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La chercheuse américaine Catherine Appert a retracé l’histoire du rap sénégalais depuis ses débuts à nos jours, en essayant de faire ressortir ses caractéristiques, les différentes mutations sur le plan musical et artistique. La question de l’utilisation des instruments locaux était au cœur des échanges lors de la cérémonie de dédicace de son livre intitulé «Dans le rythme du rap. Musique, mémoire et changement social au Sénégal».

L’utilisation des instruments traditionnels dans le rap ou mélange du hip-hop avec le mbalax a alimenté les débats ces dernières années, provoquant des clashs, quelques disputes entre rappeurs. Ces instruments sont pour certains artistes un moyen d’élargir leur public sur le plan national d’abord où le mbalax constitue un rival de taille et de l’exporter à l’international comme l’on fait les Nigérians avec l’afrobeat. Mais pour les militants du rap pur et dur, les instruments locaux dénaturent le hip-hop. Par conséquent, des clans s’étaient formés : On parlait des dénonciateurs, «rappeurs engagés», «real» ou les rappeurs de la banlieue contre ceux qui faisaient de la «musique commerciale», des «fakes». «Les rappeurs avec lesquels j’avais le privilège de travailler voyaient la localisation musicale comme quelque chose de très important», déclare la chercheuse qui s’était rapprochée des rappeurs sénégalais pour écrire sa thèse de doctorat sur le hip-hop sénégalais. «Le rap américain est également localisé avec des styles correspondants aux villes et aux côtes, Est et Ouest, ou ce qu’on appelle la troisième côte qui est au Sud des Etats-Unis», a-t-elle ajouté, lors de la cérémonie de dédicace de son livre au Centre de recherche ouest africain (Warc).
Le rappeur Simon, modérateur de la cérémonie, faisait partie des artistes qui revendiquaient le hip-hop à trois tempos. Il a apporté des témoignages poignants. «Il y avait beaucoup d’aliénations. A l’époque, nos grands frères (rappeurs) nous dictaient la philosophie du hip-hop. Et c’est quand nous avons commencé à voyager, à rencontrer d’autres artistes, à voir d’autres types de concerts, à lire les interviews de certains hip-hopeurs que nous idolâtrions, que nous nous sommes rendu compte que les choses sont différentes. Quand on était plus jeune, on idolâtrait les Dmx, Onyx, etc, mais quand nous sommes partis aux Etats-Unis, nous avons découvert que ces gens sont des drogués, des soulards. Nous nous sommes rendu compte que ce n’est pas ça être real, que ce n’est pas notre culture. Et pour cela, aujourd’hui, j’ai un grand respect envers Fata. Il avait raison sur pas mal de choses et le résultat en est qu’il est toujours là.»
Pour le patron du label Jolof for life, «l’essentiel, c’est le message qui est lancé dans le rap». En effet, Fata a révolutionné le rap sénégalais en osant inviter en featuring des mbalaxmen avec des rythmes du mbalax. El Présidente était considéré pour cela par bon nombre de rappeurs comme quelqu’un qui «bafoue les règles du hip-hop», un «Fake» (faux) qui a viré dans un autre genre musical.
Malgré toutes les critiques subies, il a réussi à s’imposer. Aujourd’hui, la plupart des artistes qui ne voulaient pas sortir du carcan hip-hop pur et dur utilisent les instruments traditionnels comme le balafon, la kora ou le tam-tam avec des thèmes plus variés et des tempos différents.
Stagiaire

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