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C’était le samedi 5 novembre 2016 que le défunt khalife général de Pire, Serigne Moustapha Cissé, a livré son dernier prêche. L’ancien ambassadeur honoraire avait préconisé «l’instauration d’un dialogue permanent dans l’intérêt du pays». C’était à l’occasion de la cérémonie officielle de la 114ème édition du Gamou annuel de Pire.

«L’instauration d’un dialogue permanent dans l’intérêt du pays» a été le dernier message du défunt khalife général de Pire, Serigne Moustapha Cissé. C’était à l’occasion de la célébration de l’édition 2016 du Gamou de Pire. Il avait dit ne pas être enchanté par la pléthore de partis politiques au Sénégal, lesquels prolifèrent d’une façon vertigineuse. «La classe politique sénégalaise qui souffre d’un déficit criard d’hommes politiques dignes de ce nom est aujourd’hui infestée d’une caste de politiciens aux antipodes de toutes vertus cardinales autrefois incarnées sur la scène par d’illustres patriotes de la trempe de Lamine Guèye, Ngalandou Diouf, Blaise Diagne. Aujourd’hui, rien qu’un kg de riz aurait suffi pour rassasier l’infime portion de la race d’hommes politiques au Sénégal dignes de ce nom. Tout le reste n’étant que des troubadours qui se livrent à un jeu politique sale et mesquin.»
Il invitait ainsi les uns et les autres à se «tenir debout comme un seul homme en prévision d’éventuels troubles qui guetteraient notre pays». Le religieux pensait que les Sénégalais «se doivent ensemble de s’asseoir, chefs religieux, leaders politiques, membres de la société civile, pour discuter des questions du pétrole et du gaz qui polluent déjà l’atmosphère». Une stratégie plausible et susceptible de «tempérer le débat politique dans lequel s’agite dangereusement une certaine catégorie de mercenaires politiques qui en font trop parce que n’ayant pas la notion de la mesure et de la pondération». Dans cette lancée, Serigne Moustapha Cissé ajoutait : «Dans la classe politique sénégalaise actuelle figure en majorité une certaine race de troubadours aux antipodes de toutes vertus, ce qui n’a jamais été le cas du temps de respectables hommes politiques de la trempe de Lamine Coura Guèye, Léo­pold Sédar Senghor, Nga­lan­dou Diouf.»
Le chef religieux de Pire avait ainsi laissé entendre qu’un homme politique doit savoir tout de la chose sérieuse qu’est la politique. Il crée un parti et ficèle un bon programme de développement. Il développe des idées sur le plan social, de l’agriculture, la pêche, l’éducation, l’élevage, la santé, entres autres secteurs vitaux propices au développement du pays. Malheureu­sement, regrettait-il, «nos politiciens laissent tout cela de côté, tournant le dos au terrain des programmes, des préoccupations des Sénégalais, pour tout le temps rivaliser dans le champ des insultes, des injures, des invectives, des querelles intestines de positionnement, etc. Des ‘’pouvoiristes’’ qui ont fait des partis politiques un refuge économique».
Dans cet ordre d’idées, il avait évoqué l’enseignement du Prophète Mohammed (Psl) : «La course au pouvoir peut vous conduire en enfer.» Ainsi avait-il demandé à la classe politique de s’unir autour de l’essentiel pour discuter et instaurer un dialogue permanent entre le pouvoir et l’opposition. D’autant que «tous les Sénégalais restent unanimes sur une chose : le développement du pays ; d’où la nécessité d’en discuter».
Serigne Moustapha Cissé qui s’était offusqué de la pléthore de partis politiques au Sénégal de dire : «La stratégie des acteurs politiques ne consisterait à occuper l’espace politique que pour des règlements de comptes. Et il ne s’agit là que de partis politiques qui naissent tous les jours et dont les fondateurs, d’illustres inconnus, ne pensent juste qu’à se doter d’un moyen de pression, de perturbation et de critiquer la gestion du pays.» Il pensait qu’avec une telle anarchie et un tel désordre, «le Sénégal aura bientôt 300 partis». Il n’avait pas manqué d’inviter ses pairs à raisonner les politiciens quant aux «actes politiques inutiles qui ne font que plonger le pays dans le gouffre». Dans la même veine, il avait demandé à l’Etat d’engager une discussion avec les leaders de parti sur leur éventuelle réduction, car «cette pléthore de partis politiques ne fait qu’augmenter le bavardage au Sénégal alors que parler et travailler ne pourraient cheminer ensemble ; d’où la limitation des partis à travers une loi».
nfniang@lequotidien.sn

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