PARTAGER

48 heures de grève totale qui démarre ce mardi et une marche nationale le 2 octobre : telle est la riposte des agents de santé de Sédhiou qui s’insurgent contre l’agression de leur camarade par le kankourang. Rokhaya Guèye, la victime, est une sage-femme en poste à Nguindir, commune de Bambali. Venue à Sédhiou pour une session de formation, elle a eu la malchance de tomber dans les griffes d’un kankourang, alors qu’elle était transportée par une moto-taxi le samedi dernier devant les locaux de la gendarmerie, aux environs de 10 heures.
Condamnant cet acte, des agents de santé rouges de colère ont rangé les blouses ce lundi pour statuer sur le cas. «Après avoir donné l’alerte le premier jour et enclencher la procédure judiciaire, nous avons convoqué cette Assemblée générale pour évaluer l’acte et savoir la conduite à tenir. Elle regroupe l’ensemble des acteurs sanitaires affiliés au Sutsas, au Sames, au Syntras et des non syndiqués», indique le secrétaire général régional du Sutsas, par ailleurs président régional de l’intersyndicale Syntras-Sutsas de Sé­dhiou.
Au nom de tous les agents de santé de la région, Brodiang Diakhaté signale qu’au-delà de cette grève de 48 heures durant lesquelles seules les urgences seront prises en charge, une marche d’envergure nationale, regroupant l’ensemble des acteurs des 14 régions, est prévue le 2 octobre à Sédhiou. «Nous ne luttons pas contre les populations encore moins une culture», explique le syndicaliste qui n’a pas du tout apprécié l’attitude des hommes en bleu.
«Nous déplorons l’attitude de la gendarmerie, car les faits se sont passés en face de la brigade. Violemment bastonnée, la victime a trouvé refuge à l’intérieur de la brigade. Mais la réaction des gendarmes est surprenante. Ils l’ont chassée pour ne pas salir leurs locaux. C’est au moment d’appeler le médecin-chef de district qu’ils ont su que c’est un agent de santé et l’ont laissée à l’intérieur. Je pense que porter assistance à un citoyen dont la vie est menacée est une obligation pour un agent de sécurité», tonne M. Diakhaté. «Les autorités doivent prendre des dispositions définitives», exige-t-il.
Parlant de l’état de la victime, il a souligné que «sa blessure est grave. Elle est évacuée à Ziguin­chor pour faire des Tdn céré­brales avec un neurochirur­gien».
Visiblement excédé par cette situation, le porte-parole des agents sanitaires déplore la récurrence du phénomène. «A l’heure où je vous parle, un patient est interné dans notre service pour les mêmes faits. Il est lui aussi gravement blessé. Nous n’avons rien contre ces manifestations culturelles. Cul­ture ne rime pas avec violence. Ça doit cesser.»
Se prononçant sur la situation, le représentant du Sames à Sédhiou fait savoir que «c’est tout le système de santé qui est touché». Dr Camara, par ailleurs unique chirurgien de la région qui exerce depuis 5 ans dans le Pakao, explique que «Sédhiou est une zone difficile d’exercice médicale, où les agents de santé doivent être protégés». Il invite les autorités à prendre des dispositions pour rendre attrayante la sortie du kankourang. «Je suis Mandingue, mais il faut qu’on tienne compte de l’aspect urbain de la capitale régionale», soutient-il.
«Nous n’allons pas rester les bras croisés face à cette situation. Le nombre de cas de blessures sont nombreux. Même des enfants ne sont pas épargnés. Un enfant de 4 ans a fait les frais de cette violence gratuite. J’ai interpellé des autorités et des responsables du kankourang. Nous déplorons cet acte qui n’est pas digne de l’ancienne capitale de la Casamance et qui demeure un creuset culturel. Ici, personne n’est à l’abri. Ce n’est pas normal. Notre collègue souffre d’un traumatisme crânien et psychologique», souffle Dr Camara.
odemba@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here