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Louise Cord, Directeur des opérations de la Banque Mondiale au Sénégal.

Les villes africaines connaissent une croissance rapide de leur population. En revanche, la croissance économique est très limitée. La faiblesse des investissements, liée à la pauvreté de l’Afrique, et l’absence d’ouverture sur le monde en sont des causes profondes, selon une étude de la Banque mondiale.

Comment peut-on arriver à une croissance économique, viable et durable dans les villes africaines où le taux d’urbanisation reste très élevé ? C’est la principale question à laquelle des experts de la Banque mondiale ont essayé de répondre dans le rapport intitulé «Ouvrir les villes africaines au monde». Ils sont partis du fait que tous les pays, notamment ceux d’Asie qui sont arrivés à un stade de développement acceptable, l’ont fait à travers une urbanisation guidée et planifiée. «Il faut que l’habitat et le travail soient spatialement liés. Que le lieu de travail soit proche du domicile par des réseaux de transport qui peuvent amener les gens vers ces lieux, soit par la proximité de l’emplacement du lieu du travail», analyse Maskerem Brah­ne, directrice sectorielle du Secteur urbain et résilience en Afrique. Ce qui n’est pas le cas dans les villes africaines, écrit le rapport. Qui montre des villes «déconnectées», caractérisées par une dispersion spatiale. Des structures sont «dispersées» dans de petits quartiers «sans routes adéquates», «ni trans­ports en commun». Les trajets pour se rendre au travail sont longs et coûteux. Ce qui empêche les travailleurs d’accéder aux emplois répartis dans l’ensemble de l’agglomération urbaine.
Dakar fait exception, selon Somik Lall, spécialiste en chef global sur le Développement territorial et spatial à la Banque mondiale. «Dakar a une forme beaucoup plus structurée que de nombreuses autres villes en Afrique de l’Est. C’est une ville avec des boulevards très bien tracés, mais elle ne profite pas de cette situation», estime-t-il.

Denrées alimentaires, 35% plus chers dans les villes d’Afrique
Il y a donc un lien inévitable entre la fragmentation et le coût élevé de la ville pour les travailleurs et les ménages. «Les denrées alimentaires sont environ 35% plus chers dans les villes d’Afrique que dans les autres pays à revenu faible et intermédiaire», note le rapport qui révèle des écarts encore plus grands en matière de logement urbain (55% plus élevés dans les zones urbaines des pays africains par rapport au niveau des revenus) et des transports (42% plus élevé dans les villes africaines, notamment à cause du prix des véhicules et des transports publics). «Globalement, les ménages urbains paient 20 à 31% plus chers pour les biens et services dans les pays africains que dans d’autres en développement», révèle le rapport.
Cette étude faite dans 64 villes d’Afrique en comparaison avec le reste du monde montre également des villes africaines surpeuplées. Le rapport explique ce surpeuplement par le manque d’investissement. Au cours des quatre dernières décennies, le niveau d’investissement est à seulement 20% environ du Pib. Alors qu’en Chine, entre 1980 et 2011, les dépenses d’investissement en infrastructure, logement et immobilier de bureau sont passées de 35 à 48% du Pib, tandis que la population urbaine augmentait de 18 à 52% entre 1978 et 2012. Ces chiffres indiquent que l’Afrique s’urbanise, mais elle demeure «pauvre» et même «plus pauvre» que d’autres régions en développement ayant des niveaux d’urbanisation comparables. En 1968, lorsque les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont atteint un taux d’urbanisation de 40%, leur Pib par habitant était de 1 800 dollars. En revanche, l’Afrique a aujourd’hui un Pib par habitant de 1 000 dollars seulement avec un taux d’urbanisation de 40%.
La Banque mondiale demande ainsi aux villes africaines une plus grande ouverture sur le monde, mais aussi une meilleure planification de l’espace afin de résoudre tous les défis de surpeuplement, de déconnexion et de pauvreté qui les gangrènent.
ndieng@lequotidien.sn

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