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Depuis plus d’une décennie, voire même deux si nous remontons au fameux congrès dit «sans débat» de 1996, et même bien avant, avec l’avènement en 1981 de M. Abdou Diouf à la tête du pays et du Ps, le parti de Léopold Sédar Senghor vit dans la tourmente.
A l’origine a été, reste et demeure toujours le manque de démocratie interne surtout dans la promotion des cadres ou plutôt dans la nomination-dévolution à des postes, à des responsabilités et c’est ainsi dans la plupart ou quasi-totalité des formations politiques du Sénégal. Conséquences majeures et désolantes : l’atomisation et la création par des frustrés de partis lilliputiens ironiquement appelés partis «cabines téléphoniques» et si je ne m’abuse, notre pays en compterait plus de 140. Bizarre, si ! Surprenant, non ! A coup sûr, ridicule !
Les crises cycliques et diverses ont qui jalonné la vie des partis tels le Pai de Majmouth Diop, le Pds de Abdoulaye Wade, le Rnd de Cheikh Anta Diop, le Ps sous Abdou Diouf ont fait naître tellement de formations politiques qui, en fait, ne pesaient rien ou peu. La situation perdure encore en 2017, au point de susciter l’indignation dans le microcosme politique. On en propose la réduction du nombre. Mais comment ? Là est la question, car nombre de ces partis n’ont jamais participé à une quelconque élection sauf dans une coalition «yobbaaléma».
La responsabilité incombe essentiellement aux politiciens, imbus de leur ego démesuré et avides de pouvoir qui passent très souvent par l’ascenseur de l’administration centrale du fait de leurs responsabilités étatiques/administratives et entrent par effraction dans la formation politique au pouvoir en général. Ils y passent quelque temps, distribuent quel­ques sucettes à leurs relais locaux, squattent certains médias et s’arrogent la qualité de seul et unique responsable représentatif à la base et de ce fait, usurpent le titre de barons, alors qu’en réalité ce sont des nains ou des cadavres politiques. Tel est le «modus operandi» par lequel sont passés bon nombre de politiciens du Sénégal pour arriver au sommet et compter, comme ils disent. Le Ps n’a pas échappé à cette malhonnêteté et à ces pratiques malsaines ; voilà pourquoi ce «grand» parti patauge dans la boue, au point de pousser ses dirigeants actuels de procéder à de «l’infanticide» en livrant ses enfants, ses jeunes à la police et à la justice. Ces enfants-là sont ceux dont les papas et mamans ont contribué pécuniairement puis organisé des manifestations sportives et culturelles (lutte, soirée) pour lever des fonds afin d’édifier la Maison du parti de Colobane (L’Ups tenait ses congrès au cinéma Al Akbar de Usine Niary Tally). Feu El Hadji Ameth Diène, père spirituel en politique du courageux et valeureux maire de la Médina, Bamba Fall, et feu Amadou Racine Ndiaye, père biologique de Bira Kane Ndiaye en étaient. Cinq décennies plus tard, ironie de l’histoire, l’accès est interdit à leur progéniture. Le portail fermé et cadenassé. Pis, une dizaine de jeunes, du fait de leur proximité avec M. Khalifa Ababacar Sall, sont embastillés sous le fallacieux motif de tentative d’assassinat. Ou plutôt pour avoir réclamé la démocratie. Surprenant, non ! Bizarre, oui ! Tout de même.
Il nous semble que ces politiciens de type nouveau, «quotataires ou prébendiers», très regardants sur les privilèges et les honneurs, actuellement à la tête du Ps, ne se soucient guère de l’avenir de notre parti. Ils sont devenus très bizarres, trop complaisants ou hyper connivents à la limite, car ils ont une soif de domination, d’avoir, de notoriété, de popularité, quel qu’en soit le prix à payer ou le sacrifice à consentir. Une sagesse bien de chez nous avertissait pourtant : «Mussibay njiit mooy, ku far ak yaw nga fatt ko, ku farul ak yaw nga faagaagalko mba nga faat ko.» Machiavel ne disait-il pas «…La soif de dominer est celle qui s’éteint en dernier dans le cœur de l’Homme…». Ceci donne raison à un acteur majeur du champ politique sénégalais alors n°2 du Pds, M. Idrissa Seck, qui soutenait en 2000 après la survenance de l’alternance, lorsque les alliés d’alors avaient des prétentions démesurées en  réclamant au Président Me Wade plus de postes et de responsabilités… «…qu’il faut se garder de donner à une fourmi la part de l’éléphant et vice-versa…» Et pour préserver leurs strapontins et jouir pleinement des privilèges corrélés, ils ont accepté de jouer des rôles sombres, tenus des discours mensongers et hypocrites (promesses de candidature et listes propres du Ps lors des prochaines échéances législatives et présidentielles) et endormi les militants qui avaient placé leur confiance en eux.  En somme, ils ont trahi et déçu. Tous passeront devant le tribunal de l’histoire et auront sur la conscience, s’il leur en reste encore un bout, l’effritement, la déliquescence et plus tard la mort de notre patrimoine historique, commun à tous les Sénégalais.
Les partis politiques, il me semble, naissent avec une tare congénitale au Sénégal. Jamais la question de l’alternance interne  dans le top management n’y est sérieusement et rigoureusement abordée. Et c’est ainsi. Pourquoi avoir peur de se compter à travers des consultations, avec le vote effectif des militants et sympathisants ? Pourquoi être frileux lorsqu’il faut se peser et se soupeser ?
Ce qui heurte et révolte le plus, c’est qu’il existe pourtant des solutions simples, faciles à entreprendre dans leur mise en œuvre ; les Primaires en sont l’illustration la plus parlante et la plus convaincante. Aux Etats-Unis, en France et ailleurs, cela se pratique. C’est fort possible au Sénégal ! Dès lors, le parachutage politique sera révolu. Tous ceux qui seront en mal de représentativité, de légitimité populaire, qui auront un déficit d’image, d’affection et/ou de communication, débarrasseront le plancher. Ils doivent se rendre à une autre évidence, au Sénégal et ailleurs, le vote des électeurs est plus affectif qu’autre chose «Fii ci sunu reew, da nuy tann ki niu beugue». Un point, un tiret.
Ce qui chagrine le plus est le lourd silence des Sages du parti. Silence assourdissant ? Complice ? A l’exception du Doyen El Hadji Mansour Mbaye, personne parmi eux n’a élevé la voix, ni montré la voie à suivre. Bizarre, non ! Surprenant, oui ! En effet.
M. Abdou Diouf à qui, avant sa nomination à la Primature en 1970, on ne connaissait aucun fait de militantisme avéré, il n’avait pas auparavant acheté de carte de l’Ups, s’est retrouvé n°2 du parti par la volonté exclusive de L. S. Senghor. Celui-ci voulait contenir les ardeurs de nombreux barons de l’époque (Amadou Cissé Dia, Alioune Badara Mbengue, Maguette Lô, Daouda Sow, Pr Assane Seck, André Guillabert, Abdoulaye Diaw Chimère, Ameth Diop, Babacar Ba, Mamba Guirassy et tant d’autres… etc.) qui lui reprochaient d’avoir «sauté» leurs générations (celles des années 1910 et 1920) pour le choix du Pm.
Dix années plus tard, L. S. Senghor abdiqua de sa charge de Pr et Diouf se retrouva aux commandes du Sénégal (art.35). Le contrôle du Ps devint alors un enjeu terrible entre les «Senghoristes» et les «Dioufistes». Les premiers voulaient maintenir Senghor à la tête du Ps, les seconds voulaient que leur mentor ait les mains libres en disposant du parti. Senghor dut se résoudre à prendre sa retraite politique. Constat : 1ère alternance non démocratique au sommet du parti.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, 20 ans plus tard, Abdou Diouf, débordé de toutes parts par des «nains de politiciens» que j’évoquais plus haut, organisa le congrès de 1996, qui institua le poste de président du parti et installa O.T. Dieng comme 1er secrétaire du Ps et de façon cavalière et de manière anti-démocratique ; d’où le qualificatif de «Congrès sans débat». Constat : 2ème alternance non démocratique.
Toutes ces successions illégitimes ont drainé à leur suite des conséquences fâcheuses : départs et démissions en cascade, gel progressif d’activités militantes etc. de vrais et grands militants, au parcours exceptionnel dans leur militantisme. Considérés comme les dignes héritiers de L.S. Senghor, ceux-là ont choisi de partir et de monter leur propre parti. Ainsi, des flancs du Ps jaillit plus d’une dizaine de partis politiques avec des leaders ayant bu à la source, cheminé, vécu et grandi dans le Ps, tels que Djibo Kâ, Moustapha Niasse, Robert Sagna, Abdoulaye Makhtar Diop, Souti Touré, Mbaye Jacques Diop, Ahmet Saloum Boye, Mamadou Diop le maire et, qui sais-je encore ?
Dès lors, comment peut-on espérer garder un pouvoir si ceux-là censés avoir de la représentativité dans leurs terroirs respectifs, en plus de leur carrure nationale, sont discriminés, houspillés, contraints et réduits au silence et poussés vers la sortie par des nains vierges politiques, militants de la 25ème heure ? Au lieu de travailler à retenir des pans entiers qui tombaient et penser à les rassembler, OTD pensait plus à se «réseauter» avec ces «nains politiciens» en mal de représentativité et de base. Lui-même n’a-t-il pas bénéficié de la création de toutes pièces d’une coordination dite rurale pour disposer d’une base politique ? Ses hommes à lui par la suite s’identifiaient, tel dans clubs des années 70 de «Tanor’s boys». Ce qui devait arriver arriva : la chute libre continue depuis lors. En 2000, Abdou Diouf était à 42% (4 Sénégalais sur 10). En 2012, O.T. Dieng est à 11%(1 Sénégalais sur 10). La preuve par les chiffres, si ce n’est pas une «bérézina», ça y ressemble. Au sortir de la Présidentielle de 2012, devant le coalisé en chef «marron-beige», il a pris l’engagement ou plutôt fait le serment de ne plus se compter. Il n’osait plus.
De mon point de vue et je souhaite me tromper, il semble que du temps de la splendeur du Ps, tous ceux qui avaient abandonné le vaisseau vert avaient manqué de courage politique. Ils sont tous responsables mieux ils sont coupables de cette situation pour n’avoir pas agi et réagi, de s’être tus, d’avoir fait le dos rond pour ne pas déplaire au prince : le résultat est là, peu reluisant. Quitter le Ps en cette période c’est trahir ! Allons donc Khalifa et vous autres camarades ! Pour faire bouger les lignes, pour restaurer la légalité et la légitimité historiques, pour sauver «le soldat Ps» et pour incarner les valeurs que nous prônons «urbi et orbi», restons et battons-nous, car nous avons la vérité donc la durabilité avec nous alors que ceux d’en face ont opté pour l’aléatoire, le périssable donc la finitude, ils se sont servis du Ps, ils ne l’ont jamais servi. Ils doivent se rendre à l’évidence et savoir que l’Ups/Ps a une histoire à laquelle ils n’ont point participé ou contribué à reluire et c’est pourquoi véritablement ils veulent saborder le navire Ps et brader l’héritage des pères fondateurs et des anciens.
Aux dignes héritiers qui y croient, je dis et clame que le seul combat qui vaille se fera de l’intérieur et nulle part ailleurs. MM. Djibo Kâ, Moustapha Niasse et tant d’autres l’ont appris à leurs dépens ; ils ont quitté la maison du père, ont créé leur parti, ont connu un très bref succès et sont retombés sur leurs illusions et dans l’oubli pour certains d’entre eux. Voyez vous-même où ils en sont aujourd’hui ! A faire du «yobbaaléma» ou «loo wax loolu la» sans doute. Restons et battons-nous pour des valeurs de socialisme, de solidarité, de justice, d’équité, c’est-à-dire s’activer pour la politique à visage humain et non faire dans l’activisme pour des sinécures. Donc, nous voilà avertis et à bon entendeur, salut !
Pour conclure, la mobilisation active et massive des militants et sympathisants de tous âges et celle en particulier de jeunes Socialistes ces jours derniers, dénonçant et faisant face à l’injustice, à l’oppression, à la forfaiture et aux contre-valeurs, montre que le Ps est loin d’être moribond et permet d’espérer. Les enseignements appris des pères fondateurs et les valeurs qu’ils nous ont léguées continueront toujours à nous servir aussi bien de sève nourricière que de repères, mais aussi de socle pour gagner notre pari, celui de remettre notre parti, le Ps, sur la voie du redressement au bénéfice du Sénégal et de ses vaillants fils et filles. Comme viatique, nous avons fait et ferons toujours nôtres les conseils prémonitoires du Pré­sident-poète L.S. Senghor, en guise d’adieu et de testament, lors de son dernier message à la Nation du 31 décembre1980 : «…Un avenir prometteur s’ouvre à notre pays si, encore une fois, nous savons être, non seulement plus unis sur l’essentiel, mais encore plus attentifs et réfléchis, plus méthodiques, plus organisés, plus travailleurs. Si nous savons également maintenir la démocratie…» Pour un Ps debout ! Vive le Ps ! Vive le Sénégal !
  Modou DIOUF
Secrétaire Général Section communale PS
 Touba Toul  

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