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– Pour 27%, l’Etat ne fait que négocier en Casamance
– Selon 17%, l’intervention de l’Armée a aidé à résoudre le conflit
– Le «manque de considération économique», une des causes de la crise

Le conflit Casamançais n’est ni politique, ni éthique encore moins religieux et culturel. C’est la principale information à retenir du rapport «Sortir de l’impasse du «ni paix ni guerre» en Casamance». Qui est le résultat d’un sondage réalisé par un groupe de chercheurs sénégalais, gambiens et bissau-guinéens. 27,30% des personnes interrogées estiment que la principale action de l’Etat consiste à négocier avec le Mfdc. Ils sont 17% à considérer que l’intervention de l’Armée en Casamance a contribué à résoudre le conflit.

Le conflit casamançais n’est ni politique, ni éthique encore moins religieux et culturel. C’est la principale perception qu’en ont les 1655 personnes sondées au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. En effet, le groupe collaboratif de travail intitulé «From «No War, No Peace» to Peacebuilding in Casamance ?», qui a collecté la perception des populations sur la question du 3 au 19 mars 2019 a rendu public son rapport. Ce document «est l’un des résultats produits par une équipe pluridisciplinaire de chercheur(e)s en sciences sociales dans le cadre d’un important programme centré sur la Science citoyenne et consolidation de la paix en Sénégambie», indique le Laboratoire d’analyse des sociétés et pouvoirs/Afrique-Diasporas (Laspad) de l’Université Gaston Berger. «57% de l’effectif considèrent que la rébellion n’est pas le fait d’une ethnie en particulier et si les diolas sont la seule ethnie citée, c’est dans des proportions finalement relativement modestes (14,4% des personnes interrogées). De même, 96% des personnes enquêtées n’accolent pas de religion particulière à la rébellion», lit-on dans le rapport d’activité synthétisé.
Pour autant un point de convergence fort a été dégagé. «Toutes zones confondues, la première raison de l’entrée en rébellion est politique -la répression de la demande indépendantiste- renforcée par un sentiment d’injustice économique. Les réponses à cette question nous permettent de mettre en lumière des éléments importants. D’abord, l’item «manque de considération des représentants de l’Etat» recueille une grande attention aussi bien chez les hommes que chez les femmes interrogés dans la zone de Ziguinchor. C’est pour cette localité, qui est rappelons-le l’épicentre du conflit, la première cause de la rébellion. Ce manque de considération s’exprime d’abord dans les rapports avec une Administration hautaine et dédaigneuse, qui considère les populations du Sud à travers les poncifs dégradants de la colonisation (arriérés, sauvages, animistes). Cette violence bureaucratique, physique, symbolique et épistémique a profondément détruit les rapports des citoyen(ne)s vis-vis de l’Etat, ses institutions et ses représentants. La défiance et la distance ainsi créées prédisposent à des options en termes de contestation et d’exil et à peu de loyauté envers l’Etat postcolonial», mentionne le rapport qui est disponible en ligne.
Le rapport est catégorique : «C’est ce défaut d’intégration qui expliquerait la volonté de sortie de l’ensemble sénégalais. A la question : quelle est la principale revendication du Mfdc ? La réponse largement majoritaire est celle-ci : l’indépendance politique/l’autonomie à 65%-67%, suivie de très loin par celle d’une plus grande justice économique et sociale (2%). Les réponses liées à la reconnaissance culturelle sont quasi nulles. En effet, l’item «revendications culturelles et religieuses» est toujours la réponse d’hommes et de femmes qui sont situés hors de la zone sud et de Ziguinchor en particulier. Aucune femme et aucun homme de Ziguinchor ne donne cette raison comme source du conflit. Sur les 64.4 % de l’effectif qui répondent, 76% considèrent que la revendication indépendantiste n’est pas légitime (soit 49% de l’effectif global). A Ziguinchor en revanche, 33% des personnes interrogées pensent que la revendication est légitime (43% des hommes contre 21% des femmes). Mais c’est exactement la même proportion, 32,3%, qui donnent une fin de non-recevoir à la demande indépendantiste (32,5% des hommes contre 32% des femmes). On le voit donc, dans la zone épicentrique, la population est très également partagée mais les femmes sont plus nombreuses à rejeter la revendication d’indépendance».

Perception de l’action de l’Etat pour la paix
27,30% des personnes interrogées estiment que la principale action de l’Etat consiste à négocier avec le Mfdc. «Lorsqu’on y rajoute la promotion de la médiation, l’approche dialogique devient la réponse majoritaire (39%). Mais alors même qu’elles en font leur principale réponse, les populations interrogées ne connaissent pas les résultats de cette négociation. Plus de la moitié des personnes interrogées (52%) ignore qu’un ou plusieurs accords de paix ont été signés entre l’Etat du Sénégal et le Mfdc et 8% pensent même qu’aucun accord n’a été signé», lit-on dans le document.
Dans le même sillage, les interrogés estiment à 51% que l’action de l’Etat a «été plutôt efficace. Ils sont aussi très nombreux (44%) ceux qui estiment a contrario que l’action de l’Etat n’est pas du tout ou plutôt peu productive. Un peu moins de la moitié de la population a donc une appréciation négative de l’action de l’Etat. La désagrégation de ces données montre que cette polarisation est très clairement géographique : ce sont les personnes enquêtées dans le Sud qui estiment que les interventions étatiques ont été marquées par l’inefficacité (41% des personnes enquêtées à Ziguinchor, 36% pour les autres Sud contre 16% dans le Nord-Est) alors que plus de la moitié de la zone Nord-Est reconnaît une grande ou relative efficacité à l’action de l’Etat. Cela a des implications directes sur la confiance globale que les citoyen(e)s ont dans la capacité de l’Etat à trouver des solutions à cette crise. Ils sont 45% à n’avoir aucune confiance et partiellement confiance en l’Etat pour une résolution définitive du conflit».
De manière générale, ils sont relativement peu, parmi les personnes interrogées, à estimer que l’intervention de l’Armée en Casamance a contribué à résoudre le conflit (17%). Selon eux/elles, cette intervention a eu en revanche, comme première fonction, de contenir le conflit (22%) et ce, quel que soit l’âge ou le sexe du répondant. «Contenir le conflit», c’est-à-dire tenir celui-ci dans des limites spatiales précises, éviter son débordement, son extension mais aussi son aggravation. Et de fait, la zone du conflit n’a jamais débordé hors de la Basse et d’une partie de la Moyenne Casamance (les régions de Ziguinchor et de Sédhiou).

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