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Des événements culturels reportés, des institutions aux portes closes, des pratiques artistiques interrompues, tel est de nouveau scénario de l’impact de l’évolution rapide de la pandémie du Covid-19 sur le secteur de la culture. Jouant leur survie contre les mesures du gouvernement, les acteurs de la culture ont tenu hier leur sit-in à la Place de la Nation, malgré l’interdiction préfectorale.

Les acteurs culturels ont haussé le ton après les nouvelles mesures restrictives qui impactent principalement leurs activités. Malgré la médiation de l’artiste et ministre-con­seiller Youssou Ndour, les artistes musiciens ont tenu leur sit-in de protestation hier. Ils se sont rassemblés à la Place de la Nation pour manifester contre la décision de prolonger la fermeture des lieux culturels pour cause de Covid-19, dénonçant le mépris du gouvernement à leur égard. Aucun dispositif sécuritaire n’a été constaté sur les lieux. Pas même un policier pour assurer la sécurité des artistes. «Nous voulons travailler», «Pensez un peu à nos familles», ont scandé les manifestants à la Place de la Nation tous assis à même le sol. Certains brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «La culture, un levier de développement», «Ligueey reekk lanu beug», «Rendez-nous notre dignité», «Non à la discrimination», «On a tous droit au travail», «Sauvons la culture je m’engage», «Annulation des dettes fiscales des artistes, des entreprises culturelles et des organisateurs de spectacles», «Un Sénégal pour tout et pour tous».

Daniel Gomes : «Nous ne nous battons pas pour travailler pour les fêtes»
Coordonnateur de la Coalition des acteurs de la musique (Cam), Daniel Gomes explique les revendications des artistes, lesquelles sont entre autres l’allègement ou l’annulation de la dette fiscale des entreprises culturelles, la mise en place de la commission de contrôle, l’indemnisation des acteurs culturels et l’ouverture des salles de spectacles, une mise en œuvre immédiate du plan de relance, le respect du paiement des redevances, du droit d’auteur et des droits voisins par les radiodiffuseurs, une mise en place d’un fonds de garantie pour la culture. «Je veux qu’on soit très clair. Nous ne nous battons pas pour travailler pour les fêtes. C’est un non-sens. Nous nous battons, parce que cela fait 10 mois que nous ne travaillons pas et c’est vrai que la goutte d’eau qui a fait débordé le vase c’est que la période des fêtes est celle où on est censé se faire un petit peu d’épargne parce qu’après janvier et février, c’était très compliqué pour les artistes. Nous voulons travailler. Qu’il y ait fête ou non, les marchés sont ouverts et ce sont des lieux de rassemblement. Si on a jugé utile d’ouvrir les écoles, c’est parce que quelque part ils se sont dit que c’est possible en respectant les mesures barrières, de travailler et pourquoi pas nous. C’est la seule question.» Pour la patronne de la Société de gestion des droits d’auteur et droits voisins (Sodav) Ngoné Ndour, les artistes ne sont pas dans les dispositions de déposer les armes. «Nous allons continuer le combat. Nous irons jusqu’au bout», prévient-elle.

Absence des ténors
Ceux qui ont pris part à cette manifestation ont essayé de respecter les gestes barrières, mais cela n’a pas été possible. La distanciation physique n’a pas du tout été respectée. «Ce sit-in est symbolique. La chose la plus importante, c’était de marquer le coup et on l’a fait. Maintenant, la balle est dans le camp des autorités. Nous espérons qu’elles prendront en compte nos revendications», plaide Gunman Xuman. Alioune Mbaye Nder, le leader de Setsima Groupe, était aussi de la partie. «Ce n’est pas évident de rester des mois sans rien faire. Nous n’avons que notre art pour vivre. Nous sommes responsables et nous ne favorisons pas la propagation de la maladie. Nous demandons juste aux autorités de nous encadrer afin qu’on puisse dérouler nos activités. Nous leur demandons d’alléger les mesures», a-t-il martelé.
Aïta Senghor, représentante de l’Association des femmes musiciennes du Sénégal (Afms) et venue de Mbour, est troublée par le mépris des gouvernants à l’égard de la culture qui est, selon elle, sans cesse reléguée au second plan. «Nous les artistes quand la pandémie était là, on est sorti, on a fait des chansons, on a fait des sensibilisations, on a pris ce qui nous restait comme argent et on a acheté de la connexion pour pouvoir parler au monde, aux enfants, notre Nation. Aujourd’hui, on devait être les premières à travailler je pense. Et là on nous interdit de le faire. Il y a une perte énorme pour nous les artistes en ce mois de décembre. J’ai honte, moi Aïta Senghor, d’être artiste au­jourd’hui», s’indigne-t-elle. Pour limiter la propagation de cette nouvelle vague de Covid 19, le ministre de l’Intérieur Antoine Félix Diome avait ordonné la fermeture de ces lieux de rassemblement. Une mesure qui intervenait au moment où les artistes reprenaient petit à petit leurs activités.

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