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A propos du Président Sen­ghor, le Président Abdou Diouf a pu dire : «Si Socrate était un accoucheur d’idées, Senghor est un accoucheur de destins.» Cette phrase résume à elle seule toute la dimension de l’homme. Sans compter les multiples témoignages de la très hermétique et sélecte communauté des lettres. En réalité, le fils de Diogoye avait un relief particulier. En parcourant son œuvre poétique gigantesque, l’on se rend compte de l’épaisseur de son esprit. Esprit brillant pour ne pas dire pétillant. Son entrée en politique considérée com me un accident (quel bel accident, dira Abdou Diouf) révéla le caractère humaniste de l’homme. Le socialisme qu’il incarnait est une synthèse réussie de tous les segments de l’idéologie du 18ème siècle. Socialisme à hauteur d’homme, aimait-il dire. En apportant une dimension africaine au socialisme, il concrétisait l’ancrage ou l’enracinement dans les valeurs négro-africaines, mais aussi l’ouverture au monde donnant naissance à une civilisation de l’universel.
Senghor était un maître incontesté de la plume et un as de la politique. Il était surtout élégant et avait de la grandeur, là où Macky dégage morgue et suffisance. Même dans l’adversité, il faisait preuve d’élégance et de dépassement. Il avait de la vision. Une vision multidimensionnelle qui lui permit de bâtir un Etat en consolidant l’unité nationale si fragile, à une époque d’indépendance et de post-colonialisme. Senghor aura marqué indéniablement l’histoire du Sénégal, de l’Afrique et du monde. Son passage est assimilable à celle que la voie lactée laisse dans les cieux (encore Abdou Diouf).
Le premier Président du Sénégal avait certes des défauts au plan politique et social, mais il a su rester habile dans la conduite des affaires du pays. D’ailleurs, une étude critique sur son œuvre politique est nécessaire et permettra de mieux connaître l’homme et de tirer plus profit de son legs.
En vérité, Senghor n’est pas Sall. Et Sall ne sera jamais Senghor. Tout ou presque oppose les deux hommes.
En créant le Bds, il dénonçait dans sa fameuse lettre à Guy Mollet «la dictature de Lamine (Guèye) sur le parti (ad lamini dictaroriam)». Macky s’abreuva à la source communiste avant de devenir libéral, certainement par opportunisme politique. Il dût se résigner à créer son parti après être allé à Canossa. Si le Bds naquit par résistance, l’Apr le fut par dépit.
En résumé, Macky Sall man­que d’élégance et de grandeur pour atteindre le grade de disciple de Senghor. Senghor a laissé à la postérité un Etat respecté dans le concert des Nations. Macky Sall laissera un Etat destructuré croulant sous le poids de la dette. Eh oui, sous Senghor, les Sénégalais naissaient «libres et égaux». Sous Macky, ils naissent «endettés».
Là où Senghor avait instauré «un multipartisme encadré», Diouf «un multipartisme intégral», Wade «le statut de l’opposition», Macky lui veut «réduire l’opposition à sa plus simple expression». Signe évident d’un despotisme ambiant.
C’est pourquoi vouloir établir une quelconque ressemblance entre Senghor et Sall apparaît comme un manque d’inspiration, comme cela peut arriver aux écoliers un jour d’examen, ou relève simplement de l’obligation de plaire.
Dors du sommeil des justes sous les effluves de la brise marine, cher Léopold !

Moussa TAYE

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