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Le monde de la culture s’est dérobé, ce samedi,  au théâtre national Daniel Sorano où la tragédie du Damel Macodou Fall a été jouée par la troupe nationale et les comédiens de Arcots lors de l’ouverture officielle de la saison artistique 2016-2017. Racontant un épisode douloureux de l’histoire du Cayor et du Saloum, la tragédie du Damel Macodou Fall oppose un père et son fils. Ayant promu ce fils Samba Laobé Fall au rang de Bour Saloum, le roi du Cayor Macodou Fall finira tué par ce dernier lors de la bataille de Ngouye Ndioulli en 1862. Evénement tragique qui vit Samba Laobé choisir le camp de son peuple au détriment de celui de son propre géniteur. Pour le triomphe de la raison d’Etat.

La tragédie du Damel Macodou Fall, s’ouvre sur une scène triste : un roi git sur son lit de mort. A ses côtés sa femme regrette de n’avoir pas eu une couche féconde. Bour Saloum meurt sans héritier, laissant vide le trône du Saloum. Le roi du Cayor, Damel Macodou Fall veut alors faire jouer son droit de régence sur le Saloum en tant que neveu (le système matriarcat étant en vigueur). «Avec la mort de mon oncle, me voici Bour du Saloum et je crois que nul ne me contestera ce titre», l’entend-on revendiquer. D’ailleurs, les dignitaires du Saloum réunis sentent que c’est là une belle alliance qui se prépare.
Le Damel Macodou Fall désigne alors son fils Samba Laobé Fall comme nouveau Bour Saloum. Mais la linguère Latsoukabé Sira Diogop s’y oppose. Elle estime que son fils est trop jeune pour régner sur le Saloum. «Pas dans le Saloum, Samba Laobé doit rester à tes côtés. Il est très jeune, ne le sacrifie pas», implore la reine du Cayor. Mais son mari reste déterminé : «Il est né pour régner. Il grandira. Il réussira. Je ne reviendrais pas sur ma décision», clame-t-il. Le public pour sa part semble épouser le point de vue de la reine mère. «Seww nga daal» (Ndlr: Mais tu es maigrichon), plaisante-t-on dans la salle. Mais cela n’entame en rien l’assurance du concerné, Samba Laobé qui se dit prêt à régner au royaume de Guélowars, le Saloum. «Je suis prêt !». Recevant la bénédiction de son père, Samba Laobé s’achemine vers son nouveau Royaume. Là, il fait le serment de servir son peuple jusqu’à la mort. «Peuple du Saloum, je vous offre ma vie». Les peuples du Saloum aussi lui promettent fidélité et dévouement.
Au fil des actes et scènes, on découvre un Samba Laobé bien apte à mener les tâches qui lui ont été confiées. Et le public semblait captivé. Après 1h et 30 minutes de spectacle, on pouvait sentir une mouche voler dans la salle, tellement le public semblait plongé dans le drame qui se déroulait sur la scène. Tout le monde avait hâte de découvrir le dénouement de la pièce. Battu et n’ayant plus de répit au Cayor, le Damel Macodou se refugie à Gandiaye, à 15 km de Kahone, la capitale du Saloum. De là, il dépêche un messager pour en informer son fils le Bour Saloum. Samba Laobé  s’apprête à aller apporter son renfort à son père («Fais battre les tam-tams de guerre, et annonce à tous les guerriers que Bour Saloum a besoin d’eux») mais change bientôt d’avis après l’intervention de son oncle Dialaw Samba Keul. «Le griot n’a pas fidèlement traduit. Ton père ne sollicite pas ton hospitalité mais exige que tu lui restitues ce qu’il t’a confié : le trône du Saloum». Sentant l’affront, le peuple du Saloum refuse toute concession. Alors Samba Laobé doit choisir : son peuple ou son père ?  La réponse ne se fait pas attendre. «Je renie ton Cayor, Saloum je suis à vous». Après les interventions de sa mère, de son épouse, de sa sœur, Samba Laobé persiste dans son terrible dessein de vouloir faire la guerre à son père. «Retourne dire à mon père que ma réponse est non !», dit-il sèchement. Triste ennemi de son père Samba Laobé écoute sans broncher les complaintes de sa mère coincée dans une position de mère et d’épouse. «Mon fils, la terre se dérobe sous mes pieds. Vas-tu combattre ton père ? Celui qui t’a donné naissance ?», l’interroge-t-elle. Renonce à cette guerre, lui conseillent-elles toutes. Mais non ! Samba Laobé tue son père lors de la bataille de Ngouye Ndioulli en 1862.
L’on apprend aussi que tous ses frères moururent à cette bataille des plus sanglantes. Lui-même ne survivra pas longtemps après ce carnage. Il mourut deux ans après, du fait des nombreuses blessures qu’il trainera à la suite de cette bataille.
aly@lequotidien.sn

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