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Le 20 mars aura certainement marqué le calendrier politique de 2016. C’est ce référendum qui a rallongé le quinquennat de Macky Sall de deux ans qui a accouché le dialogue national, la plateforme Manko wattu Senegaal, la cassure au Parti socialiste, la polémique autour du Haut conseil des collectivités territoriales…

Le 2016 politique a été marqué par le référendum du 20 mars. Et tout est parti de la fameuse adresse à la Nation du président de la République le soir du 16 février. C’est que la décision grave de ne plus faire 5 ans, comme il l’avait promis et ressassé, avait dicté une telle solennité. Macky Sall devait donc s’expliquer et expliquer aux Séné­galais, particulièrement à ceux qui l’avaient choisi- certainement sur la base de cet engagement circonstancié- la rallonge de ce contrat par un avenant de deux ans. Surprise ! Ceux qui étaient prêts à en découdre avec lui sont obligés de reprogrammer leurs ambitions. Surprise encore ! Il bouscule les agendas en annonçant la date de ce référendum pour le 20 mars, soit un mois dont une semaine de campagne électorale. Le pays chante et danse au rythme du «Oui» et du «Non» à un projet de révision constitutionnelle qui bruit de toutes les polémiques. De toutes les critiques. Des opposants dénoncent un wax waxeet (reniement). Des juristes con­dam­nent une «décision» du Conseil constitutionnel qui ne devait donner qu’un «avis». La majorité elle-même connaît des départs comme ceux de Mansour Sy Djamil ou encore Imam Mbaye Niang. Des organisations de la société civile, y compris le redoutable Y en a marre qui avait grandement participé au départ de Abdoulaye Wade, s’en mêlent et battent campagne pour un «Non» massif. Finale­ment, le référendum prend des relents d’une Présidentielle anticipée pour un «Oui» ou un «Non» à Macky Sall. Et le pouvoir et ses alliés ont compris le sens, l’ampleur et la tournure du rendez-vous. Puisque le chef de l’Etat lui-même avait dû se déplacer auprès des familles religieuses pour les rassurer, notamment sur la propagande autour des «droits nouveaux» que d’aucuns avaient interprétés comme la promotion des antivaleurs dont l’homosexualité.

Le triomphe du «Oui» et le calmant du dialogue
La soirée électorale aura épousé les contours et couvertures médiatiques d’une Présiden­tielle, des Législatives ou des Locales. Le courant du «Oui» triomphe majoritairement avec 62, 64% contre 37, 36% en faveur du courant du «Non». Jusque dans les villes réputées bastions de l’opposition. Les « nonistes » sont groggy, mais s’accrochent sur le faible taux de participation (38, 59%). Dans ce contexte de crise politique née des fortes divergences autour du septennat présidentiel, le régime entend baisser l’hyper-tension. Macky Sall lance donc un dialogue «politique» d’abord, avant de l’élargir par un qualificatif «national». Il reçoit le 28 mai politiques, religieux, société civile, syndicats… et laisse un autre référendum diviser ses adversaires : des «oui» et des «non» à la participation à «son» dialogue. Résultat : il fait tomber l’adrénaline qui montait. Une donne que le camp du «Oui» n’a pas négligée, accusant le «stock mort» et décidant, par conséquent, de la refonte partielle du fichier électoral. C’est ainsi que, contre la volonté de l’opposition, le pouvoir a décidé, par les opérations d’inscription pour l’obtention de la carte biométrique et d’électeur, de procéder à la confirmation ou l’infirmation sur les listes électorales. Finalement, le pouvoir et l’opposition ont retenu, lors de la rencontre entre le chef de l’Etat et Manko wattu Senegaal, de mettre fin à ce procédé d’enrôlement.

Manko, Sonko…
L’on peut dire d’ailleurs que le référendum est la mère de toutes les batailles politiques qui s’en sont suivies. Comme Benno siggil Senegaal né du boycott des Législatives de 2007, les «nonistes» unissent leurs forces dans Manko wattu Senegaal. L’affaire Sonko, révoqué de la fonction publique pour «violation de son obligation de réserve» en tant qu’inspecteur des impôts et domaines, l’affaire Petro-Tim dans laquelle le frère du Président, Aliou Sall, est mêlé, le référendum, favorisent ses retrouvailles et galvanisent l’opposition qui défie le pouvoir dans la rue par une marche réprimée. Puis, comme pour la participation ou non au dialogue «national», les opposants ne s’entendent pas sur l’opportunité de la rencontre avec le chef de l’Etat le 1er décembre sur le processus électoral. Ceux qui avaient osé dire «non» à ce face-à-face ont été exclus du Fpdr et de Manko. Il n’y aura pas de deuxième marche, à Dakar en tout cas. Mamadou Diop Decroix et ses camarades ont décidé de la délocaliser dans la capitale française pour affronter Macky Sall qui y séjournait dans le cadre d’une visite d’Etat.

Le référendum au Ps
Dakar était scrutée. Le pouvoir en avait fait un enjeu de taille. L’enjeu. C’est pourquoi la victoire du «oui» dans la capitale, l’une des rares sur le territoire, a été lue par Aminata Touré et Cie comme une «revanche» sur Khalifa Sall et ses maires de Taxawu Dakar, maîtres aux Locales de 2014. Le Socialiste, potentiel adversaire de Macky Sall, avait dénoncé le «non-respect de la parole donnée» et avait battu campagne pour le «Non» contre le mot d’ordre de son parti qui, lui, appelle à voter et à faire voter le projet de Macky Sall, son allié dans Benno bokk yaakaar. Ce référendum aura alors enfoncé le couteau dans la plaie ouverte depuis les Locales au sein du Ps. A deux semaines du scrutin, le 5 mars 2016, pro-Khalifa Sall et pro-Tanor officialisent le duel par la violence. Ce n’était que partie remise. Car la direction du Ps entendait laver l’affront aux élections des hauts conseillers. Il s’agissait de tout mettre en œuvre pour, non pas éviter un impossible contrôle de l’institution déjà promise à son camarade, Tanor, mais pour surtout faire rallier les conseillers de Khalifa Sall. Ce dernier rafle les 3 sièges de la capitale, mais le pouvoir a du mal à s’accommoder de ce malaise. A l’Apr, on cherche des boucs-émissaires. Au Ps, on acte la confirmation de Taxawu Dakar. Dans cette ambiance, les jours passent ; les Socialistes se cassent. Le Ps décide d’aller aux Législatives sous la bannière de Benno bokk yaakaar, alors que Khalifa Sall et Cie contestent tout.
hamath@lequotidien.sn

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