PARTAGER

Macky Sall hâte le pas comme son «fast-track». Le projet de loi portant suppression du poste de Premier ministre sera adopté aujourd’hui en Conseil des ministres et envoyé à l’Assemblée jeudi. Dans cette modification constitutionnelle, il y a une nouveauté : le député qui quitte ses fonctions de ministre peut poursuivre son mandat. Voilà entre autres points de l’audience que le chef de l’Etat a accordée aux députés de la majorité.

Après avoir réuni le Secrétariat exécutif national de son parti mardi, le chef de l’Etat a échangé hier avec les députés de sa coalition au même lieu, le Palais présidentiel, pendant 1h 30 mn. Au présidium, il y avait, outre le Président Sall, Mahammed Boun Abdallah Dionne, Augustin Tine, Moustapha Niasse, le nouveau ministre de la Justice Malick Sall, Ismaïla Madior Fall et Aymérou Gningue. De cette audience qui s’est déroulée dans une ambiance «bon enfant», Le Quotidien a appris que la suppression du poste de Premier ministre prend davantage forme puisque le Conseil des ministres va examiner et adopter le projet de loi aujourd’hui même. Et dès le lendemain, jeudi, il sera sur la table du bureau de l’Assemblée nationale. La Conférence des présidents se chargera ensuite de fixer la date de la plénière. Cette rencontre était bien évidemment une occasion de mettre les députés du groupe parlementaire Benno bokk yaakaar dans le bain puisqu’il leur appartiendra de le défendre et de le voter. Macky Sall veut s’assurer que «ses» députés s’unissent pour «un vote sans anicroche». Moustapha Niasse a, à ce propos, rappelé «l’avantage d’avoir une majorité forte». «Tout ce que le Président demande, nous le ferons», a-t-il dit. Et Aymérou Gningue d’ajouter : «M. le Président, vous pouvez dormir tranquille. Cette loi passera comme lettre à la poste.»

Un député peut reprendre son mandat après avoir quitté
le gouvernement
Au total, confient des sources ayant assisté à cette rencontre, plus de 20 articles sont concernés par la modification constitutionnelle. Et l’article 56 de la Constitution va introduire une nouvelle disposition. En substance, un député nommé ministre et remplacé par son suppléant peut reprendre son mandat après cessation de ses fonctions dans le gouvernement. C’est déjà le cas dans beaucoup de pays comme la France.

Le Règlement intérieur sera mis à jour lors du vote de la loi sur le Pm
Mais il sera aussi question de mettre à jour le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Un travail que le président de la Commission des lois, Seydou Diouf, a entamé depuis le mois de mai dernier. Certains en déduisent d’ailleurs que Macky Sall avait l’idée de supprimer le poste de Premier ministre depuis. Et qu’il n’attendait que sa réélection pour la concrétiser. En outre, si la Déclaration de politique générale va disparaître après la suppression du poste de Pm, les questions orales, écrites et d’actualité, elles, seront maintenues. Et là, ce sont les ministres qui devront y répondre à l’Assemblée nationale. Donc, les parlementaires seront appelés à examiner aussi bien le projet de loi qui sera défendu par Boun Abdallah Dionne lui-même que le Règlement intérieur. Appa­remment, la question ne devrait pas être finalement au menu du dialogue, le Président voulant aller très vite comme son «fast-track». «5 ans, ce n’est pas beaucoup et c’est pourquoi le changement c’est maintenant», a dit Macky Sall.

Les députés veulent un meilleur traitement
Les députés de Bby en ont profité pour exposer leurs doléances. Le président de la Commission des lois, Seydou Diouf, a pris la parole pour insister sur les moyens à mettre à la disposition des élus, rappelant d’ailleurs que beaucoup ont battu campagne lors de la Présidentielle «sur fonds propres». Alors que le Socialiste Cheikh Seck a invité le Président à revoir le statut des députés. Il a indiqué que leurs homologues des autres pays de l’Afrique de l’Ouest ont un «meilleur traitement». Indemnités s’entend. Il a été aussi question de l’épisode de l’investiture du Président lorsque les députés ont dénoncé le comportement du protocole qui ne pouvait pas leur trouver des places. Macky Sall a souligné d’abord que les places étaient mises à la disposition des seuls membres du bureau de l’Assemblée nationale. Mais il a donné des instructions au service protocolaire pour corriger ces «impairs» qui sont souvent récurrents. Mieux, il a demandé qu’une note soit affichée dans les différents ministères pour faciliter l’accès des députés aux services de l’Etat.

Dionne : «On ne peut pas se permettre deux élections dans une année»
La proposition de Me Aïssata Tall Sall pour le couplage des Locales et des Législatives n’a pas été bien accueillie par nombre d’acteurs politiques. Pourtant, la série d’élections n’enchante pas au plus haut sommet. Hier, le Premier ministre a indiqué qu’un pays pauvre comme le Sénégal ne peut se permettre d’organiser «deux élections dans une année». Et avant lui, c’est le chef de l’Etat lui-même qui aurait lâché une phrase dans ce sens lors de la réunion du Secrétariat exécutif de l’Apr. «Si les gens ne sont pas prêts pour aller aux Locales, pourquoi ne pas les reporter ? Mais ce sera bien sûr dans le cadre du dialogue avec tous les acteurs», aurait-il confié. Le débat n’est pas encore public, mais le report des Locales est dans les coulisses.
hamath@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here