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«Germination» est le thème de la 5e session de Raw academy qui a été lancée le mardi 30 octobre à Raw material company. Directrice de la session, l’artiste nigériane Otobong Nkan­ga a présenté ce programme et son travail qui, en partie, repose sur cette notion de germination.

La pratique artistique n’est pas juste une activité de recréation. Elle n’est pas non plus une activité de loisir, mais plutôt une activité au cœur de l’imaginaire, de la réflexion et de la construction de toute société. Fondatrice et directrice de Raw material company, Koyo Kouoh est foncièrement convaincue que les idées qui émanent des différentes pratiques artistiques, qu’elles soient sociétales, politiques, économiques et autres, forment notre imaginaire et participent à notre projection dans la société et aussi à notre réflexion de notre état actuel, passé et futur. Aussi a-t-elle initié, il y a 2 ans, à Raw material company un programme intitulé Raw academy. «Après plusieurs années de travail autour de la présentation, de la réflexion et de la préservation de l’art à Dakar avec une pensée continentale et globale, il nous a paru important de renforcer notre programme de réflexion autour de l’art», a-t-elle indiqué.
Le programme Raw academy, étalé sur plusieurs sessions, invite à réfléchir sur la pratique d’un artiste, d’un collectif, d’un(e) penseur(se), qui œuvre de manière assez exceptionnelle dans le domaine de l’art. Pour Mme Kouoh, c’est une fort belle manière de replacer l’art et la pratique artistique au sein du débat social, au cœur des débats politiques, de manière continue et engagée. De manière surtout à en faire un engagement quotidien qui contribue aussi à la formation de jeunes professionnels de l’art aussi bien du continent que du monde entier. Ouvert mardi 30 octobre dernier à Raw material company, la 5e session de Raw academy a regroupé une dizaine de participants de tous bords. «Ils nous sont venus du Nigeria, de l’Afrique du Sud, bien évidemment du Sénégal, de l’Islande, des Etats-Unis… Et chaque session dure 7 à 8 semaines, c’est-à-dire 2 mois. Tout ce monde travaille ici en collaboration avec d’autres structures, d’autres personnes ressources du monde de l’art», souligne Koyo Kouoh.
Directrice de la session, Otobong Nkanga a présenté son travail, axé sur la notion de germination. Faire germer, faire pousser, planter, soigner, garder, préserver, transmettre, cueillir, collecter… toutes ces notions ont un sens aux yeux de l’artiste performeuse nigériane. Elle a estimé qu’il devient d’ailleurs chaque jour de plus en plus urgent de comprendre à quel point notre existence est reliée aux éléments que nous exploitons, que nous utilisons et que nous gaspillons. «Comment peut-on créer des structures de soin et de réparation ? Comment peut-on sculpter à contre-fil pour créer un flux ? Comment peut-on travailler en cohérence avec le corps terrestre et minéral qui nous tient tous ? On ne peut plus ignorer les particules qu’on respire dans nos poumons, parsemées parfois de particules d’arsenic, d’autres fois du pollen d’une fleur de jasmin.» «Germination» prend ainsi place à Dakar, au Sénégal, pour bâtir un nouveau pilier de sustentation créative, pour un projet qui est envisagé comme une structure qui peut avoir un effet réel sur la réalité vécue, en employant l’art comme un dispositif pour réfléchir à ce que signifie sculpter des possibilités au sein des sociétés et créer des réponses collectives dans des espaces de crise. Et pour l’artiste qui l’a imaginé, Otobong, «Germination» fonctionne comme un laboratoire, entre les expériences imaginées et celles vécues, et offre la possibilité d’explorer des questions liées à l’écologie, à l’architecture et à la durabilité. Les participants et les intervenants invités travailleront ainsi avec des praticiens au Sénégal pour relier et enrichir des structures qui fonctionnent en dehors des normes habituelles du commissariat d’exposition, mais enseignent comment être dans l’espace et résonner plus loin, comment résister à l’impasse et à l’hibernation en cherchant la symbiose avec les lieux où l’on vit. Et pour commencer, pourquoi ne pas réfléchir sur la notion de «The moment» ? «Par rapport au projet que je fais, c’est très important de pouvoir rentrer dans un lieu et d’essayer de comprendre ce qui se passe dans cet espace, de voir comment on s’y sent, de mesurer sa température, d’identifier les différentes postures et gestuelles. C’est important de penser au moment où on est, d’essayer de sentir ce moment avec les gens, dans un lieu, avec les plantes, les arbres…»

aly@lequotidien.sn

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