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Depuis sa sortie de prison suite à une grâce présidentielle, Karim Wade évite tout déplacement en Europe. Il est sous la menace d’une inculpation judiciaire en France.

Quand le vol spécial affrété par le gouvernement Qatari décollait de l’aéroport de Dakar dans la nuit du 24 au 25 juin 2016, avec à son bord Karim Wade qui venait de sortir de prison au bénéfice d’une grâce présidentielle, les autorités sénégalaises considéraient que sa destination était l’aéroport du Bourget à Paris. Grande avait donc été la surprise de constater qu’au lieu de la capitale française qui était annoncée- car Karim Wade aurait prévu d’aller rencontrer ses parents et notamment ses enfants qui étaient restés pendant de longs mois sans le rencontrer du fait de sa situation carcérale-, l’avion s’était dirigé directement vers Doha. Ce changement de cap avait longtemps intrigué d’autant que depuis sa sortie de prison, Karim Wade n’a encore mis les pieds en France ou dans un quelconque autre pays européen. Karim Wade reste donc cloîtré à Doha et ses rares sorties du territoire qatari le conduisent régulièrement à Dubaï et nulle part ailleurs. Sa famille et ses proches sont obligés de se déplacer au Qatar, à chaque fois pour le rencontrer.

Une information judiciaire ouverte devant le pôle financier du Parquet de Paris
Un coin du voile se lève sur les raisons qui expliquent que Karim Wade boude de la sorte la France. On vient d’apprendre que Karim Wade évite soigneusement de se rendre en France pour s’épargner une inculpation judiciaire formelle. En effet, une épée de Damoclès pend sur la tête de l’ancien ministre d’Etat et fils du Président Abdoulaye Wade. Une information judiciaire ouverte devant le pôle financier du Parquet de Paris le menace particulièrement. Suite à une plainte de Madame Daim, Directrice générale de la société Hermés, le juge Claire Thépaut a ouvert une information judiciaire au sujet de l’exploitation de l’avion privé de type Falcon 50 que Karim Wade utilisait régulièrement lors de ses déplacements dans la période de 2007 à 2011, du temps où il occupait de hautes fonctions au sein de l’Etat du Sénégal. Ledit avion était régulièrement loué par l’Etat du Sénégal qui le mettait principalement à la disposition du fils du Président Wade. L’avion était exploité par la société Darta Transports, dirigée à l’époque par Madame Sylvie Darnaude. Or, après le rachat de Darta Trans­ports par le Groupe Hermés, les repreneurs avaient estimé avoir découvert de graves actes de gestion procédant d’abus de biens sociaux entre autres infractions.
Les auditions qui avaient été conduites notamment avec les membres de l’équipage de l’avion ont révélé des utilisations de l’avion dans des déplacements de Karim Wade qui n’auraient aucun lien avec les missions officielles de l’Etat du Sénégal. Ainsi, les pilotes ont expliqué s’être posés régulièrement à Toulon par exemple, dans le Sud de la France. A chaque fois, le passager Karim Wade se rendait à Saint Tropez. Aussi, de multiples vols en direction des Caraïbes ont été signalés sans aucun lien apparent avec les activités de l’Etat du Sénégal. Le contrat qui liait l’Etat du Sénégal à Darta Transports pour l’utilisation de l’avion avait coûté plus de 12 millions d’Euros (7,8 milliards de francs Cfa). L’existence de ce contrat de location avait été révélée, pour la première fois, par le journal Le Quotidien dans son édition du 28 septembre 2012. Nous nous étranglons car le montant dépensé en six ans de location pouvait permettre de payer un avion neuf du même type.
mdiagne@lequotidien.sn

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