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Il y a un an la République rendait un hommage faste à Ousmane Tanor Dieng, disparu en France. Ce 15 juillet 2020, le Sénégal commémore dans l’indifférence le rappel à Dieu du secrétaire général du Parti socialiste. Mais un de ses plus fidèles compagnons, Serigne Mbaye Thiam, rappelle dans cet entretien l’héritage politique du défunt président du Haut conseil des collectivités territoriales. Le ministre de l’Eau, secrétaire national aux Elections du Ps, évoque l’avenir du parti.

Qu’est-ce que le Ps a prévu pour la commémoration du premier anniversaire du décès de Ousmane Tanor Dieng ?
Comme vous le savez, cette date du 15 juillet coïncide avec la pandémie de Covid-19 qui, au-delà du Sénégal, prend le monde entier en otage. Cette situation exceptionnelle nous impose une adaptation. J’aimerais rappeler que cette commémoration du 1er anniversaire du décès de Ousmane Tanor Dieng dépasse le Parti socialiste, car il était un enfant de la République. En présence de toutes les composantes de l’Etat et de la Nation, nous lui avons déjà rendu un hommage mérité au mois de février. Ce 15 juillet est donc une journée de souvenir et de prières. Tous les jours nous prions pour lui.

Un an après le rappel à Dieu de Ousmane Tanor Dieng, quel est l’état de son héritage ?
Bien sûr que la perte brutale et inattendue de notre leader a créé un grand vide que nous continuons à ressentir. Nous avons perdu notre secrétaire général alors qu’il était encore en fonction et en plein exercice de ses responsabilités. Ce qui est inédit. Un an après sa disparition, il est encore trop tôt pour parler de tout ce que Ousmane Tanor Dieng aura laissé comme héritage, car il a marqué le Parti socialiste et a été une icône de la politique sénégalaise. Ousmane a été au cœur des événements politiques de notre pays, au cœur aussi de l’Etat pendant plus d’une trentaine d’années. Il fut proche collaborateur du Président Senghor, du Président Abdou Diouf et partenaire loyal du Président Macky Sall. Sur le plan politique, nous sommes fiers de son legs. Lorsque nous avons perdu le pouvoir en 2000, il s’est battu corps et âme pour maintenir le navire à flot au prix de multiples sacrifices. Et on voit bien qu’il a réussi son pari, au moment où beaucoup pronostiquaient la disparition du Parti socialiste et travaillaient à cela. Son parti, le Parti socialiste, est bien debout et fier de son leader et de ce qu’il a réalisé. Aujourd’hui, un parti solidement ancré dans Bby et qui participe dans l’exercice de la conduite des affaires du pays et il est écouté. Un parti organisé et structuré, stabilisé et engagé en plein dans le processus de renouvellement de ses instances à la base. Le Parti socialiste garde son identité de parti de débat, de dialogue, mais toujours sur fond de démocratie interne et de discipline politique. Ousmane Tanor Dieng a su former et s’entourer d’une équipe renouvelée de compétences dans le parti. Notre devoir, pour mériter sa confiance et montrer que nous sommes à la hauteur du choix et du pari qu’il a porté sur nous, c’est de rester dignes et continuer son œuvre dans un grand élan de rassemblement, de solidarité et d’unité.

Expliquez-nous votre première rencontre avec Tanor. Qu’est-ce qui vous avait marqué en lui ?
J’ai rencontré Tanor pour la première dans des circonstances purement administratives, alors que je n’étais même pas encore militant du Parti socialiste. C’était en ma qualité de trésorier de la Fédération sénégalaise de football et lui ministre, directeur de Cabinet du Président Abdou Diouf, à la veille de la Can de football Alger 90. Il devait me remettre l’appui du chef de l’Etat pour la participation de notre Equipe nationale à la Can. Au plan politique, j’ai rencontré Tanor pour la première fois après la défaite de 2000, lors d’un entretien auquel il m’avait convié à son domicile jouxtant la présidence de la République. Ce qui m’avait marqué, c’est sa capacité d’écoute, sa pondération, son caractère imperturbable et la profondeur de ses analyses.

Votre dernière rencontre avec lui ?
C’est le mercredi 15 mai 2019 en France, alors qu’il y était depuis plus d’un mois. C’était pendant le Ramadan. Il n’était même pas à l’hôpital en cette période. C’est dire qu’il se portait relativement bien et rien ne pouvait laisser penser qu’il allait nous quitter 60 jours après. La veille, Serigne Abdou Mbacké de Darou Mousty et moi avions coupé le jeûne avec lui. L’avant-veille, le lundi 13 mai donc, j’avais dîné avec lui autour d’un délicieux repas préparé par ses filles Mamy et Jeanne.

Ses confidences depuis son lit d’hôpital, ses dernières volontés ?
C’est trop me demander. Mais ce que je peux dire, c’est qu’il avait à cœur la réussite du second mandat du Président Macky Sall. Je rappelle qu’il a séjourné en clinique, ici à Dakar, tout juste après la prestation de serment du Président Macky Sall. Et c’est de là qu’il a suivi toute la formation du gouvernement, après avoir lui-même battu campagne pour le candidat de Bby, investi aussi par le Parti socialiste. Les conditions de matérialisation des promesses de campagne pour accélérer la marche de notre pays vers l’émergence le préoccupaient. Le cœur de Tanor a toujours battu aux pulsions des intérêts de notre pays.

Comment avez-vous été informé du décès ?
Le matin du lundi 15 juillet par son fils Pape Birane qui était à son chevet en France.

Décrivez la personnalité de l’homme Ousmane Tanor Dieng…
Une interview ne peut suffire pour cela et je ne me sens pas qualifié pour décrire la personnalité d’une personne aussi secrète et complexe que Tanor. Il n’était pas expansif. Mais les mots qui me viennent à l’esprit : sincérité et authenticité, profondeur des réflexions et sûreté de jugement, discipline et organisation, sens élevé du devoir et des responsabilités, rigueur et justice.

On le décrivait comme un politicien froid. Etait-il un bon politicien, capable de devenir un président de la République ?
Je l’ai expliqué plus haut. Le détachement émotionnel auquel fait appel la prise de décision politique peut parfois laisser prêter à l’homme d’Etat une certaine insensibilité, une certaine froideur. Et Ousmane Tanor Dieng était habité par l’Etat. Par ailleurs, ceux qui ont eu l’occasion de le fréquenté de près vous diront son humanisme, sa légendaire générosité, son humilité et sa grande discrétion. Bien sûr qu’il avait toutes les qualités pour faire un bon président de la République. Et s’il avait accédé à la Magistrature suprême, il aurait été l’un des meilleurs Présidents de notre histoire. J’en ai la certitude.

Avez-vous certaines de ses confidences que vous pouvez raconter à nos lecteurs ?
Au-delà des relations politiques, je le considérais comme mon grand frère, un conseiller privilégié et avisé. Et il me le rendait bien. A ses côtés et avec lui, je pense, sans fanfaronnade aucune, mais aussi sans fausse modestie, que nous avons, ensemble, écrits quelques pages d’histoire de notre pays. Il appartiendra à l’histoire de les raconter.

Entre Ousmane Tanor Dieng et vous, ce fut une relation solide. Quelle a été la base de cette complicité ?
Les valeurs partagées d’enfants du terroir nés dans des villages, lui à Nguéniène, moi à Keur Madiabel. On s’est retrouvé au sommet des défis, et nous nous sommes découverts ces valeurs partagées.

Le Ps risque-t-il de ne pas survivre à Ousmane Tanor Dieng ?
Le Parti socialiste est un grand parti qui a traversé l’histoire du Sénégal avec des moments de gloire et des épreuves de diverses natures. Mais le parti est encore là, porté par plusieurs générations. Même si nous reconnaissons que ça reste sans précédent que le parti perde son secrétaire général dans l’exercice de son mandat, nous disposons de l’intelligence politique et des ressources humaines nécessaires pour toujours rebondir et continuer à jouer ce rôle de premier plan que nous avons toujours joué dans la marche de notre pays. C’est à la fois une responsabilité collective et individuelle de chaque militant et militante.

La direction impulsée par le défunt OTD de maintenir le parti dans la coalition au pouvoir a-t-elle perdu le Ps ?
Je ne pense pas qu’on puisse dire cela aujourd’hui. L’histoire lui a plutôt donné raison quand on constate les grands succès politiques de Bby et le bilan du Président Macky Sall, président de notre coalition, à la tête de notre pays. C’est un bilan qui autorise une fierté. Nous devons nous ouvrir aux autres forces politiques et sociales, tout en restant nous-mêmes et tout en gardant nos ambitions pour le Sénégal intactes.

A quand le congrès du Ps ?
Nous allons reprendre le processus de renouvellement de nos instances qui a été ralenti par la situation sanitaire. Au terme de celui-ci, nous irons au congrès.

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