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Ce lundi 6 février 2017, le monde va célébrer la 14ème édition de la Journée internationale de lutte contre l’excision. Une occasion pour revenir sur la pratique et ses conséquences et surtout sur les combats qui sont menés pour son élimination à l’échelle mondiale. A Vélingara, une approche participative et communautaire est en train de convaincre des communautés, très conservatrices, à abandonner la pratique.

Lambatara est un village du département de Vélingara (commune de Kandia), habité majoritairement par le groupe ethnique soninké. Les Soninkés, un Peuple conservateur, sont pourtant en train d’abandonner une pratique culturelle millénaire : l’excision. Ce n’est pas la pénalisation de la pratique qui a eu raison de la ténacité de la coutume, encore moins les messages fondés sur les conséquences sanitaires de l’ablation de tout ou partie du clitoris de la jeune fille. Amy Cissé, la cinquantaine bien sonnée, au cours d’une journée d’hommages aux grands-mères, organisée par Grand-mother project-changement par la culture (Gmp) dans ledit village, a fait ce témoignage : «Depuis 2 ans, on n’a pas connu de cas d’excision dans notre village. J’ai commencé la sensibilisation dans ma famille d’abord avant de me faire accepter, avec mon groupe de grands-mères leaders, dans les autres familles du village.» Puis de revenir sur sa démarche : «J’ai d’abord discuté avec les autres femmes dans la famille et m’assurer que nous avons la même position sur le sujet. Nous avons compris qu’il nous fallait le soutien et la bénédiction du père de famille pour abandonner l’excision, convaincues que ce n’était pas une recommandation de l’islam et que c’était nuisible à la santé de la fille. Pour rencontrer le chef de famille, nous sommes passées par la plus vieille femme de la maison que nous sommes parvenues à convaincre. Repue de nos informations, certaines nouvelles pour elle, la vieille nous a accompagnées auprès du chef de famille. Sans doute par respect pour la vieille, le vieux a dit que si c’était notre volonté, il nous donne l’autorisation d’abandonner l’excision.» Le vieux Cissé est en même temps l’imam du village. Sa position sociale a accéléré le travail des femmes de Lambatara, décidées à protéger les filles de tout le village contre les mutilations génitales féminines.
Aminata Konté est une autre femme du village soninké de Kéréwane, toujours dans la commune de Kandia. Ce leader a également témoigné du processus avancé d’abandon de cette pratique dans son village natal. Elle a dit : «De moins en moins de filles sont excisées dans notre village. C’est juste après l’accouchement que nous sensibilisons la maman contre la pratique et les grands-mères qui sont proches de la femme ou de la famille veillent à cela. Ici c’est au berceau que l’excision est souvent faite. Mais cela n’a plus cours.»
Pour parvenir à ce résultat, Amy Cissé et Aminata sont façonnées dans le moule des facilitateurs et facilitatrices de l’Ong Grand-mother project-changement par la culture (Gmp). Cette Ong fondée par l’Américaine Judi Aubel croit, pour l’avènement de changements durables, aux vertus des approches communautaires et participatives fondées sur le respect des cultures locales, avec les personnes âgées, les grands-mères en particulier, au centre des programmes.
Amy et Aminata font partie d’un groupe de femmes leaders d’une cinquantaine de villages des communes de Kandia et Némataba et des quartiers de la commune de Vélingara à être formées en leadership, à l’éducation par le dialogue et l’écoute, la communication, la biologie et la psychologie des adolescentes et le renforcement de la communication entre grands-mères et autres acteurs sociaux dans la communauté. C’est fort de ces acquisitions que les grands-mères, confiantes et décomplexées, peuvent se positionner en véritables leaders sur lesquelles les communautés s’appuient désormais pour toutes les activités communautaires en rapport avec le bien-être des femmes et des enfants. De même que pour le règlement de conflits sociaux.
akamara@lequotidien.sn

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