PARTAGER

Les lampions se sont éteints sur le calamiteux scrutin du 30 juillet 2017. Ces Législatives nous ont ramenés 20 ans en arrière. A la différence des Locales de 1996 -de triste mé­moire pour la démocratie-, les élections de 2017 sont marquées par l’irruption du numérique et du multimédia. Conséquence, la pagaille électorale a pu être vé­cue en direct sur les réseaux sociaux, partout dans le monde, rendant pathétiques et dérisoires, les explications fournies par quelques tenants du pouvoir.
Le président de la République était attendu sur cette affaire qui a porté un coup très dur au système démocratique. Il était attendu par les Sénégalais qui te­naient à l’entendre pour se forger un point de vue motivé sur ce qui nous attend dans les mois et les années à venir en termes de perspectives démocratiques.
En 1996, le Président Diouf, pour ce qui le concernait, avait pris la parole à la télévision, devant ses compatriotes, pour regretter la désorganisation du scrutin et endosser la responsabilité du gouvernement. Il avait par la suite concédé la mise en place d’un organe de supervision des élections. L’Observatoire national des élections (Onel) a été confié au général Mamadou Niang, officier d’une grande probité, alors que le général Lamine Cissé, autre officier tout aussi soucieux de son indépendance, passait ministre de l’Intérieur chargé de l’organisation des élections. Ces mesures radicales étaient venues s’ajouter aux amé­liorations du code électoral consensuel de 1992. Elles eurent le mérite de calmer les esprits grâce au retour de la confiance dans le système.
Quant au Président Wade, qui excluait de faire moins que Diouf, il accéda à la demande de son opposition (aujourd’hui au pouvoir), en nommant l’Inspec­teur général d’Etat, Cheikh Guèye, reconnu personnalité consensuelle pour organiser les élections de 2012.
Et que fait le Président Sall à son tour après le scrutin  du 30 juillet dernier ? A la différence de Abdou Diouf qui s’adressa à la Nation, lui, choisit comme tribune, le Secrétariat de son propre parti, Apr, ce qui en dit long sur sa conception de la chose publique. Il vient ainsi de faire la démonstration de ce qui fonde véritablement sa gouvernance politique : le parti avant la Patrie. Et comme si cela ne suffisait pas, Macky Sall a regardé les Sénégalais les yeux dans les yeux pour leur dire, avec aplomb, que le scrutin du 30 juillet s’était bien déroulé. Passé par pertes et profits, le désastre organisationnel qui a caractérisé ce scrutin.
Pour le président de la Répu­blique, président de l’Apr, président de la coalition Benno, pas besoin de s’arrêter sur les mil­liers de cartes d’électeur ramassées dans les rues à Kaolack, à Touba, à Dagana. Sans importance, qu’on découvre des documents électoraux sous les mo­quettes du consulat de Paris. Les cartes biométriques trimbalées dans les convois de Benno pour être distribuées à leurs partisans ne mériteraient aucune attention particulière. Que dire de ces dizaines de procès-verbaux de bureaux de vote non signés dans le Kanel ? Rien de tout cela ne gêne le Président.
Ne parlons pas de ces quel­ques deux millions cinq cent mille électeurs (soit plus de 40% du collège électoral), exclus du scrutin par l’Administration parce que n’ayant pas reçu leurs cartes d’électeur, ni des 170 000 électeurs de Touba qui eux, bien qu’ayant reçu leurs cartes, n’ont pu voter faute de matériel électoral qui n’a pas été mis en place par l’Administration.
Devant tous ces scandales et bien d’autres encore, vécus en direct sur les réseaux sociaux, le Président Sall a tenu à adresser à ses camarades, de chaleureuses félicitations. L’essentiel, leur dit-il, était de gagner. Retenez bien l’assertion ! L’essentiel n’était pas, pour Macky Sall, président de la République, d’organiser un scrutin honnête, libre et transparent, permettant l’expression claire de la volonté populaire et la protection et la sauvegarde de cette volonté-là ; non ! Pour lui, l’essentiel était ailleurs. Il s’agissait d’organiser le scrutin pour le remporter, comme unique et non négociable objectif. Il peut donc, pour la raison que voilà, se permettre de tresser des lauriers au maître d’œuvre de toute cette machination, le ministre de l’Intérieur. Arrêtons-nous sur le cas du ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo. Depuis 2015, l’Opposition, toutes obédiences confondues, a exprimé son opposition à ce que cette autorité organise les élections vu son parti pris trop flagrant, parce qu’assumé de façon ostentatoire. La position récurrente du président de la République a été de dire qu’il lui faisait entière confiance pour organiser les élections. Voici qu’à l’arrivée, nous sommes tous té­moins oculaires du désastre. C’est à ce ministre de l’Intérieur, organisateur des élections et donc responsable du désas­tre,  que Macky Sall a adressé ses chaleureuses félicitations tout en y associant l’Administration territoriale qui a été, dans bien des cas, le bras armé de ce hold-up. Et, bouclant la boucle, il prit son avion pour aller en vacances.
Voilà le coup de Jarnac de Macky Sall en direction du Peuple sénégalais qui l’avait élu il y a cinq ans seulement, avec 65% des suffrages exprimés. Y a-t-il encore de nos compatriotes, qui douteraient que le million de cartes non produites par Abdou­laye Daouda Diallo sont bel et bien celles de la jeunesse ?
Les cartes confisquées appartiennent à ces centaines de milliers de jeunes de toutes les contrées du pays, qui ont signé leur rejet du bilan de Macky Sall ; eux qui, sous le chaud soleil de cet hivernage caniculaire et sous la pluie, de jour comme de nuit, ont battu le macadam, arpenté les pistes sablonneuses et rocailleuses, mis entre parenthèses quelques parties de thé et renoncé à des rencontres sportives, sacrifiant partout au Séné­gal, des moments de détente, pour  accueillir puis accompagner au pas de charge, Abdou­laye Wade, tête  de liste de la Coaltion Wàttu Senegaal.
Qui ne voit que tout cela était donc parfaitement planifié et exécuté, y compris la confiscation de la volonté des électeurs de Dakar ?
Cette réponse de Macky Sall, qui est tombée tel un couperet, sans ambages ni fioriture, claire, nette et précise, est une insulte, une provocation et un défi. Il n’est plus possible de fermer les yeux ou se boucher les oreilles pour faire semblant de ne rien voir ni entendre par lâcheté ou couardise. Que reste-t-il dès lors à faire ?  Prendre nos responsabilités et les assumer. Toutes celles et tous ceux qui ont sollicité le suffrage des Sénégalais sont interpellés. Toutes celles et tous ceux qui se mobilisent autour des problématiques citoyennes sont interpellés. L’engagement politique et/ou citoyen ne con­siste pas à ne s’adresser aux populations que pour leur demander des services comme les mandats électifs. Nous de­vons aussi mériter cette confiance en acquérant la légitimité politique que confèrent les combats menés pour la sauvegarde des fondamentaux de la Répu­blique et de l’Etat de droit.
Le coup fourré du 30 juillet 2017, en dépit de tout le mal qu’il  a fait au pays, peut cependant marquer un tournant décisif dans le combat pour réinstaller le Sénégal sur  les rails de la démocratie et des libertés. Cela passe par une véritable in­trospection des élites politiques, tout au moins celles qui s’inscrivent dans une réelle dynamique d’opposition et, plus globalement de tous ceux qui revendiquent un point de vue différent sur la marche de notre pays. Le Président Sall n’est pas seul. Il est à la tête d’un système au service d’intérêts aux antipodes de ceux de notre Peuple, avec le sou­tien et l’accompagnement de  toutes sortes de groupes, de mi­lieux et de  puissances. Ces grou­pes, ces puissances et ces milieux lui trouvent des qualités et le soutiendront avec beaucoup de professionnalisme.
Pour n’avoir pas compris ce contexte et les enjeux stratégiques du scrutin du 30 juillet, des leaders ont dû penser que l’heure de se compter était arrivé ; que l’heure de se peser avait sonné. Grave erreur à mon sens. On ne peut se compter ni se peser valablement, que lorsque les règles du jeu sont claires, justes, consensuelles et respectées. Et, hélas ! il n’en sera dorénavant plus ainsi, aussi longtemps qu’un nouveau rapport de force ne sera pas été imposé à Macky Sall sur le terrain.
D’autres  ont cru devoir frayer leur chemin en confondant les cibles, prenant  pour ennemis à abattre ceux qu’ils ont -avec dédain et dans un amalgame fort imprudent et injuste- appelés les politiciens. Chacun dans l’opposition, a le droit d’avoir ses objectifs et ses ambitions mais ici et maintenant, tous ces objectifs et toutes ces ambitions doivent céder le pas à la nécessité de restaurer la possibilité pour le Peuple de choisir librement et de manière souveraine ses dirigeants. En l’absence de cette possibilité, tout objectif et toute ambition ne sont que chimère ou, tout au plus, que faire-valoir aux forces de régression à la solde de l’Etranger.
A l’heure qu’il est, Il ne peut plus y avoir que deux camps : tous ceux qui faisaient dans le clair-obscur devront choisir leur camp sans tarder et tous ceux qui feront face devront aussi savoir que s’opposer à Macky Sall n’est pas un dîner de gala. Nous devons aller méthodiquement et fermement vers un vaste front patriotique capable de restaurer les capacités de choix du Peuple sénégalais.
Lorsque ces capacités seront restaurées, chacun pourra déployer son drapeau, étant entendu que la Présidentielle est à deux tours. Malheur à  ceux qui prêtent à  la Coalition Ga­gnan­te/­Wattu senegaal, l’intention d’aller se coucher en laissant à  Macky Sall le plaisir de vaincre sans péril, lui qui adore triompher sans gloire. La coalition stipule dans son livre blanc qu’elle «s’opposera par tous les moyens à toute tentative de Macky Sall d’organiser sur le territoire  na­tional, une mascarade électorale semblable à celle du 30 juillet  201». Voilà qui est clair.
Dans cette entreprise de rédemption, de haute portée politique et historique, le Prési­dent Abdoulaye Wade a une place de choix. Cette place est celle que le Peuple lui a déjà assignée, notamment sa composante jeune, au vu des événements qui se déroulent sous nos yeux depuis son retour au Sénégal. Cet engagement et cette détermination sans faille, dont Wade a toujours  fait montre, sont le le­vain qui booste ces jeunes générations qui l’ont accompagné partout au Sénégal, mais aussi un message fort pour toutes les forces politiques et citoyennes qui ont compris que la Répu­blique est menacée et que la Patrie est en danger. Le seul hommage patriotique que nous puissions lui rendre est, à terme, de forger cette unité de combat, dans l’abnégation et les sacrifices, pour le triomphe  de la Dignité au Sénégal et en Afrique et pour la victoire de toutes les justes causes de par le monde.
Aucune illusion n’est plus permise avec Macky Sall : combattre jusqu’à la victoire finale  ou capituler en exposant notre Peuple au nouvel esclavage qui pointe déjà le bout du nez. A bon entendeur salut !
Mamadou DIOP «Decroix»
Député à l’Assemblée nationale
Secrétaire Général d’And-Jëf/Pads
Membre de la Coalition Wàttu Senegaal

1 COMMENTAIRE

  1. On disait de lui le Killer d’ambition, étouffant dans l’œuf avec constance au fil du temps au sein du PDS toute velléité d’affirmation personnelle. C’est faute de démocratie et de passation de témoin au sein de ce parti une des causes essentielles à la pléthore de partis politiques sur l’échiquier politique national. Depuis sa chute en 2012. des départs tous azimuts ont touché le parti d’Abdoulaye Wade , dans une crise de leadership qui n’est pas près de s’estomper tant que la question de sa succession n’est pas réglée. Des noms : Ousmane Ngom, Souleymane Ndéné Ndiaye, Modou Diagne Fada, Pape Diop, Abdoulaye Baldé; Békaye Diop,Aliou Sow, Abdou Khafor Touré,Aida Mbogj, Pape Mboup, Farba Senghor, etc. Decroix en mal d’inspiration, nostalgique d’un passé révolu sans doute incarnant son âge d’or personnel de parcours politique, face au débâcle qui le hante, ne trouve pas mieux à proposer que de faire son apologie, qu’il faut présentement et à l’avenir lui accorder une place de choix alors qu’outre son âge avancé, il est la cause notoire de ce vide par émiettements calculé et voulu à des fins inavouées. Ici l’image d’une gauche tarie, en perte totale de repères, de vision sinon que de s’opposer et de s’agiter en permanence à tue-tête. Quant à notre patriarche, il siérait qu’il médite cette pensée de A Camus : Vieillir c’est passer de la passion à la compassion.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here