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Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) a lancé hier un atelier de partage et de concertation sur la publicité. Il réunit pendant 2 jours, à Dakar, l’ensemble des acteurs du secteur de la publicité, à savoir les annonceurs, agences, diffuseurs, consommateurs, institutions, collectivités locales. Il vise à terme à jeter les bases d’une meilleure régulation et organisation du secteur de la publicité au Sénégal. Selon Babacar Touré, président sortant du Cnra, il est devenu nécessaire de mettre en place une réglementation efficace et adaptée au vu de l’anarchie qui règne.

Le secteur de la publicité au Sénégal connaît depuis quelques années un développement et un dynamisme très importants, surtout avec l’avènement du numérique. Annonceurs, régies publicitaires, diffuseurs et agences développent un intérêt accru pour le secteur, en espérant en tirer le maximum de profits. Mais d’année en année, le constat est que les publicités véhiculées dans les médias, les réseaux sociaux, les panneaux publicitaires et d’autres supports violent la règlementation, s’ils ne vont pas simplement à l’encontre des us et coutumes, mœurs et valeurs de la Nation.
Dans les médias audiovisuels, il est même fréquent de voir ou d’entendre des messages publicitaires faisant la promotion d’un certain nombre de secteurs ou produits pourtant interdits de publicité. Dans certains cas, ce sont des publicités mensongères (des messages pas conformes aux exigences de vérité, de décence et de respect de la dignité de la personne humaine) ou déguisées. Face à cela et en l’absence d’une règlementation efficace et adaptée, le Cnra a convié hier l’ensemble des acteurs de la publicité à un atelier de concertation et de partage.
Cet atelier qui a permis de faire l’état des lieux, de parler des enjeux et perspectives face au numérique et d’aborder la question de la gouvernance du secteur s’achèvera aujourd’hui avec des recommandations dont la nouvelle équipe du Cnra aura sans doute la responsabilité de les mettre en œuvre. Mais avant, il convient de retenir que l’ensemble des acteurs a fait le constat de l’anarchie qui règne dans le secteur et de la nécessité de réguler le marché grâce à une loi forte, efficace et qui surtout répond aux attentes et colle aux besoins actuels. «Au Sénégal, l’étude du secteur de la publicité a permis de constater beaucoup de dysfonctionnements, d’insuffisances, pour ne pas dire d’anarchie. C’est pourquoi il est urgent de mettre en place un mécanisme de régulation», a déclaré le président du Cnra, lors de la cérémonie d’ouverture. Pour lui, il faut surtout améliorer la gouvernance de ce secteur par une meilleure régulation et surveillance des contenus pour les adapter à «notre vision» de développement socio-économique.

Un domaine hors-la-loi
En effet, bien qu’elle existe depuis 1983, la loi relative à la publicité n’est pas efficace d’autant qu’elle n’a pas connu de décret d’application. Et le Cnra, pour sa part, n’a plus de contrôle sur tous les supports. Les publicités hors médias (panneaux d’affichage) et celles numériques (sur les réseaux sociaux, les sites…) faisant leur apparition, corrélée à un cadre réglementaire parcellaire, inefficace voire obsolète font que la publicité est devenue un «monde sans loi au Sénégal», selon M. Touré. Le magistrat Cheikh Bamba Niang relève ainsi «l’art de mal légiférer» au Sénégal. Il pense qu’il y a lieu de réactualiser la loi de 1983, étant donné qu’elle intègre même le tam-tam dans les supports utilisés par la publicité. «Il y a inadéquation entre la proposition et la réalité sur le terrain», considère-t-il.

Responsabilité des journalistes et des médias
Au terme de son mandat au sein du Cnra, l’ancien Pdg du groupe Sud s’est adressé aux médias, soulignant leur responsabilité sociétale dans le domaine de la publicité. «On note dans les médias le culte de la beauté, de la performance. D’autres prêtent leurs canaux à des charlatans qui disent tout guérir. Et encore, les jeux de l’acteur sont même commandés», indique-t-il. Les journalistes qui utilisent leurs émissions pour faire de la pub politique n’échappent pas non plus à la vigilance de M. Touré qui rappelle que «communication et info ne vont pas ensemble. Qui paye commande !» Et les animateurs qui usent des ondes pour régler des problèmes personnels ont été également interpellés. «Ce n’est pas parce qu’on a un micro qu’on a le droit de tout faire. Il faut de l’éthique, nous devons être tous responsables», lance-t-il. Mais pour la dernière activité inscrite dans sa mandature, M. Touré garde une note d’espoir : «Il y a encore du travail, mais l’espoir est permis.»
aly@lequotidien.sn

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