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Des Gambiennes auraient été victimes d’abus sexuels. Et l’accusé est Yahya Jammeh qui les aurait contraintes d’avoir des relations sexuelles non protégées. Elles ont décidé de briser le silence et leur récit est aussi glaçant que cette histoire qui montre l’ex-dictateur sous le visage d’un homme toujours cruel.

Il a été décrit sous les traits d’un dictateur sanguinaire, d’un piètre dirigeant et d’un voleur. Mais une nouvelle accusation sordide vient de s’ajouter à la liste de délits qu’aurait commis Yahya Jammeh durant ses 22 ans de règne sans partage à la tête de la Gambie. Il est désormais accusé de «viol et d’agression sexuelle» par plusieurs Gambiennes qui ont décidé de briser le silence pour faciliter les poursuites à son encontre. C’est une histoire qui horrifie aussi Human rights watch et Trial international qui ont décidé d’accompagner les victimes. Les témoignages sont aussi émouvants. Elue reine d’un concours national de beauté en 2014, Toufah Jallow serait l’une des «victimes» de l’ex-chef de l’Etat gambien, détrôné par Adama Barrow en décembre 2016. Un jour, dit-elle, j’ai été invitée à la State House, le Palais présidentiel, pour une soi-disant cérémonie religieuse marquant le début du Ramadan. J’ai été contactée par une certaine Jimbee Jammeh, cousine de l’ancien Président. D’après la présumée victime, elle avait été conduite à cette occasion dans une pièce occupée par l’ex-homme fort de Banjul. «Il m’a dit : ‘’Aucune femme ne m’a jamais rejeté. Alors toi, tu te prends pour qui ?’’, a raconté Jallow. Son visage avait changé, ses yeux étaient injectés de sang, il était très différent de l’homme qu’il avait été auparavant. Il a dit : ’’Aucune femme ne me rejette. Tu penses t’en tirer à si bon compte ?». Après ces mots, Jammeh lui aurait infligé une gifle qui l’a propulsée sur une chaise, dit-elle. C’est en ce moment qu’il vocifère en disant : «Ça aurait pu être si bien, car j’étais amoureux de toi, mais tu as voulu te la jouer féministe avec moi !» Dans son récit, elle ajoute que l’ex-dictateur lui a injecté une substance dans le bras au moyen d’une seringue. Prise de peur, dit-elle, elle a tenté de se soustraire des mains du «tortionnaire». Mais elle est vite avertie. «Si tu fais un seul mouvement, je te tue de mes mains», l’intimide Jammeh qui n’a pas hésité de relever la robe de la femme. L’ex-Président gambien lui aurait dit, «on va bien voir si tu es vierge». Et selon la dame, «l’homme a frotté son sexe contre ma tête et ensuite touchait le sexe pour se stimuler», a-t-elle confié.
Devant les enquêteurs, Toufah Jallow a rappelé qu’elle avait crié de toutes ses forces pour dire qu’elle est en train de mourir. La réponse de Jammeh a été sèche : «Mais non, on n’en meurt pas, c’est très agréable.» Ses mains, confesse-t-elle, immobilisées, elle aurait été violée jusqu’à perdre connaissance. Toujours d’après la dame, lorsqu’elle s’est réveillée, Jammeh lui a ordonné de quitter les lieux en disant, «va-t’en d’ici !». Ayant échappé bel à la mort, elle a pris la direction du Sénégal pour s’y réfugier. Avec l’aide des organisations comme Amnesty international, Article 19 et diverses agences des Nations unies, elle a obtenu l’asile dans un pays tiers, où elle réside actuellement. Aussi, elle n’a pas manqué de rappeler que Yahya Jammeh l’avait couverte de cadeaux après qu’elle a été sacrée à 18 ans à l’époque «reine» du principal concours de beauté organisé par l’Etat. Elle parle d’un prix de 1 250 Usd et divers cadeaux. Mais également, l’Etat a fait installer l’eau courante dans sa maison familiale, située dans la périphérie de Banjul. Elle a aussi indiqué qu’elle avait décliné la proposition de mariage qui lui a été faite par Jammeh. Selon différents témoignages recueillis et contenus dans le rapport, l’ex-chef de l’Etat gambien sélectionnait lui-même les filles à l’occasion de ses déplacements un peu partout pour «assouvir ses fantasmes sexuels». Une dame appelée «Anta», 23 ans à l’époque, a vécu le même drame. Elle fut embauchée, d’après elle, comme salariée du service du protocole de la Présidence avec en prime de nombreux cadeaux. Elle a avoué avoir eu un jour des relations sexuelles non protégées avec Jammeh. «Ce qui m’a mise très mal à l’aise», a-t-elle raconté. Selon elle, le Président lui a déclaré qu’elle ne devait en parler à personne, sous peine d’«en subir les conséquences».

«Le Président n’utilisait pas de protection»
Bintu, 22 ans, fait un récit aussi glaçant. Elle a déclaré avoir perdu sa bourse d’études aux Etats-Unis pour avoir simplement dit niet à des rapports sexuels avec l’enfant de Kinilai. La personne qui jouait le rôle de proxénète dans tout ça se nomme Jimbee Jammeh, une cousine du Président déchu, qui vit présentement en exil Guinée Equatoriale. D’après toujours des paroles des collaborateurs de l’ancien Président, il avait également des relations sexuelles avec des militaires chargées de sa protection rapprochée ainsi qu’avec d’autres fonctionnaires à son service. Et Fatoumata Sandeng, chanteuse de profession et par ailleurs fille de l’opposant gambien Solo Sandeng, tué dans des conditions non encore élucidées en garde à vue, l’aurait aussi échappé bel. Elle dit avoir été une fois piégée par les services du Président en vue d’abus sexuels. Elle a indiqué avoir été contrainte de rester dans son hôtel pendant trois jours. «Le Président n’utilisait pas de protection, alors c’était risqué. Je sais que certaines filles sont tombées enceintes. J’en connais au moins deux. Lorsque ça arrivait, elles étaient renvoyées. Il est malin, il est très gentil avec les filles, prend son temps, puis il passe à l’attaque», ont témoigné des ex-collaborateurs de l’ancien chef de l’Etat gambien. Son successeur, Adama Barrow, a assuré que la Gambie attendrait les conclusions du rapport de la Commission vérité, réconciliation et réparation avant d’adresser une éventuelle demande d’extradition de Jammeh à la Guinée Equatoriale. En attendant, les «chasseurs de dictateurs», comme Read Brody, Alioune Tine, continuent de documenter les présumés crimes pour faciliter des poursuites contre lui à l’image de Habré, condamné à la perpétuité pour crimes contre l’humanité par les Chambres africaines extraordinaires.
msakine@lequotidien.sn

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