicitons la réactivation de ce dossier hautement social des professionnels du social.
Monsieur le président de la République, vous êtes un homme de justice sociale, d’équilibre. C’est à ce titre que je vous interpelle pour la correction de cette injustice sociale dont nous sommes victimes. Nous sommes les bras armés de la politique sociale du Sénégal.
Le travailleur social est un agent de changement social, un médiateur social, un facilitateur, un accompagnateur psychosocial dans le règlement du dysfonctionnement social individuel, de groupe et communautaire. Son premier instrument de travail c’est d’abord sa propre personnalité qu’il faut toujours travailler et ciseler disait la psychologue Oumou Diodio Ly. Quand le technicien de la relation d’aide lui-même est perturbé, injustement mal payé, comment peut-il réussir les chantiers de l’action sociale, de l’économie sociale et solidaire, de la finance sociale, de l’inclusion sociale des personnes en situation de handicap, d’appui aux nécessiteux et indigents, de développement des communautés. Pourtant, son capital de confiance auprès des communautés (les femmes victimes de violences conjugales, les enfants abusés disent des choses aux travailleurs sociaux qu’ils ne diront jamais à leurs propres parents) est astreint à reproduire un capital social, un capital économique, un capital culturel et un capital symbolique pour paraphraser le sociologue Pierre Bourdieu. La transdisciplinarité du service social valide l’idée selon laquelle l’Homme est au début et à la fin de tout processus de développement car notre matière première c’est l’Homme. L’approche holistique et intégrée suivant une démarche participative, itérative et multi acteurs du développement personnel, du service social de groupe, du planning social, de l’action sociale et du développement local serait le levier de l’émergence tant chantée.
La veille sociale et les projets de démonstration sociale issus de la recherche action, de l’ingénierie sociale dans les secteurs de la lutte contre le Vih/Sida, de la couverture maladie universelle, de l’accès à l’eau, de la nutrition, de l’assainissement, de l’hygiène, de la restructuration et la régularisation foncière, des réponses acclimatées à la déviance et à la délinquance juvénile, etc. placent les travailleurs sociaux au cœur du développement national.
Aujourd’hui, monsieur le président de la République, l’hygiène, la salubrité et l’occupation réglementée de l’espace public vous tiennent à cœur. A titre d’information professionnelle, les travailleurs sociaux responsables des services du développement communautaire de l’organisme sous régional : Eau et Assainissement en Afrique (Eaa) ex-Centre régional pour l’eau potable et l’assainissement à faible coût (Crepa) présent dans trente (30) pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, abattent un travail de titan, d’expertise sociale dans le domaine de l’hygiène, de la salubrité et d’accès à l’eau potable des couches vulnérables. Il en est de même des travailleurs sociaux mariés à la restructuration et à la régularité foncière à la «Fondation Droit à la Ville» facilitant un cadre de vie amélioré, la mise en place d’infrastructures de base, la facilitation de la sécurité de proximité et le sauvetage en cas d’accidents.
Monsieur le président de la République, en tant qu’idéologue du libéralisme social, je vous prie de bien vouloir faire le link entre votre ambitieux programme de politique sociale avec les vrais professionnels du social. La rampe de lancement de ce pacte de confiance demeure la valorisation de leur statut en corrigeant l’injustice sociale dont ils sont victimes. Barack Obama est sorti de son prestigieux cabinet d’avocat pour travailler comme «Social Worker» au niveau des ghettos, le Président Lula, éminent sociologue, a théorisé et opérationnalisé les bourses de sécurité familiale au Brésil, qui constituent une école-atelier pour le monde. Vous, Excellence, nous ne vous demandons pas d’être un praticien du social mais de nous rendre notre dignité et nous traiter en termes pécuniaires à la hauteur de notre expertise sociale.
Si vous voulez réussir votre politique sociale, sachez que nous sommes les bras techniques légitimes du Programme des Bourses de sécurité familiale, du développement communautaire, de l’égalité et de l’égalité de genres, de l’équité sociale et territoriale, de la protection sociale des groupes vulnérables, de l’action sociale, des solidarités locales et nationale. Il est temps de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut en responsabilisant les véritables professionnels du social. Les travailleurs sociaux sont dans la quasi-totalité des ministères, les Ong, etc. Il est temps de créer le service social consulaire pour atténuer les difficultés des Sénégalais de l’extérieur.
Monsieur le président de la République, champion de la justice sociale du Sénégalais et réformateur social, vous avez essayé de corriger la reproduction sociale intergénérationnelle de la pauvreté en opérant à la rupture du paradoxe de Anderson «Tel père tel fils», les disparités entre le milieu rural et le milieu urbain, les salariés et les non-salariés, les grandes agglomérations urbaines et les axes et territoires frontaliers du Sénégal, mais il reste un chantier énorme, source de toutes les frustrations démesurées ; à savoir les disparités entre fonctionnaires de l’Etat. Certes, nous avons pris connaissance de «l’Etude sur le système de rémunération au sein de l’Admi­nistration sénégalaise» dont l’applicabilité ne peut se faire que par le nivellement vers le haut mais pour nous travailleurs sociaux, il urge de corriger une injustice latente et manifeste car comme le dit Goethe : «au commencement était l’action», autrement dit, le besoin de vivre a précédé le besoin de comprendre.
Monsieur le ministre des Finances et du budget, dès votre prise de service, nous vous prions de vouloir vous saisir du dossier des travailleurs sociaux que vos collaborateurs maitrisent très bien et ce, sous la clairvoyance du ministre de la Santé et de l’action sociale qui assure la tutelle de l’Entss. J’ai espoir que cette situation va connaitre un dénouement heureux puisque le président de la République est un défenseur de la cause sociale, pour le rétablissement de la justice sociale pour tous les Sénégalais.
Amadou MBAYE – Conseiller en travail social-Sociologue
Chef de Service régional du Développement Communautaire de Fatick – ammbaye@yahoo.fr

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