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«A boire, à boire, par pitié.» C’est là, le hurlement de détresse des populations de la commune de Ngoundiane, qui s’étaient donné rendez-vous, ce dimanche, au puits du quartier Ngoundiane Peye, pour solliciter l’approvisionnement correct en eau de leur commune.

«Ici, trouver de l’eau relève d’un vrai parcours du combattant. A présent, on se lève à l’aurore pour assiéger les puits comme au temps de nos grands-parents. Du fait de la rareté de l’eau, nos foyers endurent une souffrance inimaginable», rapporte Ndèye Tine, au milieu d’une foule réclamant à tue-tête le précieux liquide. «De l’eau, de l’eau», se lamentent, en chœur, les bonnes ménagères et les élèves massés aux alentours du puits du quartier Ngoundiane Peye. Un foulard rouge sur la tête, Mme Tine estime que la coupe est pleine. «On ne peut plus se doucher, ni boire à satiété, ni rien faire d’autre. Cette situation, on en a marre. Il faut que les autorités prennent leurs responsabilités et fassent revenir l’eau au plus vite», dit-elle. Sa voisine, Daba Thiaw, rouge de colère, se détache de la foule pour exprimer sa complainte : «Cette situation est lamentable et indigne de nos autorités.» La mine déconfite, elle confie : «Cela fait des années que nous peinons à approvisionner correctement nos maisons. Nous sommes fatiguées d’être à la recherche du liquide précieux. On se demande comment peut-on parler d’émergence dans un pays où il n’y a pas d’eau. Nos toilettes infectent, même pour faire à manger, c’est le chemin de croix.» Comme elles, les élèves de la commune, qui vivent la même galère, se désolent : «Les dimanches, au lieu de réviser nos leçons, nous prenons d’assaut les puits pour laver le linge et faire d’autres travaux ménagers. C’est un calvaire que nous sommes en train de vivre et qui impacte nos résultats scolaires. Parce que les corvées d’eau sont pénibles et si nous sommes fatigués nous avons plus la force d’étudier.» Excédées par la situation, les populations font dans la menace. «Nous irons jusqu’au bout de notre combat.» Bouillant, Modou Gningue, président du mouvement «Terangua», lui, indexe «l’incompétence du maire de la commune de Ngoundiane à régler le problème». Il s’étrangle : «Nous ne pouvons pas décrire le degré de souffrance des femmes et des élèves de Ngoundiane.» Il s’indigne et dénonce la «désinvolture de l’autorité municipale» face au manque d’eau dans leur localité qui dure depuis 2014. «Et pour régler le problème, il a construit le plus mauvais forage sur le plan technique de l’histoire du Sénégal», ce qui montre, selon Modou Gningue, son «incompétence». Et de lâcher : «C’est un banquier qui ne s’intéresse qu’à l’argent et au calcul. Il ne sait pas comment gérer une commune.» Ainsi, il demande aux populations de Ngoundiane de prendre leur destin en main, lors des prochaines élections locales de 2019, afin d’élire à la tête de la mairie un dirigeant qui pourra régler les problèmes des populations. Son camarade du mouvement Térangua, Dame Tine, lui revint sur le problème d’eau à Ngoundiane pour signaler que la demande est supérieure à l’offre. «Nous avions ici un forage construit en 1983, qui fonctionnait à merveille, mais cela fait des années que ledit forage ne peut plus alimenter la population. Lorsque le problème était devenu intenable, les autorités municipales ont construit un autre forage dont l’eau était impropre à la consommation.» Pour preuve, dit-il, «même les animaux refusaient de boire l’eau de ce nouveau forage». Pis, poursuit-il, «la consommation de cette eau par les populations qui n’avaient pas les moyens d’acheter de l’eau a eu des conséquences graves pour leur santé». Dame Tine tonne à nouveau : «Il y a une incapacité ou plutôt une négligence totale des autorités locales de Ngoundiane à gérer ce problème. Nous les avons alertées à plusieurs reprises et cela depuis des années que le problème perdure. Et depuis elles n’ont fait aucun effort pour essayer de résoudre le problème.» Ces raisons poussent les populations à lancer directement un appel solennel au Président Macky Sall pour résoudre le problème d’approvisionnement en eau potable de leur localité. Car, «c’est un paradoxe que Ngoundiane fasse partie des premières communes du Sénégal et qu’elle ne puisse, jusqu’à présent, régler le problème d’eau».
nfniang@lequotidien.sn

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