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Artiste, auteur, compositeur, By Mic, Adolphe Gomis à l’état civil, a sorti le 7 septembre son premier album rap, «Forsa Manjaku». Une œuvre entièrement en manjack dans laquelle l’artiste développe des thèmes relatifs à la condition du Manjack, avec des sonorités traditionnelles qui traduisent les valeurs et la culture de sa communauté.

Vous venez de sortir votre premier album. Pourquoi un album hip-hop purement manjack ?
L’album s’appelle Forsa Manjaku. On vient contribuer au travail que font tous les Manjacks du monde entier. Donc, Forsa Manjaku signifie la force qu’on vient donner aux Manjacks. C’est comme une maison qu’on construit. Chacun apporte sa pierre à l’édifice pour contribuer à la construction. En tant qu’artiste, en tant que rappeur, on vient contribuer à notre manière à travers notre rap.

Ceci est votre deuxième production après une mixtape sortie il y a deux ans de cela. Qu’est-ce qui fait l’originalité de ce premier album ?
Forsa Manjaku est un produit de douze titres rappés tous en manjack. Le choix est venu de façon très naturelle. En plus, je pense que c’est le moment de faire cette œuvre parce que les Manjacks ont besoin de ça. C’est aussi pour donner le signal aux autres langues pour qu’elles comprennent que la musique est universelle. Elle peut se faire en wolof, en manding ou se faire aussi en manjack. Je viens de le faire et de montrer que je suis manjack et fier de l’être. Je viens avec ma culture. Je «represent» (représenter une communauté) comme on le dit dans le milieu du rap. Donc, je viens représenter tous les Manjacks du monde entier.

Le Hip-hop Galsen est fait principalement en langue wolof. Rapper en manjack est-ce une façon d’atteindre une cible large ?
C’est vrai, quand on est dans un pays où presque toute la population parle wolof, presque tous les rappeurs utilisent le wolof, rares sont ceux qui font du rap avec leur propre langue. Mais Forsa Manjaku, c’est pour lancer un signal aux autres ethnies. Peut-être que quand on fait du rap en manjack, cela peut inspirer les jeunes Balantes qui vont aussi faire du rap en balante. Quand on fait du rap en manjack, ça peut aussi attirer l’attention de ceux qui font du rap en wolof, qu’ils comprennent que les Manjacks sont aussi dans ce game (jeu) et n’ont aucune envie de céder une parcelle à qui que ce soit. Ils sont venus marquer leurs empreintes et c’est très important quand on parle de musique. On vient avec notre langue le manjack pour faire passer un message parce qu’il y a nos parents qui n’écoutent pas de rap. A travers cet album, ça peut les pousser à s’intéresser à la musique rap.

Dans vos vidéos tout comme dans votre musique, il y a une forte présence de la tradition manjack. Ne craignez-vous pas de perdre les fans de rap Galsen ?
Oui, il y a même certains qui disent que je suis ethnocentrique, mais c’est tout à fait le contraire parce que là, ce sont des valeurs et le rap c’est le «represent» comme je viens de le dire. Donc, c’est tout à fait normal que quand on fait une vidéo, que les images traduisent ou expriment ce qui est dans le son. Il ne doit pas y avoir de décalage, ceux qui suivent la vidéo doivent être en mesure de comprendre le son rien qu’en le regardant. Et aussi, ce sont nos premiers clips en manjack donc, il fallait impérativement mettre tout ce qui renvoie à cette communauté, côté vestimentaire, un scénario simple, des femmes habillées en pagne manjack. On s’est dit que faire un clip qui ne va pas rejoindre les normes du son ce sera vraiment trahir le concept de l’album et rater le scénario.

Les Manjacks sont partout à travers le monde. Qu’elle est la stratégie que vous avez mise sur pied pour atteindre cette cible éparse ?
On a investi le digital. Mais également la communication directe parce que j’ai beaucoup de parents qui sont en Europe et dans la sous-région notamment en Guinée-Bissau, en Gambie. On a travaillé avec le digital parce qu’être au Sénégal et vouloir toucher une communauté aussi importante dans la diaspora n’est pas chose aisée. Actuellement l’album est disponible sur toutes les plateformes de téléchargement. Ça peut permettre à ceux qui sont en France, en Espagne, entre autres, d’avoir l’album en temps réel tout comme ceux qui sont au Sénégal. Pour la Guinée-Bissau, on doit faire la tournée des radios. En Gambie, il est prévu de faire un spectacle. On continue de pousser la communication, on fera également des plateaux de télé pour toucher un large public.

Un album purement manjack, est-ce une rup­ture ou une innovation pour le Hip-hop national ?
Innovation, parce qu’on amène autre chose par rapport au game, donner du sang neuf, parce que comme je le disais tout à l’heure, à la base moi je rap en wolof et je continue de rapper en wolof parce que je suis au Sénégal. Je veux que les gens m’écoutent et me comprennent. Cependant, cet album a une cible bien précise. Même dans la masse, on peut faire écouter l’opus à tout le monde comme c’est de la musique, ce sont des sensations qui s’expriment toutes seules. Donc, c’est facile de dire que le produit constitue une rupture ou une barrière par rapport à moi parce que c’est juste un album fait en manjack. Ça va permettre aux autres qui sont manjacks de s’intéresser davantage au rap. Donc, c’est une innovation qu’on vient de faire pour ce hip-hop.

Le premier produit de By mic est une mixtape rappée en wolof. Est-ce que vous pouvez y revenir ?
Mon premier produit est une mixtape de 16 titres sortie le 22 avril 2017. Même dans cette mixtape pour montrer aux gens que j’étais déjà dans l’optique de promouvoir un rap en manjack, j’ai sorti un produit rappé en wolof, mais le titre était en manjack, dika pung. Et dans cette mixtape, il y avait des sons qui traitent de questions purement manjacks comme Gania la, avec le concept, «U fup dika pung» qui est purement une idéologie sacrée des Manjacks. Je suis à cheval entre le rap wolof et le rap manjack parce que je suis à l’aise dans les deux. Je me dis que je dois redoubler d’efforts parce que ce sont deux casquettes que je porte.

Si tu avais à résumer Forsa Manjaku en deux phrases. Comment le diras-tu ?
Forsa manjaku est Force aux manjacks. L’album de mon vrai visage.

Dans le fond quelles sont les thèmes qui sont traitées dans l’album ?
Dans le premier son, man witsé, qui veut dire, je suis de retour, je parle de moi et de l’album, où est-ce je compte amener cet album, les attentes et comment je trouve ce rap manjack. C’est en somme le résumé de l’album. Ba kaats manjaku, (les femmes manjacks), c’est un hommage rendu à toutes les femmes manjacks, spécialement à ma mère qui vient de nous quitter «paix à son âme». Man pariir, (je suis prêt), traite du mariage qui obéit à une série de rituels sacrés chez les Manjacks tout comme les décès.

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