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Les services offerts par le Domaine agricole communautaire (Dac), à travers ses «Cœur de Dac», vont bouleverser l’approche même que le Sénégal a de l’agriculture moderne. Sur ces sites, dont quatre sont en construction, les exploitants devront pouvoir trouver toute la formation nécessaire pour accroître leurs rendements, ainsi que les outils nécessaires leur permettant d’augmenter leurs revenus, les inciter à embaucher du monde, et ainsi booster les fameux emplois tant espérés.

Le 21 décembre 2017 dernier a eu la cérémonie officielle de réception du «Cœur de Dac» de Séfa en Casamance. C’est le premier projet du genre à être achevé sur les 4 que doit livrer l’entreprise Green 2000, chargée des travaux, sous la maîtrise d’ouvrage du Programme national des domaines agricoles communautaires (Prodac). Le ministre du Travail, Abdou­laye Diop, qui assure la tutelle du projet n’a pu cacher son plaisir et sa fierté au vu du travail accompli. «Ce programme traduit, si besoin en est, l’orientation fortement agricole que le gouvernement du Sénégal a voulu imprimer à l’insertion économique des jeunes. Celle-ci est fondée sur la vision qu’aucun pays en Afrique au Sud du Sahara ne saurait prétendre gagner le pari du développement en faisant fi de l’agriculture, de l’engagement et de la disponibilité de sa jeunesse», a-t-il notamment affirmé dans son discours.
Abdoulaye Diop a continué pour expliquer le rôle du «Cœur de Dac», communément appelé Centre de service et de formation agricole (Astc selon l’acronyme anglais) : «Selon les experts, l’Astc est un centre de service agricole de formation continue et d’assistance technique, ayant pour but d’améliorer considérablement la rentabilité des exploitants, des groupements appelés Gea, et l’impact sur 5 000 exploitants, voire plus. En outre, l’Astc pourrait produire au moins 2 000 tonnes d’exploitations horticoles et maraîchères par an. Les services offerts génèrent au moins 5 milliards de francs, dont un bénéfice net de 750 millions de Cfa par an.» Pour lui, «ce résultat est le garant tant de l’autonomisation du service que de la pérennisation des em­plois». En plus, «comme outil de renforcement des capacités pour tous les exploitants, l’Astc conduit à la familiarisation technologique des productions les plus performantes et des bonnes pratiques de gestion sur toutes les chaînes de valeurs agricoles et non agricoles».
Si le ministre de l’Emploi avait bien compris son discours, il a dû se rendre compte que l’emploi des jeunes, dont le gouvernement avait fait son slogan dans le lancement du Prodac, ne pouvait provenir que du développement de l’activité agricole, et de l’augmentation des revenus des petits producteurs. Et que les Dac en fait devaient mener à une véritable révolution agricole.
M. Daniel Pinhasi, directeur de Green 2000, l’entreprise chargée de la mise en place et du développement des Astc, ou selon l’appellation adoptée au Sénégal, des «Cœur de Dac», explique que «l’Astc développé par Green est de conception israélienne, mais adapté aux réalités africaines». Il s’agit ici d’offrir au paysan un encadrement technique permanent. Mieux encore, les exploitants agricoles sont organisés en Groupements d’entrepreneurs agricoles (Gea), et initiés à des méthodes de production mo­derne qui leur permettent de travailler toute l’année grâce à la mécanisation, l’irrigation, la diversification et la culture en champs couverts. Bien entendu, ce genre d’activités va nécessiter des investissements et l’installation d’une certaine technologie sur les parcelles des agriculteurs.
Pinhasi explique que l’Astc offre des solutions globales aux paysans : «On analyse ce dont le petit paysan a besoin pour réussir. On fait un modèle complet, que l’on veut suffisamment flexible pour l’adapter aux besoins de chaque région», car l’idée est de permettre aux exploitants agricoles, non seulement de vivre confortablement de leur métier, mais en plus de pouvoir recruter de la main-d’œuvre.
Les Astc, pour réussir, doivent entretenir avec les exploitants une relation commerciale et des services. C’est-à-dire que l’exploitant agricole doit être en mesure de payer pour tous les services qu’il reçoit du Dac. C’est vrai que «l’Etat a pris en charge le coût opérationnel de l’ouvrage, mais le paysan paie pour toutes les prestations qui lui sont accordées. Il paie le prix coûtant», explique le Dg de Green 2000. Donc, pour pouvoir garantir la rentabilité du système, un nombre important de producteurs doivent être liés au Dac ; d’où l’idée d’organiser les exploitants en Gea. Dans la zone de Séfa, dans les environs de Sédhiou, des Gea de 20 membres exploitent des parcelles d’environ 15 ha chacune. Et les études menées aussi bien par le Prodac que par Green estiment que chaque exploitant pourrait, en pleine production, recruter environ 3 employés par ha. Ce qui ferait 4 500 employés par 1 500 ha. Cela n’est pas négligeable en termes de revenus générés pour les différents acteurs. Le «Cœur de Dac» de Séfa a été conçu de façon à permettre aux paysans qui vont bénéficier de ses services d’avoir des revenus stables. «Nos calculs nous ont conduits à penser qu’avec des revenus de 200 mille francs Cfa net par mois, les paysans pourraient vivre plus ou moins convenablement.» Ces 200 mille Cfa mensuels tiennent compte du fait que le paysan aura pu payer toutes ses dettes et régler tous les besoins liés à son activité économique. Si cet exploitant dispose d’un minimum d’un hectare de terre, comme c’est le cas de la plupart des exploitants sénégalais, il pourrait, dans le développement de son activité, embaucher trois «sourgas» ou travailleurs agricoles plus ou moins permanents, qu’il paierait d’un salaire minimum décent. «Le calcul de 200 mille francs Cfa de revenus est pour l’exploitant agricole. Il est bien clair que ses ouvriers ne seront pas rémunérés à ce niveau-là», précise-t-on à Green. Il est néanmoins évident que l’exploitation agricole qui fonctionne bien aura besoin d’attirer de la main-d’œuvre en payant convenablement.

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