PARTAGER

Il y a quelques années, le Sénégal faisait figure de précurseur dans le secteur numérique mais le pays n’a pas su conserver cet avantage. Dans le cadre des Mardis du numérique, un panel d’experts a cherché à expliquer les raisons de ce retard.

Pourquoi le secteur du numérique peine à décoller au Sénégal ? A cette question, chacun des participants au panel organisé mardi dans le cadre des «Mardis du numérique», a sa réponse. Selon Pr Abdoullah Cissé, c’est l’absence de prospective qu’il faut indexer. Malgré l’existence d’un plan stratégique pour le numérique à l’horizon 2035, M. Cissé estime que l’horizon temporel visé est trop court pour servir de boussole au secteur. L’enseignant, expert du numérique, estime que dans notre pays, on ne peut pas parler de prospective. «Il nous faut créer un environnement prévisible, avoir une vision prospective pour savoir où on va.» Il explique que dans certains des pays les plus dynamiques du secteur, les stratégies déclinent leurs stratégies de court terme sur 50 ans, le moyen terme sur 70 ans et le long terme sur un siècle. Ainsi dit-il, pas étonnant que le Sénégal ne dispose que de plans. Des plans stratégiques déclinés en lettres de politique sectoriel. Et selon lui, ces textes doivent aussi être révisés, car en leur état, ils ne permettent pas de faire du web 3.0 ou 4.0. «Les textes ne prennent pas suffisamment en charge le mobile qui est pourtant le segment où se développe la finance digitale», indique Pr Cissé, qui estime que le Sénégal est en retard sur beaucoup de domaines. Il en est ainsi de la dématérialisation des procédures publiques ou encore de la régulation ou de la protection des consommateurs.
Le président de l’Organisation des professionnels des technologies de l’information et de la communication (Optic), Antoine Ngom, estime lui que le problème du numérique au Sénégal réside dans la mise en œuvre des plans. «La Stratégie Sénégal numérique 2035 a été élaborée et validée, mais on attend toujours la mise en place du comité de pilotage», explique M. Ngom. Cette situation prévaut également dans le cas du conseil national du numérique attendu depuis 6 ans.
Cette léthargie, Ibrahima Nour Eddine Diagne, président de l’African performance institute (Api), la déplore. «Le Sénégal a tout ce qu’il faut pour faire décoller son secteur numérique», souligne M. Diagne, qui précise qu’aussi bien les ressources humaines que le leadership existaient en abondance. Mais le Sénégal a échoué a faire ce que des pays comme la Corée ou l’Estonie ont réussit.
Venu présider la rencontre, le directeur de Cabinet du ministre de la Communication, des télécommunications, des postes et de l’économie numérique, Souley­mane Diallo, convient avec les autres panelistes que les défis sont importants. Mais, il estime que les décideurs devraient bénéficier des éclairages de la recherche. «Les universitaires doivent aider le pays et nous dire ou est-ce qu’on va et comment y arriver», estime M. Diallo, qui déplore le manque de productions scientifiques disponibles pour éclairer la prise de décision. «Le cadre juridique doit être adossé à une recherche scientifique avérée», souligne M. Diallo.
Depuis leur lancement, «Les Mardi du numérique», qui en sont à leur 9e édition, sont devenus un espace de discussion et d’échange entre les différentes parties prenantes. Portée par des acteurs du secteur privé, l’édition du mardi portait sur  «La maturité de l’écosystème numérique : les leviers de l’accélération».
mamewoury@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here