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Etre naturel, l’homme est issu de la création. Par sa fonction reproductrice, il participe au processus qui l’a engendré. Il est ainsi le vecteur de la perpétuation de l’humanité.
D’être naturel qu’il est à l’origine, à sa naissance plus précisément, il devient un être culturel du fait de son appartenance à la société. Celle-ci est l’entité sociologique qui l’intègre dans ses structures et le façonne à son image.
L’être humain, donc d’essences naturelle et culturelle, est une créature dotée de prédispositions à l’état de potentiel qui sont stimulées au cours de son existence. C’est au sein de la société, la communauté de ses semblables, que lui sont transmis ou qu’il acquiert les savoir, savoir-faire et savoir-être, selon des déterminants qui forgent les référents identitaires et impriment les particularismes du groupe.
Par ses capacités intrinsèques, physiques, cognitives et créatrices, l’individu, dans une dynamique sociétale, transforme la matière constitutive de son environnement naturel qui se décline dans ses différentes textures. Son milieu naturel est donc l’espace vital qui contient les éléments atmosphériques et les ressources qu’il exploite, lui permettant de subvenir à ses besoins essentiels. Cet espace englobe les conditions et les déterminants qui lui procurent les possibilités de transformer son quotidien dans une temporalité et un environnement technologique en évolution.
Le produit de l’activité humaine qui est le résultat d’un processus cognitif est la valeur ajoutée de l’être humain à la nature. Cet apport est la culture dans son sens le plus large. Il est la somme des performances issues des dispositions naturelles ou acquises de l’homme, être hybride aux capacités imbriquées. Ce capital culturel est accumulé dans la temporalité et dans un espace déterminé, identifié comme un territoire spécifié par des composants physiques.
Le fait culturel est donc l’expression par excellence de la société. La culture, à l’image de la société qui la secrète, n’est pas figée, elle n’est pas statique. Elle est en évolution dans le temps et en diffusion dans l’espace.
La culture s’inscrit dans une dynamique dialectique. Par nature conservatrice, la société essaie de reproduire son identité originelle. Elle se réfère à son passé par ses coutumes, ses références et ses rituels. Parado­xalement, elle engendre en même temps ses propres facteurs d’évolution. Elle opère systématiquement des mutations dans le rapport qu’elle entretient avec les réalités. La société réalise une évolution linéaire ou cyclique, régressive ou progressive en fonction des innovations, contradictions ou crises qui jalonnent le vécu social.
Chaque société, à son rythme et en fonction de ses capacités, tente de satisfaire les besoins de ses membres suscités par l’existence, l’expérience et les aspirations. Dans son évolution historique, elle développe un processus d’acquisitions et de pertes de contenus culturels. Elle laisse des traces, accumule un patrimoine matériel ou immatériel et s’attelle à une création permanente de contenus en termes de sens, de valeurs et de biens.
Au-delà de ses déclinaisons identitaires, la culture assume une dimension symbolique et en vertu de son caractère englobant, elle exerce des fonctions sociales et économiques pour les membres du groupe.
En contrepartie, la structuration sociale impacte la production culturelle. Elle interfère dans la division du travail et de la production en général. Elle est déterminante dans les facteurs qui influent sur les convergences et les divergences culturelles. La diversité des entités socio-culturelles et celle des expressions culturelles révèlent les spécificités structurelles de la société, les déterminants du milieu de vie et les conjectures de l’histoire.
Les sociétés et les individus qui sont les acteurs de l’histoire provoquent dans leurs aventures humaines des situations de contact qui influent diversement sur les sociétés et leurs cultures respectives. De ces contacts hostiles ou amicaux émanent des phénomènes culturels comme le métissage, l’acculturation ou l’assimilation. Egalement se dessinent des rapports de forces, de domination ou d’assujettissement qui développent une hiérarchisation culturelle et des complexes sociaux de classe ou de catégorie qui sont des considérations d’ordre subjectif. Ces mêmes contacts, dans un contexte pacifié, peuvent être porteurs d’échanges et de dialogues culturels constructifs.
Par ailleurs, la société élabore des formes d’expression variées. Elles sont véhiculées et perceptibles à travers les langues et langages, les signes et divers moyens de communication et de manifestation. Ces expressions sont également liées aux savoir-faire, aux avancées technologiques et scientifiques, aux œuvres, créations et performances artistiques. Les expressions culturelles sont aussi perceptibles dans les actions, comportements, attitudes et habitudes. Elles s’inspirent de l’environnement, des mentalités, de l’imaginaire, des représentations, perceptions et aspirations, mais également des pensées et sensations entre autres…
La religion par essence émane d’une puissance supérieure. Généralement, une force surnaturelle incarnée par Dieu, Maître de l’Univers, Créateur des êtres ou d’entités spirituelles supérieures, selon les religions et les sociétés. Elle est toutefois destinée aux humains assujettis aux mystères de la création.
La religion décline les principes de vie qui lient l’être humain, perçu comme élément du cosmos, à son créateur et aux autres éléments constitutifs de l’univers. Elle organise, dans un cadre communautaire, la vie des croyants selon des préceptes qui déterminent le lien spirituel avec le créateur, sous le sceau du sacré et de rituelles collectives, ainsi que les relations entre croyants.
La religion est aussi un discours, un ensemble de croyances et de pratiques d’ordre métaphysique qui sont transmises par des intermédiaires aux destinataires qui s’identifient à une communauté religieuse. Ces intermédiaires, élus, choisis ou autoproclamés sont reconnus et sacralisés en fonction de la nature de leurs missions. Si son essence est d’ordre supérieur, métaphysique ou divin, le message religieux est rapporté par des humains et les pratiques religieuses sont exécutées par les hommes.
L’être humain se place dans la dualité du temporel et du spirituel avec son lot d’incertitudes et de doutes qui assaillent la destinée des mortels. L’homme a un pouvoir restreint sur la nature qui lui permet de jouir des commodités matérielles et immatérielles qui facilitent son existence. Il est toutefois à la quête d’une dimension spirituelle qui le propulse dans la plénitude de son essence. Un effort qu’il accomplit en vue de transcender sa condition humaine, d’éviter l’enfer réservé aux mécréants et d’atteindre le paradis, ce monde idéal promis aux fidèles.
La religion trace la voie du salut, de la félicité pour les fidèles récompensés dans l’au-delà céleste pour leurs œuvres de piété dans la vie terrestre d’ici-bas. Le croyant trouve dans la religion un refuge et un bonheur spirituel lors de son passage dans ce monde imparfait, théâtre d’une existence difficile et éprouvante. Exposé aux tentations, soumis à ses désirs, il use de son libre arbitre, assume sa responsabilité, à l’aune des prescriptions et interdictions, en vue de choisir entre le bien et le mal. Cet être vulnérable n’a pas d’emprise certaine sur les vicissitudes de la vie ni un contrôle exclusif de son destin. Il mesure toute la fatalité qui enveloppe son existence. Il se soumet à la volonté de son créateur miséricordieux qui rétribue ses efforts dans l’endurance, la foi et la piété salvatrices.
Ainsi, subséquemment à cette immanence divine, la croyance qui donne à la religion son importance et son sens relève de l’être humain. Par conséquent, il constitue un fait social, donc culturel. La religion génère de la culture qui elle-même nourrie et transforme la religion.
La religion est pratiquée par les êtres humains qui l’adaptent à leurs réalités. Elle est également un facteur de transformation et parfois de rupture constructive ou destructive dans la société. Ses principes conditionnent et façonnent les pratiques sociales. Si les convictions entretenues par une ferveur individuelle ou collective contribuent à la survie des communautés, celles-ci essaient de renforcer leur cohésion par des élaborations théologiques, des considérations ésotériques ou des récits panégyriques qui sortent de l’ordinaire et stimulent la foi. A cette production à caractère spirituelle s’ajoutent la création d’objets cultuels et l’érection d’édifices religieux qui revitalisent une identité religieuse et s’imbriquent dans l’identité culturelle. Ainsi, la religion alimente le capital culturel du groupe humain en question. Elle est génératrice de culture en usant des formes d’expression en vigueur dans le groupe. Son influence, en progression constante, contribue à une évolution culturelle et à des transformations des us et coutumes. La religion se présente souvent comme un héritage culturel, une identité pour les individus issus, à la naissance, d’une communauté de foi.
Les principes, valeurs et convictions prônés par la religion, dans un processus d’adaptation ou d’appropriation, peuvent être altérés, dénaturés voire pervertis. S’ensuivent des pratiques hérétiques qui s’éloignent d’une orthodoxie régie par des dogmes et rituels immuables. Ces invariants intemporels résistent tant bien que mal à la durée, à l’épreuve de l’histoire, aux contextes et réalités. La rigidité manifeste de la voie religieuse et les interdits suscitent généralement des contradictions qui peuvent dégénérer en conflit avec la culture originelle de l’aspirant. Un choix déchirant s’opère avec des postures qui provoquent des crises. Vice-versa, la religion est capable de raffermir des réalités culturelles qui recoupent ses prescriptions. Il n’existe pas un antagonisme de fait entre la culture et la religion, mais plutôt une régulation d’une relation dynamique et d’interaction au sein de la société.
Inéluctablement, l’authenticité du message se dilue dans les entonnoirs des interprétations et des perceptions du discours et du sens. Des pratiques conciliantes surgissent à la quête d’une harmonie entre le message codifié et les réalités sociales mouvantes. Elles contribuent à la mutation insidieuse de la religion par essence intemporelle, mais actualisée au fur et à mesure par des préoccupations ponctuelles et conjoncturelles. La religion est souvent pratiquée sous le prisme des mécanismes culturels qui ont cours dans le groupe. Ce cas de figure est à la base, à terme, de l’émergence des mouvements réformateurs ou fondamentalistes qui prônent le retour aux principes fondateurs.
D’une part, le prosélytisme religieux conduit à des attitudes hostiles de répulsion, d’aversion ou de résistance à un nouvel ordre en diffusion qui perturbe l’authenticité culturelle. Ces phénomènes sont constatés en phase d’implantation d’une nouvelle religion ou de son introduction dans une société. De cela apparaît une défiance envers les propagateurs qui se matérialise par la profanation des symboles et les comportements iconoclastes des contradicteurs de la foi.
D’autre part, la conversion suscite une adhésion à une superstructure culturelle entraînant un renoncement aux ferments de l’identité originelle. Ainsi, la religion devient un choix, une option spirituelle, une acquisition, quand elle est découverte et acceptée par le groupe social qui l’intègre en son sein au risque d’une remise en cause du substrat culturel. Elle contribue à ce niveau à l’élargissement du référentiel culturel.
Le syncrétisme est souvent préconisé pour trouver des formes subtiles d’association ou de rapprochement de phénomènes semblables ou fondamentalement divergents. Il traduit la recherche délicate d’une cohérence qui résiste difficilement à l’épreuve des faits, mais établit une commodité dans les pratiques religieuses. Cet équilibrisme qui relève d’une forme de métissage culturel confère une identité hybride qui transcende des contradictions mineures voire essentielles.
L’organisation des ordres religieux s’adapte à la société. Ainsi, les faits religieux deviennent des faits culturels. La religion développe une économie fondée sur l’agenda culturel de la communauté et conforme à ses préceptes et pratiques. L’autorité cléricale se dilue progressivement dans une sorte de pouvoir temporel qui s’implique dans les enjeux politiques et économiques. En effet la religion, au-delà de son essence spirituelle, ne peut s’éloigner des cercles de pouvoir qu’elle cherche à enrôler, à contrôler et à exercer. En tout état de cause, la religion donne naissance à une élite versée dans l’ascétisme, la mystique ou les sciences occultes et qui se détache de la masse. Elle permet l’émergence d’une aristocratie religieuse qui use de privilèges et de prérogatives à la hauteur d’une légitimité conférée par la communauté des fidèles. Le stade suprême est atteint quand la religion arrime la société et la culture dans un système étatique théocratique régi par la foi et des règles exclusivement religieuses.
Madou KANE
Historien, Gestionnaire du Patrimoine culturel
mamadoukan@yahoo.fr

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