PARTAGER

Depuis 7 mois, la compagnie sucrière nationale ne parvient plus à écouler ses stocks et accumule à ce jour plus de 80 mille tonnes d’invendus qu’elle peine à stocker. Or, des concurrents ont fait entrer un bateau avec une cargaison illégale qui va encore inonder le marché et étouffer plus la compagnie. Les travailleurs ont décidé de monter au créneau.

La Compagnie sucrière du Sénégal (Css) en serait-elle à son chant du cygne ? A en croire les syndicalistes maisons rencontrés hier, la situation est à la limite du supportable. Toutes obédiences syndicales confondues, les travailleurs de la Css dénoncent «un complot ourdi contre notre entreprise», selon les termes de l’un d’eux, Aliou Ba. Comme ses camarades, il déclare que cela fait plus de 7 mois que la compagnie ne parvient pas à écouler sa production sur le marché, du fait d’une entrée massive de sucre de contrebande sur le marché local.
Cette situation a conduit la Compagnie sucrière à stocker sa production dans l’attente de jours meilleurs. L’ennui est que les stocks s’accumulent, ne s’écoulent pas, et des importateurs ne cessent de faire entrer sur le territoire national des stocks toujours plus importants. Sans en avoir l’autorisation officielle, ni s’acquitter d’aucun droit.
Ce qui a fait sortir les représentants des travailleurs de leurs gonds, c’est l’arrivée à Dakar d’un navire dénommé «Jana Rosa» qui a déposé à Dakar une cargaison de 12 mille 038 tonnes de sucre. Les travailleurs sont d’autant plus choqués qu’en début de ce mois de mars, le Premier ministre avait déjà demandé au ministre du Commerce, par courrier, de suspendre la délivrance des Dipa sur le sucre. M. Dionne disait dans son courrier que «les besoins du marché étant correctement couverts par la production de la Css jusqu’en juin 2019, au regard de leurs prévisions de production et de vente…, je vous demande de bien vouloir suspendre la délivrance des Dipa sur le sucre, sauf pour les industriels détenteurs d’attestations en bonne et due forme».
Cette dernière formulation a été, semble-t-il, suffisante pour certains. Ainsi, dénoncent les syndicalistes, la cargaison de 12 mille 038 tonnes aurait été affrétée par une société spécialisée dans le conditionnement de lait en poudre et des produits laitiers. Or, disent ces gens, les besoins mensuels de la Satrec en sucre n’atteignent pas les 1 000 tonnes. Cette cargaison a été sortie de l’enceinte du Port sans s’acquitter des droits de douane qui, pour ce tonnage, devraient atteindre 3,5 milliards de francs Cfa. La Css a attiré l’attention de toutes les autorités, sans que nul ne prenne la décision d’empêcher la sortie de cette cargaison.
La conséquence, assure Moussa Ba, syndicaliste affilié à la Csa, est que «si vous venez à la Css, vous ne verrez que des stocks de sucre sous des bâches. Et avec l’approche de l’hivernage, ce sont des stocks qui risquent d’être perdus. Aujourd’hui, l’entreprise risque de fermer ses portes». Les syndicalistes disent que le mois dernier, pour «la première fois dans l’histoire de la compagnie, on a failli ne pas payer les salaires. Il a fallu que le chef d’entreprise mette la main à la poche pour pouvoir nous trouver des ressources, parce qu’on n’avait rien vendu».
Le Quotidien a appris par ailleurs que même au niveau de certaines banques et de certains fournisseurs, la compagnie n’obtient plus du crédit avec la même facilité. La direction de la Css n’a pas voulu commenter la situation, laissant les travailleurs mener un combat que Amary Diouf de la Cnts/Fc déclare être «celui de la survie de l’entreprise». Et pour cela, comme son collègue Moussa Ba, il déclare que les travailleurs ne vont se laisser faire et vont se faire entendre jusqu’à ce que les autorités réagissent. «Si les choses ne changent pas, on risque d’assister à un soulèvement total à Richard-Toll, voire dans tout le Sénégal. Le Pdg a beaucoup investi, il a mis des moyens pour atteindre l’autosuffisance en sucre. Malgré tout, ces efforts risquent d’être vains à cause de la mévente. On produit pour stocker. Avec la saison des pluies, on va tout perdre et mettre la clé sous le paillasson. Nous allons nous battre pour la survie de la Css. Je parle au nom de tous les travailleurs. Nous demandons encore une fois au chef de l’Etat d’arrêter ces fraudeurs.»
mgueye@lequotidien.sn

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here