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La lecture du livre de monsieur Ousmane Sonko est une succession de déceptions pour moi. Quand j’ai reçu l’information selon laquelle le livre serait censuré, je me suis dit que ceux qui ont fait cela ont réussi à me ranger du côté de Sonko, au moins sur cette question. Depuis l’affaire Salman Rushdie, auteur de Les versets sataniques, je me suis fait un point d’honneur de lire tous les livres supposés interdits au Sénégal. Personne ne décidera pour moi les connaissances que je dois ou non acquérir. Mais ma déception fut grande quand un simple communiqué informa l’opinion que cette «interdiction» était une arnaque. Henry Lopes, auteur du roman, Le pleurer-rire, nous apprend qu’une des manières de bien vendre une œuvre est d’annoncer aux lecteurs que le livre qu’ils tiennent est interdit dans les pays suivants du fait de son contenu. Sonko et son éditeur ou son secrétaire littéraire voulaient utiliser cette arnaque. Mal­heureusement, ils ont é­choué.
La seconde déception est qu’un livre-révélation doit être facile à lire et captivant. L’auteur doit réussir la première phrase et prendre le lecteur par les parties sensibles et ne plus le lâcher jusqu’à la dernière page. La première phrase du «Manifeste du Parti communiste» a fait son succès : «Un spectre hante l’Europe, c’est le spectre du communisme.» Pour arriver jusqu’au bout du livre de Sonko qui se glorifie d’être l’homme de l’année 2016, il faut franchir au moins trois énormes écueils. Le livre débute par le manifeste du parti Pastef. Qui s’intéresse aux publications des partis politiques, sinon les militants des mêmes organisations ? Sonko, certainement, convaincu de la justesse de tout ce qui y est dit, nous l’a imposé dès le début du livre. Ensuite, le livre a le caractère barbant des mémoires d’étudiants en master. Des copies-collées et des citations à n’en plus finir. Des chiffres interminables qui font ressembler ce livre à un traité d’arithmétique et qui pousse le lecteur à souvent revenir en arrière afin de comprendre certaines données. Un flot d’informations puisées dans les sites, les documents du gouvernement et d’agences ou d’institutions internationales pour prouver que le travail de recherche est sérieux. Monsieur Sonko devait être un bon étudiant. Mais franchement qui lit les mémoires d’un étudiant, sinon les membres du jury ? Certains chapitres contiennent une forte concentration en mélatonine censée déclencher la fabrication de sérotonine, la fameuse hormone de l’endormissement. C’est d’ailleurs pourquoi les travaux de thèse sont rarement publiés par les maisons d’édition. Pour séduire, il faut réduire, pour parler comme le philosophe espagnol Balthasar Gracian.
Enfin, quand monsieur Sonko a été évincé de l’Administration, il a vite fait de sortir l’épouvantail des révélations fracassantes, puisque n’étant plus tenu par l’obligation de réserve. D’ailleurs, en vérité, cela n’a jamais été un obstacle pour lui. On était donc en droit d’attendre du nouveau. Que nenni ! Sonko a juste repris, en l’étirant à souhait, les «révélations» déjà faites et qui ont fini de lasser les Sénégalais. Et il termine en nous imposant le programme politique de son parti, avec son lot de promesses et d’engagements électoraux.
Le livre de Sonko, Pétrole et gaz : chronique d’une spoliation, est cependant révélateur d’un fait : cet homme est profondément perturbé. Il doit souffrir d’une psychopathologie rare doublée de schizophrénie. L’auteur y révèle ses envies de meurtre, étale ses frustrations, fait exploser ses rancœurs et incite, jusqu’à en perdre l’âme, le Peuple à descendre dans la rue et à mettre le pays à feu et à sang. Dès la page 31, il déplore «la passivité et l’insensibilité de ce Peuple, face au fléau de la mal gouvernance qui l’affecte et le paupérise».
A la page 204, il s’inquiète du fait que les gouvernants actuels peuvent compter sur un allié de taille, «l’extrême léthargie et l’apathie du Peuple dans toutes ses composantes». Il ne comprend pas que les Sénégalais ne se mettent pas à manifester (peut-être avec violence), après les révélations qu’il a faites. Il faudrait lui faire un cours d’histoire afin qu’il comprenne que le Peuple sénégalais n’est ni passible ni apathique, ni insensible à l’injustice et aux questions qui affectent son vécu et son avenir. Mais occupé à admirer son nombril, il ne s’est pas posé la bonne question. Les propos de Sonko avaient-ils assez de teneur pour nécessiter une quelconque manifestation publique ? Le Peuple souverain a décidé que non, au grand malheur de l’auteur.
Il semble s’offusquer du fait que contrairement aux chiffres qu’il avance et  qui ne reposent sur rien, l’opinion croit plutôt monsieur le Premier ministre Mahammad Boun Abdallah Dione quand il dit que le Sénégal, à terme, peut obtenir jusqu’à 80% de son pétrole si l’on considère les pourcentages de Petrosen, les parts du Sénégal, les impôts et taxes diverses. Alors, Sonko s’en prend à tout le monde sans exception. Il insulte à tout-va et ne se fixe aucune limite dans l’indécence. Tout le monde en prend pour son grade. Le Président Macky est traité de paresseux, en allusion à sa parabole relative au lion endormi qu’il ne faut pas réveiller. Considérer le sommeil comme un acte de paresse est une preuve que monsieur Sonko a un niveau intellectuel très bas. Je lui conseille de lire l’excellent livre de Bernard Werber Le sixième sommeil. Il comprendra l’importance du sommeil dans l’équilibre intellectuel et psychologique d’un individu. D’ailleurs, les paresseux ne savent pas dormir, ils se prélassent. Dans la forêt, les grands prédateurs (lions, tigres) dorment 12 à 14 heures par jour et les proies juste 3 à 4 heures. Ce qui fait des premiers des rois et les seconds juste des garde-mangers.
Aly Ngouille Ndiaye, Maï­mouna Ndoye Seck, Amadou Ba, Abdourahmane Ndiaye Homère, Mamadou Faye, Ousmane Ndiaye et Aliou Sall sont pour Sonko les piètres acteurs d’un «Dallas» à la sénégalaise. Nous avons déjà parlé du peu de considération que Sonko a du Peuple sénégalais. Il va plus loin dans l’insulte en décrétant que l’électorat «est majoritairement pa­res­seux et friand de raccourcis».
Les imams et marabouts qui ont osé clouer au pilori les fonctionnaires transgresseurs de secret professionnel ainsi que cette majorité de religieux qui soutiennent le régime actuel «seront les plus châtiés au jour du jugement».
La justice sénégalaise est une «grande malade institutionnelle». Le doyen Moustapha Kassé est un imposteur qui a osé glorifier le Pse. Le duo Samuel Sarr-Pierre Goudiaby Atepa est «un bélier» ayant permis à Franck Timis d’enfoncer la porte du Président Wade. Franck Timis est un voleur, un trafiquant de drogue. L’Administration sénégalaise est «poreuse, incompétente, corrompue et n’est pas outillée pour faire face à la grande prévarication». La presse sénégalaise est «corrompue dans sa grande majorité et les patrons de presse ont fini de plier l’échine devant le Président Macky Sall».
Emporté par ses émotions, il ne se rend même pas compte qu’il blasphème en disant que «même Allah en vient à démissionner». Je disais dans une publication que Sonko menait une vendetta à la sicilienne. En fait, c’est un desperado mexicain. C’est-à-dire un homme armé qui tire sans discernement sur tout ce qui bouge. Pourquoi ? Viva la revolucion ! C’est tout.
Monsieur Aliou Sall, maire de Guédiawaye, est certainement celui qui pose le plus problème à l’auteur du livre. Selon Sonko, Aliou Sall a un parcours télégraphique. Jugez-en. «Foun­diougne. Fatick. Lycée Valdiodio Ndiaye. Aj/Pads. Walf Quotidien. Info7. Réseau siggil jig­gen. Ena de Paris. Conseil de la République pour les affaires économiques et sociales. Ambassade du Sénégal en Chine. Pétro-Tim Limited. Maire de Guédiawaye. Ams.» Voilà 50 ans de la vie d’un homme compressés par Sonko. Donc en résumé, toute la vie de monsieur Aliou Sall est une succession de hasards et de coups de pouces. Aliou Sall est juste passé successivement par frère du ministre de l’Energie, puis celui du Premier ministre, ensuite celui du président de l’As­semblée nationale, enfin celui du président de la République. Pour corroborer cela, il nous sort une nuée d’articles, de lois et règlements érigés au Sénégal comme à l’étranger pour nous expliquer la concussion, le conflit d’intérêt, le trafic d’influence. «La concussion est le fait pour un agent public d’abuser de ses fonctions ou de son poste, c’est-à-dire d’accomplir ou de s’abstenir d’accomplir, dans l’exercice de ses fonctions, un acte en violation des lois afin d’obtenir un avantage indu pour lui-même ou pour une autre personne ou entité». Alors monsieur Sonko, vous êtes le roi de la concussion. Qui connaissait le Pastef, votre parti ? Vous avez profité de votre situation d’inspecteur des Impôts et faire porter par votre parti la divulgation d’informations considérées comme secrètes dans le seul but de le sortir de l’ombre pesant créé par les 250 organisations politiques reconnues.
Cet homme est tellement narcissique que lorsque le Pm, dans son discours, parle «d’engagement patriotique» et «d’éthique», il estime que c’est un clin d’œil qui est fait à son parti. Comme si ces mots ou principes ont été créés par le Pastef. Il ne fait confiance ni à Itie Sénégal ni au Cos-Petrogaz, encore moins à la justice du pays et fait appel au Foreign corrupt practice act des Usa et à la très britannique Bribery act pour arrêter et «mettre hors d’état de nuire» le frère du Président, car les malheurs du Sénégal ont commencé «courant 2010» quand Pierre Goudiaby a présenté Aliou Sall à Franck Timis. Il revient donc sur toute sa fierté nationaliste qui le poussait à défendre monsieur Karim Wade quand il estimait que monsieur Franck Timis, un étranger, lui manquait de respect.
Le moment venu, en véritable messie, il sera en mesure de régler tous les problèmes du Sénégal. Mais monsieur Sonko se trouve confronté à un profond dilemme. Il ne sait pas «avec quel Peuple» il va le faire.
Cet homme a vraiment besoin d’aide. Il est convaincu d’avoir raison sur tout le monde et souffre de ne point être suivi par le Peuple dans son noble combat. Jack l’éventreur était habité par les mêmes sentiments. Les jeunes écervelés qui foncent sur les passants avec un camion dans les villes européennes souffrent de la même maladie. Ce livre ne connaîtra pas le succès escompté, les électeurs «paresseux et friands de raccourcis» ne lui donneront pas les voix espérées.
Son cerveau déjà très troublé va s’affecter davantage. Monsieur Ousmane Sonko commettra l’irréparable si rien n’est fait pour l’aider.
­Papa Samba BADJI  
Ecrivain                                                        Chargé de communication Apr/Guédiawaye

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