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Chaque 8 mars, j’avais l’habitude d’écrire un poème pour toi, femme, mais cette année, permets-moi de déroger à la règle afin de dire au monde entier ce que tu vis sous nos cieux.
J’espère que tu me pardonneras.
A bas âge, tu vis l’excision pour honorer une culture barbare et ignoble. On t’amène toute petite chez une autre femme qui se charge de faire la sale besogne et celles qui t’y amènent n’ont qu’une seule explication : «Sunu aada la» (c’est notre culture).
Elles le font en se disant qu’elles t’enlèvent tout le plaisir que tu peux ressentir dans un acte sexuel pensant ainsi te protéger contre le fait de le faire avant le mariage.
L’opération est faite à la lame ; Une lame qui, des fois, a servi plusieurs fois sans se soucier que tu peux à l’occasion être souillée à vie. Le Sida ou les autres maladies, tout le monde s’en fout !
Avant même d’atteindre l’âge de la puberté, tu es violée pas un inconnu, le boutiquier du coin, le jeune vacancier de la maison, ton oncle, ton frère, ton beau-père ou même ton propre père.
Tout le monde s’en fout ! Tu dois garder le silence. Tu ne dois rien dire, car pour eux ce serait une grande honte si l’histoire venait à se savoir. Tais-toi alors !
Une fois à l’école, c’est l’enseignant, le professeur ou le surveillant qui prend le relai. Tu te donnes sinon il te détruit ta carrière. Il sait qu’il a une ascendance réelle sur toi et il en abuse. S’il t’arrive de refuser, alors bonjour les mauvaises notes que tu ne sauras expliquer à tes parents surtout qu’à la maison il y a les enfants de la coépouse à qui ta propre mère a fini de te convaincre qu’ils sont tes propres rivaux.
Tu ne dis rien. Tu subis.
Pour te voir à plein temps et loin de tous les regards, ton professeur est devenu ton propre répétiteur. Il ne passe plus à la maison, mais c’est bien toi qui fait le déplacement. Tes parents, eux, ils n’ont pas le temps de tout surveiller.
Alors vient le moment où tu tombes enceinte. D’abord tu ne t’en rends pas compte, ensuite tu essaies de le cacher oubliant que «lou deeh rek kheegn bou neubé».
Première grosse déception, l’auteur en refuse la paternité en te demandant d’aller chercher le père de ton enfant. Tu sens le sol se dérober sous tes pieds. Tu te dis non pas lui !
Ce sera ta badiène qui en parlera à ta mère qui à son tour informera ton père qui te mettra à la porte. Pour boucler la boucle, tu te feras héberger par ta badiène.
Durant toute ta grossesse, tu penses à l’histoire de Khady qui, délaissée par toute sa famille après son cas, a étranglé son nouveau-né jusqu‘à ce que mort s’ensuive et qu’aujourd’hui elle croupit au Camp pénal de Liberté 6.
Avorter ? Oui tu y penses, mais tu as peur d’y rester comme Fatou, l’étudiante qui était pourtant la copine de ce politicien respecté par tous.
Assise seule dans ton coin, les larmes aux yeux, tu penses à ta maman qui est loin d’être heureuse comme beaucoup de femmes d’ailleurs dans la maison conjugale.
Elles ont été mariées à coup de millions avec un homme bien aimable durant toutes les fiançailles. Un homme d’une extrême gentillesse qui s’est transformé en tigre juste après un an et demi de mariage.
Après le premier enfant et que les formes de la femme commencent à changer, ce mari si doux avant est devenu un vrai «kaani tyson». Ce sont des disputes à n’en plus finir. Pour un rien il boude. Il n’apprécie plus les plats cuisinés avant tant d’amour ni l’odeur de l’encens payé très cher chez tata Marème.
Comme s’il se disait celle-là est acquise, il commence à passer tout son temps hors de la maison, cherchant une autre proie facile et naïve. Combien de larmes sont aujourd’hui versées par les femmes loin des yeux indiscrets et la plupart du temps à cause des hommes. Elles ne peuvent aller nulle part de peur de s’entendre dire : «Dou seuy kaate».
Où est-ce qu’elle va aller avec 5 enfants sous les bras ? Où ? Chez ses parents ? Elle a peur des quolibets qu’elle risquera d’entendre tous les jours : «Danguene di taass sene seuy yi ba paré gneuy difi khaatal».
Elles préfèrent rester et subir même si le mal qui les ronge finira par développer en elles des maladies comme le cancer, l’insuffisance rénale, le goitre… Elles sont plusieurs à être assassinées par les conditions qu’elles vivent auprès des hommes qu’elles se sont choisies pour maris.
Dans certains cas, le mari ne laisse rien pour la dépense quotidienne avant de sortir le matin. Ce même mari nourrit dehors sa copine, les frères de celle-ci et ses propres parents.
Si maintenant la femme vit au sein de la belle-famille, elle doit faire face à ses belles-sœurs et souvent à sa belle-mère qui fait d’elle sa propre rivale auprès de son mari. Subitement, elle vieillit à cause des pressions sociales, eu égard aux différentes dépenses auxquelles elle doit faire face afin de satisfaire la belle-famille.
Sauvons nos femmes !
Merci à toutes les femmes pour le voile du «soutoura» que vous mettez sur nos défauts !
Bonne fête et couronne sur vos têtes !
Ly Souleymane
Spécialiste en Communication
Spécialiste en Leadership transformationnel
Chef Division Communication-Partenariat-Réseaux 
Direction de l’Alphabétisation et des Langues nationales Sénégal (Daln)
Cité Keur Gorgui

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