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Le Sénégal a réussi des taux de croissance supérieurs à 6% ces deux dernières années. Mais la route vers l’émergence est encore semée de contraintes. Le Pr Abdoulaye Diagne, directeur exécutif du Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), a fait le diagnostic de ces contraintes à l’occasion du 2e forum de la recherche économique et sociale du Cres.

Pendant deux années de suite, le Sénégal a dépassé les 6% de croissance avec 6,5% en 2015 et 6,7% en 2016.  Une croissance forte mais qui, selon le Pr Abdoulaye Diagne, directeur exécutif du Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), repose encore sur des bases fragiles. D’après le chercheur qui s’exprimait hier à l’occasion de la 2e édition du Forum de la Recherche économique et sociale, de nombreuses contraintes entravent encore le développement du pays. «Le Sénégal a une croissance forte tirée par l’agriculture et les investissements publics, mais la question qui se pose est un problème de soutenabilité.» De l’avis du Pr Diagne, si le Sénégal aspire à une croissance soutenue de plus 8% par an, de nombreuses contraintes devront être levées. Parmi ces contraintes, le niveau élevé du déficit budgétaire et le poids du secteur informel. M. Diagne explique également, que la concentration de la charge fiscale sur un petit nombre de contributeurs ne favorise pas l’élargissement de l’assiette fiscale, ce d’autant plus qu’il existe des niches non encore explorées comme le tabac, le riz importé, les mines ou les taxes environnementales.  «Nous avons un taux de prélèvement fiscal autour de 20, 21%. C’est bien, mais tous les pays qui ont atteint l’émergence ont des taux bien plus élevés. Cela veut dire qu’il y a des réformes à faire pour permettre à l’Etat de disposer davantage de ressources propres pour réaliser des investissements», souligne le directeur exécutif du Cres.
L’amélioration du climat des affaires est un chantier que le gouvernement a engagé, mais selon le patron  du Cres, les coûts élevés de l’énergie, du transport et de l’internet font que le Sénégal continue à être peu attractif pour les investisseurs privés. De même, le faible accès des Petites et moyennes entreprises (Pme) aux marchés publics du fait de la complexité des cahiers des charges ainsi que l’absence d’une politique de sous-traitance, plombent l’investissement. C’est dans ce même registre qu’il faut inscrire les problèmes de l’Administration. Dans ce secteur, le Pr Diagne pointe le non-respect des critères de compétence et de mérite dans la nomination aux postes de responsabilité et le manque d’impartialité dans les décisions de justice. Dans le domaine de l’éducation, il souligne l’inadéquation entre la formation et l’emploi. «Nous avons besoin d’un système éducatif plus orienté vers la formation professionnelle et vers les métiers dont les entreprises ont besoin. Et cela doit passer par une formation moins théorique», dit-il.

Radioscopie des deux ans de mise en œuvre du Pse
Le Cres, qui organise la deuxième édition de son forum, a axé la réflexion sur le thème : «Le Plan Sénégal émergent face au défi de la croissance inclusive.» A ce propos, indique le directeur général de la Planification et des études économiques, Pierre Ndiaye, «le Pse a placé l’économie sénégalaise sur une nouvelle trajectoire de croissance, mais qui reste à être consolidé, grâce à un secteur privé dynamique». M. Ndiaye précise que «c’est la première fois, en 40 ans, que le Sénégal atteigne une croissance aussi forte sur deux années de suite». Cette performance est due, selon lui, à la bonne tenue des recettes budgétaires, mais aussi à la qualité de la dépense publique. Avec un niveau d’Investissement direct étranger (Ide) qui a atteint les 3% du produit intérieur brut, le Sénégal enregistre les résultats des efforts réalisés dans l’amélioration de l’environnement des affaires, affirme M. Ndiaye.
Ces deux journées consacrées au Pse vont ainsi permettre de «marquer un temps de réflexion sur ce qui a été fait dans le cadre du Pse et de voir ce qui devrait être fait dans les deux prochaines années», explique le directeur exécutif du Cres.
mamewoury@lequotidien.sn

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