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Souleymane Guèye, Cheikh Guèye et autres ont lancé le mouvement Ld-debout pour dénoncer la ligne de la direction de leur parti. Une rébellion que le porte-parole des «Jallar­bistes» ne cautionne pas dans cet entretien avec Le Quotidien. Pour Moussa Sarr, les textes de la Ld ne prévoient pas la création d’un mouvement ou d’un courant et les frondeurs doivent mener le débat à l’interne. S’il invite la «minorité» à suivre la «majorité», M. Sarr rappelle aussi que des sanctions sont prévues.

La Ld-debout vient de voir le jour. Qu’en pensez-vous ?
Ce que je peux dire pour le moment, c’est rappeler ce que tous les militants, de la base au sommet, savent. Nous sommes un parti politique organisé dont le fonctionnement est régi par des textes bien précis, notamment les statuts et les règlements intérieurs du parti. Et ces textes ont été adoptés à l’occasion de nos différents congrès. Le dernier en date, c’est le 7ème congrès ordinaire que nous avons tenu au mois de juillet 2013. Ces textes prévoient un fonctionnement démocratique de la Ligue démocratique et nous indiquent que lorsqu’une question arrive à maturité, un débat est organisé par tous les militants de l’instance appropriée. S’il y a un consensus au terme de la délibération, une position est adoptée. Mais à défaut d’un consensus, la question est soumise au vote et après dépouillement, la décision de la majorité devient la décision du parti. De 1974 à maintenant, c’est comme cela que la Ligue démocratique a toujours fonctionné.

Voulez-vous dire que la Ld-debout est minoritaire ?
Ce que je suis en train de dire, c’est que les textes du parti ne prévoient pas la mise en place d’un mouvement. Ce qui est prévu, c’est qu’après délibération, la minorité se soumet à la majorité. Je vous donne un exemple : en 1991, nous avons eu un débat à l’intérieur du parti, qui consistait à savoir si la Ld doit quitter sa nature de parti de classe communiste marxiste-léniniste pour devenir un parti de masse. Beaucoup de camarades n’étaient pas d’accord. Nous avons, en août de la même année, organisé un congrès extraordinaire pour changer l’idéologie du parti. Il y a eu des débats contradictoires et très profonds. Mais au terme de ces débats, une majorité s’est dégagée et la minorité a suivi la majorité. Et depuis, la Ld n’est plus un parti marxiste-léniniste mais un parti de masse. L’autre exemple plus récent, c’est lorsqu’il s’est agi pour nous, d’aller aux élections législatives de 2017. Avant ces élections, nous avons eu des missions à l’intérieur du pays pour consulter nos fédérations et organisations intégrées. Et chaque structure a donné son point de vue. Pour certains, la Ld doit aller à ces élections avec Benno bokk yaakaar ; pour d’autres, elle doit y aller seule. Le 8 avril 2017, nous avons organisé une session du Bureau politique. Et je rappelle au passage que dans la Ligue démocratique, la seule instance de décision c’est le Bureau politique.

Votre présence au sein de Benno bokk yaakaar ne fait donc pas l’unanimité ?
Je ne sais pas si ça dérange. Je dis simplement qu’au Bureau politique du 8 avril, une décision majoritaire a été dégagée, selon laquelle la Ld doit aller avec Benno bokk yaakaar à ces élections législatives. Et la minorité a suivi la décision de la majorité. Nous sommes en train, à l’intérieur du parti, de faire le bilan de ces élections. Ce bilan n’est pas encore fini. J’aurais pu donner d’autres exemples. En 2006, lorsque Abdoulaye Wade a décidé que l’Assemblée nationale va proroger son mandat d’un an supplémentaire, nous avions des députés à l’Assemblée nationale, mais dans le parti, tout le monde n’était pas d’accord. On s’est réunis en Bureau politique et une décision majoritaire a été dégagée et la minorité a suivi. Donc, l’histoire de la Ld est jalonnée d’exemples où, à chaque fois qu’il y a eu une discussion, une majorité se dégage et la minorité suit. C’est cela qui fait la caractéristique de la Ligue démocratique. C’est donc dire que nous n’avons jamais eu à l’intérieur de nos partis des courants ou des mouvements. Et il n’y en aura pas parce que nos textes ne les prévoient pas. La Ligue démocratique est un parti composé de femmes et d’hommes libres. Et chez nous, c’est librement que des militants viennent adhérer.

Selon vous, la Ld-debout est illégale et minoritaire ?
Je vous parle des textes de la Ligue démocratique qui sont clairs : les textes ne prévoient pas la création ni de courant ni de mouvement. Et ce qui réunit les militants dans un parti politique, ce ne sont pas les beaux yeux de tel ou de tel autre. Ce qui fait la force de la Ld, c’est le respect de ses textes et tant que nous sommes ensemble, nous sommes obligés de les respecter. Maintenant, au Sénégal, depuis quelque temps, des partis politiques sont en crise. La Ligue démocratique, comme les autres, traverse également des moments difficiles, des moments de crise. Mais si nous voulons les résoudre, il n’y a qu’une seule chose à faire : se soumettre aux textes qui régissent le fonctionnement d’un parti. C’est nous qui avons adhéré librement à la Ld, c’est nous qui avions choisi librement ses textes. Donc, s’il y a des divergences, le seul arbitre ce sont les textes qui précisent qu’après discussion, la minorité doit suivre la majorité.

Cette rébellion, n’est-elle pas consécutive à la démission de Mamadou Ndoye ?
Je ne sais pas. Je n’ai pas été à la réunion organisée pour cela. Je ne sais pas si c’est consécutif à la démission de Mamadou Ndoye, donc je ne peux pas me prononcer là-dessus. La démission est un acte accepté dans un parti politique, tout militant adhère librement au parti et à la liberté également d’en démissionner. Mais ce qu’un militant n’a pas le droit de faire, c’est de créer un mouvement à l’intérieur du parti. Mamadou Ndoye a démissionné non pas du parti mais de la direction du parti. Il est libre de le faire parce que c’est un militant.

Cette scission n’est-elle pas une menace pour la vie du parti ?
Nous sommes en politique, et comme j’ai l’habitude de le dire, je souhaite en politique qu’on additionne nos forces. Je n’ai jamais souhaité, dans mon itinéraire politique, perdre un seul militant. Je souhaite, au contraire, que mon parti s’élargisse, que les forces démocratiques s’élargissent. Donc, s’il y a démission d’un seul militant, ça me fait mal parce que je ne le souhaite pas. C’est pourquoi je ne désespère pas que nous allons peut-être retrouver la raison et la sérénité pour que tout le monde obéisse aux statuts du parti. Il peut arriver un moment où le parti décide de prévoir dans ses textes, la création de courant ou de mouvement parce que cela existe dans d’autres partis politiques. Mais dans la Ligue démocratique, pour le moment, cela n’est pas prévu.

Ne craignez-vous pas le syndrome Aj-Pads ?
Pour le moment, je ne crains rien. Je pense simplement que nous trouverons une solution autour de ce qui nous a réunis jusqu’ici. Je déplore qu’au Sénégal qu’à chaque fois que des militants sont minoritaires, le premier réflexe est de créer une dissidence ou un parti au lieu de rester à l’intérieur de la formation politique pour faire valoir leurs idées et leurs arguments. C’est ce qui est à l’origine de la prolifération des partis politiques et des organisations syndicales souvent créés par des frustrés. A ce rythme, on risque d’avoir 1 000 partis. L’histoire de Aj-Pads ne me fait pas peur. Ce qui se passe dans les partis est mauvais pour la démocratie. Ce n’est pas bon aussi pour l’image de la classe politique sénégalaise. Je pense que ce qui est mieux pour tout le monde, c’est le débat démocratique. Il est préférable que la minorité obéisse à la majorité. Si nous ne le faisons pas, nous allons vers des difficultés. Au sein de notre formation, une majorité s’est dégagée, et a choisi d’aller avec Benno bokk yaakaar. Il faut que le mode fonctionnement et le règlement intérieur de la Ligue démocratique soient respectés. La vie du parti en dépend.

Envisagez-vous des sanctions contre les frondeurs ?
Je ne sais pas ce qui va arriver. Moi je suis le porte-parole de la Ld. Je suis les positions de ma formation.

Quelle sera l’attitude du parti ?
Dans les statuts, il est prévu des sanctions. Pour ce cas, je ne peux pas me prononcer sur les structures. Nous prévoyons l’avertissement, la suspension ou l’exclusion.

Peut-on s’attendre à l’exclusion des animateurs du mouvement Ld-debout ?
On peut s’attendre à tout. Pour le moment, les instances dirigeantes ne se sont pas encore réunies sur cette question. Ils ont mis en place hier un mouvement, on ne s’est pas encore penché sur ce cas. Le parti prendra des décisions qu’il faut. Pour l’instant, je ne peux donner la nature des sanctions. Je pense que nous devons civiliser nos rapports et notre discours. Il est du ressort du parti de prendre les décisions idoines.

Cette scission ne va-t-elle pas affaiblir davantage la Ld ?
Evidemment, la Ld compte sur l’échiquier politique sénégalais. Certes nous ne sommes pas électoralement forts, mais nous sommes reconnus pour nos prises de décision et nos initiatives. Une scission va forcément nous affaiblir davantage. C’est pourquoi, il n’est pas souhaitable de connaître une dissidence. Ce qui est mieux pour tout le monde, c’est de mener le débat à l’interne, de continuer à chercher le consensus au sein du parti. Et à défaut du consensus, soumettre la question au vote jusqu’à l’épuisement de la procédure démocratique et que la minorité se soumette à la décision de la majorité. C’est ce qui a caractérisé le fonctionnement de la Ld jusqu’ici.

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