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La réponse contre le Vih/Sida doit être mise sous le sceau de l’innovation. Pour le Professeur Papa Salif Sow, parrain de cette 2ème édition, le Sénégal doit encore explorer de nouvelles stratégies de dépistage et aller à la rencontre des communautés pour atteindre le premier 90, porte d’entrée de la prise en charge du Vih.

C’est un cours magistral que le Professeur Papa Salif Sow a offert au public nombreux, venu assister à la cérémonie d’ouverture des Journées scientifiques Sida (Jss) du Cnls. Le Professeur Sow, parrain de cette 2ème édition, n’a négligé aucun détail pour l’amélioration et l’accélération de la prise en charge du Vih. Il estime que pour atteindre les trois 90, il faut réexaminer le système de santé, car la «prise en charge doit se faire autrement et différemment». Pour ce faire, l’innovation doit être un leitmotiv, comme le recommande d’ailleurs l’Onusida.
Pr Salif Sow a commencé par le dépistage, porte d’entrée de la prise en charge du Vih. En plus du test dans les structures classiques de santé, il a évoqué le test à domicile, les tests des ménages avec notifications aux partenaires, le partage des résultats, le test en milieu communautaire, et l’autotest qui est en train d’être introduit au Sénégal. Pour M. Sow, le Sénégal devrait se mettre à l’air du temps «comme il fait d’ailleurs» et aller encore plus à la rencontre des communautés et des populations, surtout des groupes clés qui éprouvent des difficultés à se rendre dans les structures de santé pour leur offrir le test et augmenter ainsi le nombre de personnes qui connaîtront leur statut. De nouvelles stratégies de dépistage du Vih «très innovantes» qui, selon le parrain, fournissent des résultats très prometteurs et aideront le pays à atteindre le premier 90. Jusque-là, 29% des Pvvih ne connaissent pas leur statut. Or notre pays n’est pas loin des échéances mondiales qui recommandent que 90% des Pvvih doivent savoir leur statut en 2020.
A côté du dépistage, il est important, une fois que le statut sérologique est connu, d’initier le traitement le plus tôt possible. Là aussi, l’infectiologue cite les innovations mises en œuvre au niveau mondial, notamment l’initiation immédiate du traitement après counseling et éducation thérapeutique. Et Sénégal s’est engagé à tester et à traiter aussitôt, mais certaines difficultés propres au système de santé et à l’environnement social empêchent sa réalisation. Pourtant, l’objectif est d’éviter de perdre du temps, «car il est établi que la personne mise sous Arv immédiatement après son test n’a plus de charge virale au bout de 12 mois de traitement», rappelle Professeur Sow. De nouvelles stratégies doivent être également focalisées sur l’amélioration et la dispensation des médicaments antirétroviraux. Il s’agit entre autres des «groupes communautaires, des regroupements de la prescription comme ça se fait en Ouganda ou la création de clubs d’observance aux traitements comme en Afrique du Sud», relève-t-il.
Autre point évoqué dans la prise en charge, la différenciation des soins. Cette innovation est proposée par les acteurs de la lutte comme une stratégie majeure. «La différenciation des soins vise à fournir un cadre pour de nouvelles prestations de services. Elle simplifie et adapte le paquet de soins en fonction des besoins du patient tout en réduisant les charges inutiles sur le système de santé en fournissant des soins différenciés», explique-t-il. Elle permet, estime Pr Sow, au système de santé de recentrer ses ressources sur ceux qui en ont le plus besoin «surtout que nous sommes dans un contexte de raréfaction des ressources». Pour le spécialiste, l’application WhatsApp devrait être mise à contribution dans la réponse. Selon lui, certains laboratoires ont utilisé WhatsApp pour rendre des résultats et d’autres structures sanitaires pour le rappel des rendez-vous. Alors que pour l’évaluation de la charge virale, fondamentale pour juger de l’efficacité du traitement, «il faudra mettre à la disposition et faciliter l’accès à la charge virale dans une approche décentralisée», con­clut-il.
Pour la 2ème édition des Journées scientifiques Sida, 514 experts, venus des 14 régions du Sénégal, y ont participé et présenté 90 présentations orales. Une prouesse, selon Dr Safiétou Thiam, direc­trice exécutive du Cnls.
ndieng@lequotidien.sn

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