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Le 31 décembre 2019, en wolof face aux journalistes au Palais présidentiel, Macky Sall a donc répondu à la question qui fâche et qui tache, pour enterrer l’année et tenter d’en faire de même avec la question concernée : celle de son éventuel et, disons-le,  surréaliste 3ème mandat en 2024. En indiquant qu’il répondait par une non-réponse, ce que les Français appellent une réponse de Normand et que nous Sénégalais pourrions qualifier de réponse de Saloum-Saloum : «Je ne répondrai ni par oui ni par non», a-t-il majestueusement indiqué. Majestueux et despotique, car s’il a dit «servir les Sénégalais» dans son discours télévisé diffusé un peu plus tôt dans la soirée, Macky Sall ne prouve pas le mouvement en marchant : quand on sert un Peuple, la première chose qu’on lui doit, c’est la transparence et la claire information sur le cap qu’on fixe au pays.
«Je ne peux pas parler de troisième mandat parce que si je dis que je ne serai pas candidat, les gens ne vont plus travailler. Si je dis que je serai candidat, les (…) vont se suivre et ce sera une polémique sans fin.» Bien. C’est là une réponse que le bon sens populaire comprendra, dit dans la langue de Kocc Barma : les Sénégalais qui refusent qu’on répartisse leur héritage de leur vivant  peuvent en effet être majoritairement enclins à penser que c’est là une réponse qui tient la route.
Mais cette réponse n’est pas républicaine ; République que le président Sall a délibérément pris en otage pour quatre années, en refusant toute lisibilité et visibilité sur l’horizon du pays au-delà de 2024.
Macky Sall dispose pourtant du pouvoir exorbitant de remplacer et de dégommer tout collaborateur qui ne «travaillerait» plus assez : le décret présidentiel. Que ne prévoit-il pas d’y recourir, pour le cas où la claire expression qu’il ne se représentera pas en 2024 menacerait de rendre le pays ingouvernable et de le mettre à l’arrêt ? Macky Sall, avec ce «suspense 2024» pour cause de risque de non-travail de ses collaborateurs, nous dit deux choses :
1) Ses collaborateurs (ministres, députés, hauts fonctionnaires et directeurs de société publique) ne travaillent que parce qu’ils craignent une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, qui serait le sabre d’un Omniprésident Macky Sall au corps aussi éternel que l’était celui du roi dans les monarchies.
2) Sur les seize millions de Sénégalais(es), il n’y en a pas un nombre assez suffisant d’entre eux qui soient assez compétents et travailleurs pour remplacer ceux que le Président Sall serait amené, par la force des choses, à limoger.
C’est là un signal néfaste et déplorable qui illustre ce qu’on reproche le plus à nos Républiques de pays en développement : l’absence de «prédictabilité». Or la «prédictabilité» des événements est la chose essentielle qui distingue nos «démocratures» marquées par la corruption et le népotisme (hydres à tête qui repousse à chaque fois qu’on pense l’avoir coupée), qui les distingue donc des pays avancés et normaux.
Sans la «prédictabilité», qui est l’exact opposé du fatalisme que Macky Sall érige en foi et doctrine pour justifier sa non-décision sur 2024, on n’aura ni l’espérance de nos concitoyens en de lendemains meilleurs pour le pays et pour les générations futures. Ni n’attirerons-nous la seule chose qui peut développer nos pays : les investissements privés (et non l’aide au développement et la charité des Ong caritatives internationales, qui tous les deux ne font que promouvoir la mentalité de bénéficiaires éternels de l’assistanat).
Conclusion de Macky Sall : «On ne peut pas accepter de perdre notre temps pour parler d’un sujet sur lequel on va décider en 2024.» Eh bien, M. le Président, c’est bien pourquoi il fallait en parler une bonne fois pour toutes. Pour la clore et la mettre de côté. Ce n’est pas ce que vous avez fait.
Enfin, selon Macky Sall, «il ne peut pas y avoir de dauphin dans (son) parti». L’Apr a beau être une association  privée dont nous laisserons les membres et responsables (?) réagir à cette auguste sentence, nous disons au Président que la meilleure preuve de bon management, c’est de laisser après soi une ou plusieurs ressources humaines suffisamment qualifiées pour vous succéder et perçues comme telles.
La «malédiction africaine du troisième mandat» continuera donc de planer sur la pirogue Sénégal pour le reste du «Salltennat», comme cela est également le cas dans plusieurs pays de la sous-région : la Côte d’Ivoire de Ouattara et la Guinée Conakry de Alpha Condé, pour n’en citer que ces deux. Hélas !
Ousseynou Nar GUEYE 
Fondateur du site d’info Tract.sn
General Manager d’Axes&Cibles Com SARL

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